Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
14/11/2007
 

Le Flic, le juge et l’assassin d'Yves Hinant

Présenté dans le cadre du Panorama biennal du Cinéma documentaire belge.

Diffusé sur la RTBF dans le cadre de l’émission Tout ça (ne nous rendra pas le Congo), Le Flic, la juge et l’assassin est, à plus d’un titre, un document exceptionnel, qui mérite sa sélection pour le prix Henry Storck. On est là en contact avec la définition pure, primale, du documentaire, c’est-à-dire celle du document. En l'occurrence, l’équipe d'Yves Hinant a pu suivre, pendant plusieurs semaines, le travail d’une équipe de la police de Bruxelles et d’une juge d’instruction, et ce, sur une affaire de meurtre. Dans ce cadre “sensationnel”, on apprécie particulièrement la sobriété de l’approche : pas d’images du cadavre, ni de leçon de morale (la victime est une prostituée, le suspect un camé), on échappe donc d’emblée à un angle “ertéhélien”. Le procédé, initié dans feu Strip-Tease, dont Tout ça… est la digne héritière, n’est pas exempt de défauts cependant. À livrer des images brutes, sans commentaire ni mise en situation, en minimisant à l’extrême la sensation de présence des journalistes, qui ne peut pas ne pas avoir de répercussions sur les protagonistes, on tronque forcément une part de la réalité. Aussi, les documentaires de cette veine demandent-ils à être regardé par un œil critique et concerné, et non consommé à l’aveugle. C’est exactement le problème survenu avec le faux J.T. sur la séparation de la Belgique, issu de la même écurie en décembre dernier. Mais on est ici en terrain plus balisé, propre à éviter la polémique, et n’est-il pas bon de ne pas être pris pour un idiot par la télévision?

Alors avec quoi reste-t-on ? Trois fois cinquante minutes d’une enquête passionnante. Non seulement le documentaire rend justice au quotidien et au travail des hommes et des femmes de la justice, au poids qui pèse sur leurs épaules pour éviter l’erreur judiciaire - et ce en nous laissant aussi démunis qu’eux - mais, par la grâce du montage, cette enquête se suit comme une série policière ou un bon roman policier. On n'échappe pas à certains moments truculents, plaisirs coupables prompts à surgir dans ce type de documentaire “terroir”, tel qu’un “Mais dans quoi les gens vivent ! Ça, c’est pas dans les palais qu’on va faire des descentes…” de la juge d’instruction sur les lieux du crime, ou le fait qu’une des pièces à conviction soit… une frite, retrouvée dans l’estomac de la victime. Mais ces éléments ne parasitent pas le respect dû, à la victime justement, mais aussi aux suspects et aux policiers. Le Flic, la juge et l’assassin est donc à ne pas manquer si vous l’avez raté à la télévision. Et ne comptez pas sur moi pour vous raconter la fin !

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