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02/07/2008
 

I’m Not There, de Todd Haynes

Lorsque le Nouvel Hollywood s’effondre au début des années '80, les indépendants qui lui succèdent, s’inspirent de son esthétique anti-establishment même si c’est celle-ci qui a précipité leur perte à Hollywood. Les films indépendants qui coûtent moins cher que les grands spectacles produits par les studios hollywoodiens n’hésitent pas à mettre à mal l’idéologie dominante. C’est dans cette planète créative que surgit, Todd Haynes, un cinéaste arty qui lance, avec Christine Vachon, sa productrice, le « cinéma gay ». Il démarre sa carrière de cinéaste avec un film en noir et blanc, sans vedettes, Poison (1991) au Sundance festival, parodie d’une série B américaine des années 50 avec un épisode emprunté au Miracle de la rose de Jean Genet. Carrément ! Suit Velvet Goldmine (inspiré du mouvement glam rock popularisé par David Bowie et Iggy Pop) projeté au Festival de Cannes (1998) et Loin du paradis (2001), film inspiré des mélodrames de Douglas Sirk, en plus sophistiqué.


Sorti en décembre 2007, I’m not there, son dernier film est disponible ce mois-ci en DVD.

Le temps passe, la mode se surpasse. Vous aimez Bob Dylan ? Il y a dix ans vous étiez ringard. Vous découvrez Dylan aujourd’hui, vous êtes cool. Demain, vous serez branchés. Fabulous. Après le No Direction Home (documentaire) de Martin Scorsese, Todd Haynes consacre à Robert Zimmerman, alias Bob Dylan, l’icône des protest songs puis du folk-rock, I’m not there (fiction), un film concept au tourbillon formel varié et inventif.

Un portrait imaginaire, kaléidoscopique en diable. Une belle idée qui rassemble sept acteurs interprétants sept Dylan différents (la plus spectaculaire étant joué par Cate Blanchet incarnant le Dylan androgyne des années 60) avec une structure narrative digne du Rashomon d’Akira Kurosawa.

Qui est Bob Dylan ? – hormis les clichés le sacralisant, répandus dans les magazines people – un insaisissable personnage aux divers talents, ce qui permet à Todd Haynes de développer la mise en scène de I’m not there, avec intelligence. Ce retour à Bob Dylan, retraçant, pour le réalisateur, le parcours du troubadour du folk, s’oppose à la médiocrité de la culture actuelle, dominée par la loi du marché tant en Occident qu’aux USA. Les années '60 dominées par la créativité expliquent le désir de Todd Haynes de construire le récit de son film de manière diffractée et inventive.

Donc, les heureuses sixties, années de la liberté créative, donnent le cadre formel du film. Elles sont si différentes des années de plomb du 21ème siècle qu’on se demande si le réalisateur n’a pas raison de supposer qu’on pourrait revenir bientôt à une époque contre-réactionnaire, étonnante et enfin passionnante.

As the present now / will later be past / the order is rapidly fadin' / and the first one now / will later be last / for the times they are a-changin'. (1)

Bonus

Todd Haynes nous parle de sa passion pour Blonde on Blonde, Highway 61 qu’il écoutait, sans cesse en peignant (la peinture étant le premier désir du réalisateur, « je pouvais peindre sans entrave.


« Ce que je n’avais pas saisi à l’époque, c’est le côté positif du changement, le fait que celui-ci est enthousiasmant et qu’il renferme l’excitation de l’avenir. Et c’est ce que sont les jeunes quand ils parlent d’avenir. »

« Tout est parti de l’image que j’avais de lui ; une personne à visage multiple, une personne pour qui le changement a toujours du bon ».

Les propos de Todd Haynes sur le concept du film, ce qui le définit et sur la promotion, sont drôles et intelligents.

Jean-Michel Vlaeminckx

(1) Comme le présent maintenant/sera plus tard le passé/l’ordre établi change rapidement/ et le premier de maintenant/sera bientôt le dernier/car les temps sont en train de changer. Bob Dylan, The Times They Are A-Changin',1963.

I’m not there de Todd Haynes, édité par Cinéart, diffusé par Twin Pics.

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