Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
décembre 2009

Editorial

Vidéo

Entrevue

Critique

Sortie DVD

Evénements

Publication

04/12/2009
 

Katanga Business de Thierry Michel

Un film d’aventures

Thierry Michel a-t-il le Congo à ce point dans la peau qu'il ne puisse plus s'en défaire ? Après en avoir parlé notamment sous l'angle historique (dans Mobutu Roi du Zaïre), puis géographique (dans Congo River), il l'aborde aujourd'hui par le biais de son économie. En route donc pour ce qui a toujours constitué le cœur et le poumon de l'économie congolaise : la province du Katanga. Un scandale géologique tant ses ressources naturelles semblent multiples et inépuisables, mais aussi la victime, depuis des décennies, de la convoitise provoquée par ses immenses richesses. Pillages, détournements, manque d'investissement ont progressivement ruiné l'exploitation par la Gécamine, la société d'état en position de monopole. 

image katanga dvd

Creuseurs irréguliers et mafieux de toutes obédiences se sont progressivement installés sur les mines laissées à l'abandon pour tenter d'en tirer subsistance. Les années de déliquescence politique et administrative ont transformé ce territoire en zone franche, sorte de Far West propice à toutes les aventures. Aujourd'hui, la situation s'améliore lentement. Un nouveau gouverneur a été élu, qui tente de reprendre le contrôle des anciennes industries et de ramener un semblant d'organisation. C'est le retour des hommes d'affaires et des investisseurs, mais aussi des chevaliers d'industrie. Les mines rouvrent, les investissements nécessaires sont réalisés, le matériel attendu depuis plus de trente ans arrive enfin.

À l’occasion de la sortie du film en salles, notre confrère Jean-Michel Vlaeminckx, en a fait une analyse détaillée avec un long entretien filmé avec le réalisateur. Ici, nous dirons simplement que ThierryMichel se lance dans la description de cet univers avec le lyrisme et le sens de l’épopée qui lui sont propres. Ce sont les vieilles usines et les mines abandonnées que l’on visite avec les nouveaux patrons chargés de les remettre en route. De gigantesques salles où les restes rouillés des anciennes machines cèdent progressivement la place à du matériel flambant neuf. Ce sont les camions géants qui circulent à 300 m sous la terre dans des tunnels dantesques. On accompagne le gouverneur Moïse Katumbi dans ses visites sur le terrain, complet veston de coupe parfaite et chapeau de cow-boy vissé sur la tête. Infatigable, il fait respecter le règlement de travail dans les usines, apaise les craintes des ouvriers, encourage les douaniers à lutter contre le fraude et la corruption, reçoit les investisseurs étrangers, dont des officiels chinois, prêts à déposer sur la table 20 milliards de dollars. On est aux côtés des mineurs clandestins qui luttent face aux policiers pour ne pas être expulsés de la parcelle qu’ils occupent. Le film est un démenti cinglant à ceux qui pensaient que la description de la réalité économique Katangaise serait moins expressive au cinéma que le voyage au fil du fleuve Congo. C’est du vrai cinéma qu’on nous propose, avec des plans larges de paysages grandioses, du spectacle, des personnages, de l’action. Le tout sans négliger de nous dispenser une information rigoureuse, ni de terminer sur une réflexion pour l’avenir. Katanga Business est à la hauteur des films précédents.

Le film nous est à présent proposé par Cinéart et Twin Pics en édition DVD, simple ou double Collector. L'enjeu du DVD est de faire passer sur petit écran cette vision épique. Il y réussit fort bien. Mais le principal intérêt de cette sortie, du moins dans son édition double DVD, est de permettre l'ajout de bonus qui apportent un supplément essentiel d'information. S'il est sûr qu'on peut trouver beaucoup de plaisir à la vision de Katanga Business sans ces bonus, il est tout aussi certain qu'on ne regardera plus le film de la même manière après la vision de ceux-ci. Car la réalisation n'a pas été une aventure de tout repos. Thierry Michel filme aussi les trafics, les exploitations clandestines, les grandes fraudes et les petits arrangements. Il dénonce la répression brutale des creuseurs clandestins qui sont les grands perdants de cette normalisation. Toutes choses dont la mise en lumière ne plaît pas à tout le monde. Katanga Business a valu à son réalisateur son quota d'embêtements, tracasseries, ennuis et avanies diverses (voir l’article de Colette Braeckman : http://blogs.lesoir.be/colette-braeckman/2009/07/20/katanga-business-trebuche-a-kisangani/). Cette réalité, le making of de 52’ (Mines de tracas au Katanga) nous la fait partager. On y montre tous les « loupés » du tournage : expéditions au fin fond de la jungle pour découvrir des exploitations clandestines qu’on ne peut finalement pas filmer, altercations avec la police, etc… Le spectateur, plongé dans l’aventure, prend la mesure de la difficulté de l’entreprise. Une interview de 20’ avec le réalisateur permet ensuite à ce dernier de donner sa vision des choses. Enfin, un petit documentaire, Fétiche et minerai, nous fait partager l’intronisation d’un chef coutumier. Une occasion de prendre conscience de l’impact des structures traditionnelles sur la société (et l’économie) katangaise.

On recommandera donc chaleureusement le double DVD de préférence à la version simple. Elle seule permet de découvrir ces bonus, regroupés sur un second DVD, qui représentent un véritable apport parallèlement au film en salles.

Katanga Business, c'est aujourd'hui aussi un très beau livre, richement illustré des photographies de Thierry Michel. Sous la direction de ce dernier, différents intervenants y font le point sur la situation de la province aujourd'hui. Textes de Colette Braeckman, journaliste, et de Jean-Louis Moreau et Isidore Ndaywel È Nziem, historiens. Editions Luc Pire, 39 €.

Katanga Business, Thierry Michel, édité par Cinéart, diffusé par twin Pics

commentaires propulsé par Disqus