Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
janvier 2010
07/01/2010
 

Fellini au travail de Delvaux et Dominique Delouche

Fellini au travail


FelliniEdités par Carlotta et dirigés par Sam Stourzé, commissaire de l'exposition « La grande parade » au jeu de Paume (jusqu'au 17 janvier 2010), ces deux DVD nous offrent pas mal de surprises. Outre le Fellini d'André Delvaux, nous y découvrons cinq pubs de Federico Fellini. Les 3 dernières, consacrées à la Banca di Roma, constituent son dernier film. La plus drôle, un peu graveleuse, du malicieux réalisateur d'Amarcord, est consacrée à Barilla. La jeune fille préfère, plutôt que les spaghettis, les rigatonis (en argot romagnol, cela signifie aussi fellation – ce qui a amusé toute l'Italie). En un mot comme en cent, vous vous y sentez al dente.

1. Delvaux
Les entretiens de Fellini menés par Dominique Delouche1 sont filmés par André Delvaux en plans fixes, ce qui contraste avec la dilution des plans, chère à Federico, et s'explique par la suppression des nombreux extraits de films remplacés par des photographies. L'intérêt et la grande réussite du film naissent de cette amitié avec Delouche qui permet à Fellini de se laisser aller. Fellini, on le voit dans les autres films qui lui sont consacrés, rusé comme un chat, adore ronronner dans les sentiers de traverses, cacher sa personnalité et se pasticher. N'avoue-t-il pas lui-même : « Je suis un grand menteur ». Dans ce film, le réalisateur de Huit ½ nous livre son passé, une jeunesse qu'il nous offre sans détours.

Parmi les nombreux intervenants (Antonioni, Pasolini, Nino Rota, etc.), Alberto Moravia nous révèle la thématique récurrente chez Fellini : les marginaux. Avec La Dolce vita, le réalisateur change de thème pour nous montrer un monde dans lequel il a vécu à Rome, la vie dissipée d'une frange de la société, d'une bohème artistique, mythique, d'avant la drogue, et qui a disparu avec l'arrivée de celle-ci (signalons qu'un spectateur lui crache à la figure lors de la première à Milan).2

Fellini, le film, s'articule en quatre épisodes :
1. Son enfance, ses débuts
2. Ses premiers films
3. Ses films avec Giulietta Massina
4. La dolce vita et le néo-réalisme, plus intéressant que les autres films, qui nous présente le réalisateur roulant dans la farine de la langue ses interlocuteurs des télévisions étrangères avec son vieux complice Tonino Guerra (style Le journal secret d'Amarcord).

2. Le journal secret d'Amarcord (1973)
amarcordUn documentaire bâti sur le tournage du film, mais avec quelques scènes inédites et des bureaux de prod’ envahis par des personnages amusants : figurants, aspirants figurants, vrais et faux acteurs que Fellini a convoqué en passant cette petite annonce : « Federico Fellini est prêt à rencontrer tous ceux qui veulent le voir ». Et là, mecs excentriques, fesses de filles pour La Cité des femmes, et bien sûr pour Amarcord. Nous y découvrons le travail, dans ce monde bohème, de Fellini, de Tonino Guerra (à la plume du scénario et des dialogues) et de Nino Rota, au piano. Scène irrésistible avec un journaliste allemand que Guerra s'efforce de traduire dans un Italien que Fellini prétend incompréhensible. Véritable numéro de Laurel et Hardy.

3. Ciao Federico 
Nous avons un souvenir émerveillé de « Viva Gaïo » que crient une trentaine de femmes nues en sautant dans l'eau d'une piscine sous la direction du maître attentif dans Satyricon (Un 4,33' de Dominique Lelouche pour Cinéma Cinémas (DVD 3, épisode 8). Ciao Federico (1970), réalisé par Gidéon Bachman, en couleurs, nous présente des scènes du tournage de Satyricon : scènes intimistes, mais aussi la venue de Roman Polanski (grand admirateur de Huit ½) et de Sharon Tate sur le plateau. Des acteurs que ne cessent de charmer Federico qui les caresse dans le sens du poil. Lorsqu'ils lui expriment leur angoisse, il répond : « moi aussi ». 

fellini clap4. Mastorna
Fellini aime multiplier les angles plutôt que de se fixer dans une image bien agencée, autour d'un seul personnage. C'est ce que l'on voit dans Fellini au travail, un film de soixante minutes, produit par la BBC, qui présente le bloc-notes d'un cinéaste (1968 - images de Pasquale de Santis, musique de Nino Rota). Une œuvre que l'on croyait perdue, et que nous restitue la Cineteca de Bologne. Nous y découvrons Il Viaggio di Mastorna3, œuvre abandonnée, délaissée, et remplacée par le film Fellini-Satyricon. Nous parcourons dans Rome des éléments du prochain film, mais surtout nous avons droit à une scène très « Dolce Vita » guidée par le maître en personne. Une équipe de la BBC, des photographes people filment Marcello Mastroianni, le latin lover le plus recherché du monde anglo-saxon. Aux questions ridicules qui amusent Fellini, Marcello Mastroianni, l'air épuisé, essaie en vain d'expliquer poliment qu'il n'en a rien à cirer d'être une icône (scène très F.F. de personnages masculins face à des fofolles qui ne savent pas sur quel pied danser). Et, bien sûr, un autobus touristique surgit, à l'entrée de la villa, les dames hurlant, façon Anita Ekberg : Marcello, Marcello, Marcello ! Une dernière fois, Marcello Mastroianni essaie d'interpréter le rôle du violoncelliste Mastorna. Plus épuisé que jamais, le réalisateur lui dit : « Marcello, tu n'y crois pas » - « Tu n'y crois pas toi-même », répond celui-ci.

On vous laisse découvrir la suite, notamment sur Fellini-Casanova, où un certain Burro affirme avoir fait l'amour avec 500 femmes (260 pour Casanova), de belles étrangères venues en Italie, avec une technique qui semble infaillible : caresser leur cou avec une plume de paon (c'est plus subtil que l'alcool).

 


(1) D.Delouche, assistant-réalisateur d'Il Bidone, Les nuits de Cabiria, La Dolce vita a publié le journal d'Il bidone dans les Cahiers du cinéma n°57.

(2) Rappelons que c'est celle qu'a connue aussi le grand philosophe Giorgio Agambem, lequel a joué dans L'Evangile de Saint Mathieu de Pier Paolo Pasolini. Par ailleurs, signalons le superbe film de 102' de Damian Pettigrew qui démarre avec Huit ½ et qui peut être considéré comme sa suite (DVD Opening).
(3) Il sera transposé par Federico Fellini et Milo Manara en bande dessinée sous le titre Le voyage de G. Mastorna.

Fellini au travail, 2 disques avec 4 heures d'un film de Delvaux et Dominique Delouche, 73 minutes sur Fellini-Casanova, 50' sur Amarcord, 60' sur Fellini Satyricon, etc...

Edité par Carlotta, et distribué par Twin Pics.

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