Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2007

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11/12/2007
Mots-clés : cinémathèque royale,
 

Expo '58, le grand tournant - Collection Cinémathèque

L'anniversaire des 50 ans de l'Exposition Universelle de Bruxelles, c'est pour 2008. La Noël, c'est pour dans un mois. Expo '58, le grand tournant paraît juste à temps pour combiner les deux en s'invitant sous le sapin.

C'était mieux avant...
expo 58Compter les jours sans gouvernement (174, 175, 176…) comme d'autres comptent les moutons, c'est peut-être utile pour s'endormir, mais pour rêver, il y a mieux. Par exemple, ce livre de France Debray et son DVD consacrés à l'Expo 58, qui nous ramènent tout droit au bon vieux temps d'une Belgique chère à Gaston Eyskens.On a tant vu et revu certaines des images tournées cette année-là qu'on jurerait presque avoir assisté en direct à l'événement. Pourtant, la magie opère encore et toujours. C'est qu'au même titre que Tintin ou le cornet de frites, l'Expo 58 fait partie de l'imaginaire des Belges. C'est le symbole même de cette Belgique à papa unitaire, travailleuse et insouciante. Celle des machines à laver pour tous, des maisons-modèles et des premiers téléviseurs. Et puis, surtout, celle du plein emploi, du baby-boom et du progrès social soutenu par une croissance à tout-va.

C'est tout le mérite de France Debray de décrire, dans une première partie très documentée, le contexte dans lequel s'inscrit l'Expo '58. À mi-chemin entre deux époques, l'événement préfigure en effet le chant du cygne d'un univers en mutation qui voit arriver l'émancipation des peuples et des femmes et les crises sociales qui marqueront les années '70. En Belgique, la Question Royale a laissé des traces et la Guerre Scolaire vient de faire rage. Mais durant 6 mois, on va feindre d'oublier la crise du charbon et les premiers débrayages sociaux pour célébrer, dans le faste, l'avènement de la culture, le progrès scientifique et la solidarité entre les peuples… sur fond de guerre froide, de décolonisation et de menace atomique. Après avoir fait halte devant les chantiers qu'ont nécessité la préparation de cette grande oeuvre - au risque de défigurer Bruxelles -, l'auteur pose clairement l'enjeu de l'Expo 58: première exposition universelle de l'après-guerre, elle sera rien moins que la vitrine des Trente Glorieuses, "placée sous le double signe de l'atome et de la colombe". Du 17 avril au 19 octobre 1958 s'ouvriront ainsi les portes d'un monde meilleur tourné d'une part vers les sciences, les arts et la technique et, d'autre part, vers la coopération internationale, les droits de l'homme et la paix universelle. Et n'est-ce pas, après tout, l'image d'Epinal qui nous est restée de cette époque bénie ? Les hôtesses de l'air Sabena sur le tout nouvel aéroport de Zaventem, les premiers téléviseurs, et puis cette fameuse étoile dessinée par Lucien De Roeck, emblème asymétrique étirant ses 5 branches épurées vers les cinq continents, avec Bruxelles en son cœur.

41 millions de visiteurs se presseront pour visiter les pavillons de 43 Etats. L'Expo '58 ouvre ses portes "dans l'œil du cyclone", coincée entre une Amérique qui tente de faire oublier le maccarthysme et une Union Soviétique qui entame à peine sa déstalinisation. Les pavillons des deux pays seront visités avec le même enthousiasme par une foule de curieux. On accueille également les ennemis d'hier; le Japon et son pavillon zen et poétique; l'Allemagne en quête de réconciliation, avec son pavillon tout en transparences et lignes épurées. On accueille enfin les pays de la décolonisation. Non loin de là, pas moins de sept petits pavillons sont consacrés au Congo. Dans quelques mois éclateront les émeutes de Léopoldville mais, pour l'heure, le Belge se dépêche de regagner au terme d'une longue journée les bistros qui peuplent la Belgique Joyeuse et le grand parc d'attraction attenant…C'est à sa mère que France Debray dédie ce superbe livre. Sa mère qui, "embarquée matin et soir à bord du tram 23 ou 81, rentrée fourbue six soirs sur sept, six mois durant, comme tant de travailleurs anonymes de l'Expo 58", n'en a rien vu ou presque. L'auteur eut, pour sa part, la chance de sillonner l'exposition dans tous ses recoins durant six mois. Le moindre de ses mérites n'est pas d'en avoir fait bien davantage qu'un simple album de souvenirs sous cellophane. France Debray parvient brillamment à nous faire revivre ces instants de nostalgie pure tout en les situant avec précision dans l'histoire, à la croisée de deux mondes.

Comme en écho aux photos de Fernand Hellinckx, un DVD accompagne ce livre remarquable. Baptisé Rétrospective de l'Exposition de Bruxelles de 1958, ce documentaire vintage a un côté délicieusement suranné qui rappelle nos bonnes vieilles archives Belgavox. À découvrir en sirotant un Stardust Martini dans une chaise Eames en plastique moulé. 

Un livre de France Debray aux éditions La Renaissance du Livre – photographies de Fernand Hellinckx
Accompagné du DVD Rétrospective 58, un film de R. Vercruyssen (18')

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