Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Avril 2012
 

Femme entre chien et loup

Een vrouw tussen hond en wolf (1979), le film d'André Delvaux, a été écrit en collaboration avec l'écrivain Ivo Michiels qui publiera le livre sous ce titre. Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble sur Met Dieric Bouts en 1975. Avec Femme entre chien et loup, le cinéaste du réalisme magique (L'Homme au crâne rasé, Un soir, un train, Rendez-vous à Bray) décide de se confronter à la réalité historique de la Belgique dans les années quarante. Femme entre chien et loup est un portrait intimiste de Lieve, une jeune femme aux prises avec deux hommes qui ont des idées différentes du monde et se déploient dans des camps qui s'opposent. 

Een vrouw tussen hond en wolf (1979), le film d'André Delvaux, a été écrit en collaboration avec l'écrivain Ivo Michiels qui publiera le livre sous ce titre. Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble sur Met Dieric Bouts en 1975. Avec Femme entre chien et loup, le cinéaste du réalisme magique (L'Homme au crâne rasé, Un soir, un train, Rendez-vous à Bray) décide de se confronter à la réalité historique de la Belgique dans les années quarante. Femme entre chien et loup est un portrait intimiste de Lieve, une jeune femme aux prises avec deux hommes qui ont des idées différentes du monde et se déploient dans des camps qui s'opposent. L'Europe vit une guerre impitoyable entre les pays de l'axe (Allemagne, Italie, Japon) et les alliés (Angleterre, USA et URSS). Dans une Flandre occupée comme l'ensemble de la Belgique par l'Europe allemande, l'idéologie nationale (national-socialiste disent les Nazis) domine sous la tutelle des régimes dictatoriaux de l'axe. À Antwerpen (Anvers), dans un milieux anti-bolchévique, Adriaan (Rutger Hauer) un jeune musicien devient, avec la bénédiction de l'Eglise, un nationaliste flamingant et germanophile (1). Il épouse la naïve et amoureuse Lieve (Marie-Christine Barrault) en 1940, avant qu'il ne soit mobilisé le 10 mai. Après la défaite de l'armée belge, pendant l'occupation allemande, Adriaan décide de quitter son épouse pour s'enrôler parmi les troupes allemandes et rejoindre le front de l'Est, en URSS. Considérée par les habitants comme l'épouse d'un « collabo », Lieve s'enferme dans son jardin jusqu'à ce que François (Roger Van Hool) un jeune résistant, s'y cache. Lieve découvre, avec lui, la passion amoureuse et revit. La guerre se termine, la ville d’Anvers est libérée du joug allemand et Adriaan arrêté est mis en prison. Libéré, il rentre à la maison et écrit ses mémoires : il est devenu un homme qui survit dans un monde qui ne ressemble pas à l'idéal pour lequel il a combattu. Il exige que Lieve écoute le récit de guerre qu'il écrit. Un fils naît. Lieve rompt avec son mari et son amant. Elle quitte le devoir et l'amour, part avec son fils, en 1952, en laissant à Adriaan, son mari le jardin des délices. Elle prend son envol et refuse de s'enfermer dans un passé sans le moindre avenir. Dès le début du film, Delvaux, dans une belle séquence, nous montre la survie d'Adriaan : celui-ci coupe un arbre qui s'effondre en détruisant une partie du jardin des délices. Le moine-soldat ou le mâle soldat coupe l'arbre de la vie. (2)

Lieve aime un idéaliste exalté et un résistant pacifiste. Dans Hiroshima mon amour, Riva aime un soldat allemand et un pacifiste japonais. Ce n'est pas un hasard si André Delvaux s'est inspiré du film d'Alain Resnais. Hiroshima mon amour est un film culte pour André Delvaux. Il en a étudié l'intrigue et les plans en 1961, avec Raymond Ravar, avant qu'ils ne créent ensemble l'INSAS, en août 1962, avec Jean Brismée. (3)

Une femme entre chien et loup est aussi un film sur une nappe d'un passé qui s'estompe et n'est plus pour la génération actuelle que des archives d'images en noir et blanc. Une époque pas très glamour, mais qui conserve des résonances dans notre présent. Le nationalisme survit. Rappelons que L'Œuvre au noir, le dernier film d'André Delvaux nous parle d'une Europe ravagée par les conflits et l'intolérance. 


1. En Belgique, de l'autre côté de la frontière linguistique sur la division blindée « SS Wallonie », lire le livre de Jonathan Littel, Le sec et l'humide, une brève incursion en territoire fasciste sur la campagne de Russie de Léon Degrelle. Extrait : « Plus encore que le décor de la guerre, c'est le moment du combat qui compte ici. Soudain tout devient possible. Il suffit d'oser. » Le livre de l'auteur des Bienveillantes est publié chez Gallimard, coll. L'Arbalète. 

2. Sur les fantasmes du mâle et la peur, dans Männerphantasien, Klaus Theweleit explique « Tout ce qui liquéfie les corps de la femme érotique à laquelle le mâle-soldat oppose l'infirmière blanche, virginale », lire sa post-face dans le livre déjà cité de Jonathan Littel. Le sociologue allemand nous explique ce qui est censé advenir de « l'homme nouveau » du troisième Reich millénaire : « Le déplacement de l'ensemble de la sexualité du principe du plaisir vers un principe de douleur et de violence. » 

3. « Hiroshima , Resnais et la grammaire » d'André Delvaux in Tu n'as rien vu à Hiroshima, édité par l'Institut de Sociologie de l'Université Libre de Bruxelles. Signalons qu'un découpage du film (plan, texte, musique) de 59 pages termine ce beau livre de 307 pages. 

Een vrouw tussen hond en wolf, Femme entre chien et loup, édité et diffusé par la Cinematek.

 

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