Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Août 2014
Mots-clés : IAD, court métrage,
 

Cru iAD 2014

Le cinéma, c’est du sérieux

C’est une tradition au mois de juin, le Cinémascope de Louvain-la-Neuve accueille les étudiants de l’IAD (InstitutdesArts de Diffusion) pour venir présenter sur écran géant leurs films de fin d’études. Comme chaque année, une foule de techniciens, professeurs, acteurs, professionnels du cinéma, membres de la famille et curieux s’est pressée dans la grande salle. Cette année, 5 fictions, 4 documentaires et une poignée de travaux animés ont été projetés durant toute une (assez sage) après-midi. 

 

Sage donc. C’est le mot que nous retiendrons de ce pourtant assez joli cru 2014 de l’IAD. Sage dans le fond, sage surtout dans la forme. La folie s’est faite la malle dirait-on, et la génération des vingt ans, nourrie à la crise au biberon, n’a pas l’humeur légère. Il s’agit d’être sérieux. Le film de fiction de Nora Burlet, Aller contre, démarrait pourtant sur un vent de révolte. On avait envie d’y croire un peu à cette gamine de dix sept ans qui envoyait tout péter : parents, lycée, codes, bienséances… patatras. La cinéaste décide, après un quart d’heure, de faire rentrer son héroïne rebelle au bercail, dans le rang, dans le droit chemin. Zou ! Retour au lycée la larme à l’œil ! D’un coup, d’un seul, la gamine devient raisonnable d’une manière improbable (et combien énervante) ! Révolution, fantaisie et liberté n’ont visiblement pas le vent en poupe. Heureusement, Paul Cartron, quelques minutes avant, nous avait offert un peu de folie, toujours dans la gravité, certes, mais avec une bien plus belle liberté de ton. Paul et Virginie(qui, malgré ce titre, n’est pas l’adaptation du livre de Bernardin de Saint-Pierre) est visiblement inspiré d’une histoire très personnelle. Paul, un gamin d’une dizaine d’année, rentre chez lui les courses à la main et débarrasse les assiettes sales de la veille. Il se glisse dans la chambre de sa mère encore endormie en pleine après-midi… le tableau est brossé… croit-on. En moins de 20 minutes, Paul Cartron instaure un univers ostensible, un rapport mère-fils d’une grande complexité et un scénario chargé d’émotions contradictoires où les non-dits distillent une inquiétante étrangeté dans un quotidien sous la menace constante de la bascule. Sans doute le film de fiction le plus fort de cette promotion.

Un peu d’audace encore dans De la rage de Margo Fruitier avec une scène de masturbation explicite hélas noyée dans un scénario confus et un contexte déprimant. Car la chair est triste visiblement, surtout chez les jeunes réalisatrices. L’héroïne de De la rage ne jouit plus, celle de Un parfum de citron (de Sarah Carlot Jaber) s’envoie en l’air dans la seule idée de faire un enfant à son mari stérile, celle enfin de Au moins le sais-tu, elle, est enceinte… d’un mort.
Etait-ce donc plus joyeux du côté du documentaire ? Quelle réalité les jeunes cinéastes ont-ils envie de filmer, de mettre en images ? Comme toujours, deux genres distincts : le documentaire introspectif, avec voix off, et celui plus confrontant, tourné vers les autres et leurs réalités. Dans le genre introspectif, (A)pesanteur (notez la parenthèse) nous délivrait de grandes et personnelles réflexions sur le ciel et l’infini avec une désarmante naïveté, tandis que Il segreto del serpente de Mathieu Volpe tentait le poème filmé avec de très jolis moments mais aussi pas mal de maniérisme (dont un hommage un peu (trop ?) appuyé à Godard). Les deux autres documentaires quant à eux se tournaient vers d’autres vies, celles des habitants d’un camping résidentiel (Nos refuges de Vincent Panepinto) et enfin la vie d’un médecin de province dans Les visites, un émouvant documentaire signé Clément Abbey. Durant 40 minutes, le cinéaste nous faisait pénétrer le quotidien de Geneviève, médecin généraliste, amie, confidente, psy de tout un petit monde pour la plupart à l’hiver de leur vie. Des personnages bouleversants filmés avec beaucoup de pudeur et d’empathie et qui se livrent avec une liberté de ton véritablement désarmante.

Enfin et sans s’étendre sur ce point, trois courts de fiction multimédia ont achevé cette journée… et nous aussi !

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