Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : festival, femme, agriculture, travail,
 

Insoumise de Jawad Rhalib

Liberté, dignité, justice sociale

Cela fait maintenant une vingtaine d'années que Jawad Rhalib enchaîne les réalisations : courts-métrages, documentaires et, depuis peu, longs-métrages de fiction. Après son 7 rue de la Folie présenté au FIFF de Namur 2014, l'auteur et réalisateur belgo-marocain présente son deuxième long-métrage de fiction, Insoumise, en compétition internationale au Festival du Film de Marrakech et présenté au 15e Festival du Cinéma Méditerranéen de Bruxelles qui se tiendra du 4 au 11 décembre 2015. Depuis toujours profondément agité par des questions liées au réalisme social et aux méfaits de la globalisation, Jawad Rhalib décrit, dans Insoumise, les conditions de travail des saisonniers en Belgique.

 

InsoumiseJeune, belle et révoltée, Laila se voit contrainte de quitter le Maroc, son pays d'origine. Entre désillusion et prise de conscience, elle part pour la Belgique là où l'attend un boulot de saisonnière. Elle atterrit dans la petite exploitation agricole d'André, un cultivateur de pommes installé dans une ferme du Condroz. La jeune femme déchante rapidement : les conditions de travail sont dures, les heures supplémentaires ne sont pas payées, les travailleurs ne sont pas respectés. Alors que les autres saisonniers courbent l'échine sans rechigner, et ce depuis des années, la bouillonnante Laila harangue les foules et convainc les autres. La révolution est en marche. André va devoir être conciliant...

"Je veux te retrouver. Ô toi, mon pays", voilà ce qu'entonnent, au début du film, une bande de jeunes Marocains, réunis autour d'un même désir : trouver une solution pour leur pays. Comme en Tunisie, comme en Égypte, comme en Espagne. Il faut bouger pour palier la cure d'austérité qui frappe le Maroc. Cette indignation était le thème central du Chant des Tortues, dernier documentaire de Jawad Rhalib. Ici, la révolte se déplace en Belgique. Fuite illusoire de Laila là où la crise sévit aussi, là où les inégalités sociales règnent, là où les cultivateurs tentent de survivre aux dépends de leurs employés malgré l'embargo des Russes sur toutes les commandes de pommes en provenance de Belgique.

Insoumise, c'est l'histoire de Laila, interprétée par Sofiia Manousha, déjà présente dans 7, rue de la folie. La jeune actrice française porte littéralement le film du début jusqu'à la fin. Une femme décidée, entêtée, engagée, belle, sulfureuse, féminine, combative, sensible. Elle est soutenue par nos compatriotes Benjamin Ramon et Hande Kodja révélée dans Marieke Marieke de Sophie Schoukens, par Nadège Ouédraogo, chanteuse et comédienne du Burkina Faso. Jawad Rhalib est parvenu à instaurer une belle complicité entre ces jeunes venus d'ici et d'ailleurs, animés par des forces distinctes mais qui s'unissent dans le même but : faire respecter leurs droits de travailleurs.

Le film s'ouvre et se ferme avec les chants contestataires, entre rock et hip hop, de Hoba Hoba Spirit, quintet originaire de Casablanca à qui Jawad Rhalid a fait appel pour la musique d'Insoumise. Bon choix. Les rythmes énergiques viennent donner de la force à Laila, les écouteurs plantés dans les oreilles, en off ou en in, le groupe marocain donne le ton du film.

Dans cette coproduction belgo-marocaine, Iota production et K Films, le réalisateur transpose adroitement la révolte d'une jeunesse marocaine à celle de travailleurs saisonniers en Belgique, un monde peu connu et peu exploité au cinéma. Avec ce deuxième long-métrage, Jawad Rhalid présente, de manière très réaliste, les rapports de force entre patrons et employés et il offre, ainsi, un film social qui rend hommage à ces travailleurs de l'ombre et, par la même occasion, à nos paysages condruziens.

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