Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

La part des anges de Ken Loach

Du crachin, une ville grise, monolithique, aux rues toutes semblables et parcourues de gueules cassées communiquant avec un accent à faire passer papy Voise pour un élève du cours Florent. On est bien chez Ken Loach, et l'on se prépare déjà psychologiquement à boire du désespoir humain à la louche pendant une heure quarante, pourtant...

jaquette dvd la part des angesLa part des anges désigne le volume d'alcool qui s'évapore inexorablement durant le vieillissement en fût. Belle expression, à l'image de l'histoire que le réalisateur tisse autour de ses personnages, à la fois doux comme un Wild Turkey, rond et mûr comme un Jameson 1780.

Robbie, Rhino, Albert et Mo sont quatre jeunes écossais que quatre vies de petits délits vont rassembler dans le même groupe de travaux d'intérêts généraux dirigé par le sympathique Harry. Grand amateur de whisky, Harry va initier ses ouailles à cette passion qui les mènera bien au-delà de leur sordide quotidien.

Relaté à la manière d'un conte, Loach concocte ici une belle histoire qui fonctionne bien. La mise en scène et la direction d'acteur permettent même de rendre le propos plutôt crédible et de s'attacher à ces personnages de paumés pour qui la roue va tourner. Qu'importe si le réalisateur délaisse un peu son penchant éprouvé pour la lutte sociale à tendance marxiste. Pas de valeur morale mise en exergue : si les personnages de Loach font la nique à une société qui leur doit bien ça, ce n'est pas ici une position idéologique quelconque. Lassé peut-être de combattre des moulins, le réalisateur s'abandonne à une histoire légèrement consensuelle, tout comme ses héros se couleront, à terme, dans le lit paisible de la société. Mais gageons qu'un film portant un tel nom a le droit de se laisser porter doucement dans l'angélisme, et accordons à Loach le droit de poser un peu l'étendard si longtemps brandi. Il faut simplement apprécier le film pour ce qu'il est : un beau divertissement qui fait voyager, rire et vivre avec des personnages bien campés.

Service minimum côté boni, on y trouve quelques scènes coupées, une dispensable bande-annonce et un making-of. Ce dernier, passé quelques révélations fulgurantes de Loach (« Il faut bien placer la caméra ») permet, à travers les inévitables commentaires dithyrambiques de l'équipe quant au talent du réalisateur, d'apprendre certaines choses intéressantes sur sa direction de comédiens. Robbie, incarné par Paul Brannigan, étant par exemple, comme souvent chez Loach, un acteur non professionnel, lui-même issu d'un milieu social difficile. L'ambiance ressortant de ces moments de tournage suit l'état d'esprit du film.

Si cette comédie sociale ne deviendra sans doute pas un vingt ans d'âge de renom, elle distille déjà un savoureux goût d'humanité avec quelques saveurs d'herbe mouillée.

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