Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Janvier 2015
Mots-clés : comédie, sortie en DVD
 

Le Grand’ Tour de Jérôme le Maire

Programmé à l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) à Cannes 2011 et édité en DVD par Blaq Out, Le Grand’ Tour de Jérôme le Maire est un film à tiroirs dans lequel on trouve de tout : de la coke, des bières, une soif de liberté, un envie d’ailleurs, une expérience humaine, une histoire d’amitié et de fraternité, des instruments de musique, des fêtes, des lendemains difficiles, des rencontres insolites, un besoin de solitude et des chemins de traverse.

Le Grand’ Tour de Jérôme Le Maire Le Grand’ Tour, c’est l’histoire de dix hommes, dix copains espiègles de 35-45 ans quittant Malmédy à pied, avec de la bonne humeur, des chansons et des tambours, pour rejoindre Stavelot, la ville du « carnaval du monde », le temps d'un week-end, tous seuls, sans leur famille. Partis pour quelques jours, ils décident finalement de poursuivre l’aventure, de laisser leurs proches derrière eux et de continuer leur route à travers les bois pour rester ensemble et aller à la rencontre des fêtes et de l’inconnu. Mené par Vincent, le Président de la bande, ils s’embarquent pour « la seule grande aventure », « le départ d’une nouvelle vie », « une expérience unique », « une histoire humaine avec de simples humains », loin des contraintes et des cases toutes faites de la société.

Tout de rouge vêtus, grimés, goguenards et pétés, ces dix drôles de types cheminent, d’un bon pas, blaguent, font du camping dans le bois, apprennent à vivre ensemble, boivent des coups, s’engueulent, se réconcilient, passent de temps en temps un coup de fil à leurs proches, avancent par étape dans la forêt et resserrent leurs liens d’amitié et de complicité. Par moments, ils s’arrêtent, comme chez les parents de Vincent où totalement éméchés, ils font le plein d’affection, de bières et de saucisses ou encore chez un châtelain qui les fait dormir dans une chapelle et leur permet de faire les guignols avec ses armatures de chevaliers.

Folklore, rots, chutes, bons mots, rencontres. Pendant la première partie du film de Jérôme le Maire, c’est l’humour qui l’emporte. On comprend d’emblée entre fiction et documentaire pourquoi ces gars-là sont partis : besoin de faire une pause, de changer de vie, de se sentir libre, d’être eux-mêmes le temps d’une escapade. Seulement, au fur et à mesure, on commence à ressentir un changement, on découvre une fissure grandissante. Les tensions s’accentuent, le but n’est plus clair (où va-t-on ?), certains commencent même  à avoir envie de rentrer. D’autres, comme Vincent, génial dans son rôle de chef, souhaitent être seuls, poursuivre le grand tour et atteindre un idéal.

Devant ce film, on s’interroge. Fiction ? Documentaire ? Les deux ? Les hommes filmés sont justes, donnent tout, se livrent, que ce soit en groupe, avec les copains, dans les bois ou au carnaval ou bien en solo, quand ils sont interviewés séparément, sur leur lieu de travail, et évoquent après coup leur vision du grand tour, les gains et pertes de cette expérience à part, ainsi que leur rapport aux autres membres du groupe. Si certaines scènes du film dévoilent une vraie spontanéité (par exemple, dans le magasin des parents de Vincent où tout ce petit monde, bien ivre, s’embrasse et s’enlace), d’autres laissent présumer une écriture, un dispositif et un scénario (les entretiens de chacun, notamment).

Pour accompagner le film, des bonus figurent sur le DVD dont une petite dizaine de scènes coupées de 2-3 minutes sans grand intérêt (les meilleures sont dans le film) et un entretien avec le réalisateur permettant d’en savoir plus sur la genèse du projet et la personne de Vincent Solheid, comédien à l’origine du Grand’ Tour, désireux de monter un projet de film avec ses copains autour d’un week-end festif. En guise de dernier supplément, apparaît aussi un commentaire audio du réalisateur : pas toujours facile de « revoir » un film avec une voix-off par dessus, notamment dans un cas comme celui-ci où certaines scènes, absolument jouissives, se passent totalement de commentaires. Même si certaines questions trouvent ici leurs réponses (comment est réellement né le film ? Comment les copains « acteurs » ont-ils été mis à contribution dans ce projet ?), il est judicieux aussi de garder une part de mystère, toutes les scènes et intentions n’ayant pas besoin d’être décortiquées.

Ce qu’on retient au final de ce film qu’on s’apprête à ranger dans sa DVDthèque, c’est son authenticité, son aspect mi-déconne mi-nostalgique, sa façon très personnelle de poser la question du choix (quelle vie souhaite-t-on finalement ? Est-on heureux ? Si on pouvait vivre une vie libre et sauvage loin des contraintes et de la société, oserait-on la vivre ? A-t-on besoin des autres ou peut-on se suffire à soi-même ? Qu’est-ce qui est plus important ? La sécurité, l’amour, l’amitié ou la solitude ?) Le film de Jérôme Lemaire n’offre pas de réponses (et tant mieux), entre surréalisme du début et portes de sortie finales, il nous laisse faire notre propre chemin et nous accrocher à nos repères et nos envies.

Lauréat de l’Amphore d’or au Festival International du Film Grolandais, passé par les festivals de Rotterdam, Namur et Belfort, Le Grand’ Tour a, en réalité, commencé son tour à l’ACID, une structure soutenant la diffusion de films indépendants en salles et œuvrant à la rencontre entre ces films, leurs auteurs et le public. Pour un film comme celui-ci, sorti il y a un an sur nos écrans, mais resté très confidentiel malgré le soutien de l’ACID et le bon accueil de la presse (notamment française), le présent DVD offre une salutaire leçon de rattrapage et une formidable leçon de vie.


Le Grand’ Tour de Jérôme le Maire. Edition Blaq Out : film, commentaire audio de Jérôme le Maire, entretien avec le réalisateur, scènes coupées

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