Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
12/07/2011
 

Injury Time de Robin Pront

Une société malade de sa haine et de sa violence ?Voilà un film qui donne envie de vomir, tant y est exposée à nu la barbarie qui affleure d'une société ultra-individualiste, rejetant les plus faibles à la marge, et malade des frustrations et de la haine qu'elle génère. Le réalisateur flamand filme, le coeur au bord des lèvres, un infernal débordement de cassages de gueules, de tortures, d'incendie volontaire et finalement de meurtres qui n'a d'autre cause que la connerie d'abrutis dont la seule perspective est d'aller au foot avec leur bande de hooligans, de s'imprégner de bière et de taper sur leurs voisins dans la plus imbécile des logiques de meute.

une scène du film Injury time de Robin Pront avec Mathhias SchoenaertsInjury Time débute par le tabassage de deux fans de l'Antwerp par des supporters wallons d'une équipe rivale. L'un est laissé dévasté sur le carreau. Son pote, Sid, qui a réussi in extremis à se planquer préférerait laisser tomber, mais le frère du blessé, Van Dessel, crie vengeance. Ce skinhead tatoué est un véritable enragé qui, batte de base-ball et bidon d'essence en mains, est bien décidé à tout casser chez ces "walloons", et les choses vont ainsi dégénérer jusqu'au drame. Trop tard pour Sid qui a des scrupules depuis le début, pour maintenir cette escalade dans les limites du fait-divers.
Formellement, on est, avec Injury Time, au coeur d'un cinéma d'action influencé par une certaine télé réalité : une caméra mobile qui suit les personnages dans le mouvement, sans rechigner sur l'emploi de certains angles suggestifs de prise de vues, une qualité d'image assez brute, renforçant l'impression de prise sur le vif, un montage au cordeau, une fascination trouble pour le spectaculaire et le paroxysme des scènes de violence...

Seuls le découpage, la direction d'acteurs précise, et le scénario qui porte un véritable regard critique sur un phénomène de société relèvent d'une classique mise en place cinématographique. Une approche qui n'a rien d'originale, surtout au nord du pays où elle est davantage pratiquée. Reconnaissons ici son caractère particulièrement efficace, notamment grâce au jeu musclé de Matthias Schoenaerts, particulièrement à l'aise, depuis Rundskop, dans les rôles de brutes. Glissant de la forme au fond, s'il n'est pas question de faire grief au réalisateur de ses intentions – il choisit clairement le camp du rejet de ce qu'il montre - Injury Time se situe aux limites de ce qu'il est intéressant d'exposer de la violence et pose la question de ces limites. Et sans porter sur le film un regard communautaire (son message est universel et l'opposition Flamand/Wallon pourrait tout aussi bien être une opposition entre rouges et mauves, ou entre ceux d'en haut et ceux d'en bas), on ne peut éviter de se poser la question de savoir s'il est significatif que ce petit bijou diablement méchant nous vienne d'une communauté de plus en plus gangrenée par un rejet brutal de l'autre dans son existence même. Quoi qu'il en soit, le regard porté par Robin Pront est clairement celui de l'inquiétude quant aux limites d'une violence bête et brutale dont on sent la montée sensible, dans l'ensemble de l'Europe et ce regard est, on veut le croire, celui de tout honnête homme dans tous pays, y compris le nôtre, et au nord comme au sud de celui-ci. Pour poser la question, Pront choisit la technique du coup de poing. Le jury du festival du film de Bruxelles, en lui décernant son grand prix du court métrage, a certainement voulu reconnaître la pertinence d'un choix dont il est difficile de nier l'effet. Injury Time va dans le mille, droit au plexus.

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