Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Octobre 2011
10/10/2011
 

Le Choix de Jacques Faber - Belfilm

Un coeur navré de joie
Monsieur Jacques Faber, paraît-il, serait passé derrière la caméra par hasard. À la vision du film qu’il commit en 1975 intitulé Le choix, rien ne permet d’en douter. Mais ce hasard, pas toujours heureux, est une nouvelle occasion pour l’association Belfilm de nous plonger la tête la première dans notre cinéma national méconnu grâce à ses DVD Made in Belgium.
Nous sommes en 1975. Tout le prouve, les costumes osent les pois, les rayures, les superpositions, les associations de couleurs… extrêmes ; la musique, à grand renfort de synthé, inonde littéralement toutes les images ; les couples n’ont pas peur de s’envoyer gentiment en l’air ; un vent de liberté semble animer les jeunes gens qui rêvent de grands projets artistiques populaires réformateurs.

À cette époque, à Bruxelles, le théâtre du Parc ressemble déjà à ce qu’il est aujourd’hui, le Théâtre National à un vieux garage pourri et, sur la Grand Place, les voitures circulent aux côtés des fourgonnettes dans un joli vacarme. Dans ce contexte joyeux, pourtant, notre pauvre héros au nom peu héroïque, Jean-Pierre, ne sait plus à quel saint se vouer… ni à quels seins d’ailleurs. Comédien attitré au Théâtre du Parc de Bruxelles, il file un amour enfantin et routinier avec la jolie costumière, Anne, jusqu’à ce qu’une proposition pour intégrer une troupe dans le Sud de la France lui arrive par courrier. Adieu Bruxelles, exit Anne.
Le lâche abandonne la belle pour partir sur les routes de France interpréter Lorenzaccio d’Alfred de Musset. Au cours de son périple, il rencontre Juliette, le sosie parfait de celle qu’il vient d’abandonner... Jean-Pierre connaît alors les affres du doute et de la culpabilité. Le personnage qu’il interprète, Lorenzaccio, figure emblématique du double jeu, ne devient-il pas alors le miroir parfait de son âme ? Sous ses airs de débauché et de lâche, Lorenzaccio est aussi un idéaliste profondément romantique et cette tragédie du masque est bien, elle, la tragédie du désenchantement et de l’idéal floué… ce à quoi voudrait tendre le film.
Ce parallèle, ce jeu de miroir sophistiqué entre les deux femmes « identiques » d’un côté, et la confusion entre personne et personnage de l’autre, aurait pu apporter au Choix une belle complexité narrative. Hélas, le film ne l’exploite jamais, n’effleure pas même les thèmes qu’il semble pourtant mettre en place. Le comédien, Gilles Kholer, au brushing impeccable, se débat tant bien que mal avec un personnage creux et sans envergure, et si le titre, Lorenzaccio, est clairement annoncé sur les affiches des théâtres qu’il parcourt, le personnage, lui, n’est jamais explicité, jamais incarné, jamais mis en parallèle avec le personnage de Jean-Pierre. Il pourrait interpréter le Cid, Platonov, ou Hamlet, ça ne changerait rien.
Quant au sentiment de trouble et au jeu ambigu et onirique que suscitent toujours les sosies (Anne et Juliette sont d’ailleurs interprétées par la même comédienne, Claude Jade), aucune trace, pas l’ombre d’une esquisse. Jacques Faber, certes, n’est ni Hitchcock, ni Lynch, et fait péniblement avancer son film sans imagination ni mise en scène. L’onirique ici, se joue à travers un rêve grossièrement psychanalytique et qui, au final, ne met rien en perspective.
Les nostalgiques de ces années perdues y trouveront quand même de jolis petits réconforts dans les vues de Bruxelles.

Le Choix de Jacques Faber - 85’ - 1975
Scénaristes : Jacques Faber et Nanina Zunino - Producteurs : Jacques Faber - Jean Goumain et Peter Riethof - Musique originale : Guy Boulanger - Image : Jean Rozenbaum - Montage : Patricia Canino - Maquillage : René Daudin - Directeur de la production : André Deroual - Technicien du son : Jacques de Pauw - Caméra et Département Electrique : Dominique Arrieu et Robert Lezian - Sociétés de Production : - Belga Films - Films du Bélier - Les Producteurs Simone Allouche - Peri Films
Avec : Claude Jade – Gilles Kholer – Jacques Faber – Maurice Sevenant – Eve Bonfanti


Bonus
Ouille ouille ouille d’Henri Xhonneux – 12’ - 1975
Les aficionados des DVD Made in Belgium ont déjà croisé Henri Xhonneux au détour de l’édition de son long métrage Souvenir of Gibraltar. D’autres le connaissent grâce au sulfureux Marquis (de Sade bien sûr). Ouille… est un court métrage burlesque, sans dialogue, interprété par le clown suisse Dimitri. Ces douze minutes le mettent en scène seul, au milieu d’une salle vide remplie de chaises. Une jolie occasion de faire un show poétique fondé sur le comique de répétition et de proposer une chute joliment abracadabrante.
Le DVD est disponible sur www.belfilm.be

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