Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
02/06/2009
 

Le Prince de ce monde, de Manu Gomez

Loupé, mais … !

Le moins qu’on puisse dire du second long-métrage de Manu Gomez, c’est qu’il était attendu.

D’abord, parce qu’en vingt ans de cinéma, son auteur s’est imposé comme un court métragiste créatif, pétillant d’idées et d’intelligence. Un cinéaste qui, au-delà d’un cliché trop répandu, ne s’est pas seulement spécialisé dans l’animation, mais est aussi l’auteur de quelques fictions très réussies : évocation de Prague (Praha) ou adaptations de nouvelles d’Edgar Poe (Le Pendule) ou de Franz Kafka (La colonie pénitentiaire). Ensuite, parce qu’au fil de cette carrière, il s’est forgé une réputation méritée d’auteur, avec ses obsessions et ses thèmes rémanents qu’il poursuit film après film en dépit des ruptures de ton et de style dont il est coutumier. Notre homme passe en effet sans crier gare d’expérimentations grandiloquentes d’une étonnante richesse iconographique à la gaudriole potache gaillardement iconoclaste.

Le film était aussi attendu parce que qui connaît Manu Gomez, sait que ce sujet, tiré d’un roman de Maxime Benoist-Jannin, le hantait depuis des années (pas loin de quinze d’après nos archives). Manu tenait là un argument lui permettant de développer son goût de l’ésotérisme sulfureux, de brosser une critique sociale sans concession, et de dénoncer la mécanique du pouvoir. Au fil de toutes ces années, il a porté ce projet en lui, remettant l’ouvrage sur le métier, cherchant le financement, se lançant finalement avec un budget rikiki mais des exigences techniques à la hauteur du projet (refus de la vidéo HD et tournage pellicule en Super 16). Il avait réussi à rassembler autour de lui un casting prometteur (Jean-Claude Dreyfus en chanoine sataniste et corrupteur, Lio en courtisane tentatrice, Laurent Lucas en prêtre tourmenté). Cela s’annonçait… d’enfer.

Malheureusement, le résultat est un coup dans l’eau. On n’y retrouve pas la rigueur, le souci du détail, le sens de la narration, la concision auxquels le cinéaste nous avait habitués (du moins, dans ses films marqués au coin de l’ambition artistique). Le Prince de ce monde est un thriller fantastique qui relate, sur un rythme inégal, le chemin vers la folie d’un brave curé de campagne tombé sous la coupe d’apôtres du mal qui vont l’écarteler entre mysticisme et culpabilité jusqu’à lui faire commettre le plus horrible des meurtres. Incapable de se décider entre le drame psychologique, le film noir, le fantastique sulfureux et horrifique, le thriller gothique mâtiné d’un zeste de gore et d’une pincée de sexe, ou le pamphlet social, le réalisateur écartèle son film dans des choix contradictoires dont aucun n’est pleinement abouti. Le spectateur cherche alors ses repères dans ce qui lui apparaît comme un ensemble mal ficelé, vaguement prétentieux, et quelque peu bâclé.
Imagine, grâce au DVD, offre au film une seconde chance de trouver son public. Il en est capable, car malgré sa facture assez molle, Le Prince de ce monde a d’étonnantes fulgurances iconoclastes qui, à défaut de le placer dans les grandes œuvres du renouveau du cinéma de genre, l’inscrit au moins dans la tradition d’un cinéma belge rageur qui ne bride pas ses images pour conchier l’ordre établi et l’hypocrisie du conformisme petit bourgeois « bien de chez nous ».

Le film bénéficie d’un excellent transfert digital et est présenté dans un format 16/9 compatible 4/3, en version française avec des sous-titres optionnels néerlandais ou anglais. Il offre le choix « classique » entre un son Dolby Stereo (2.0) et le Dolby 5.1 mieux adapté au home cinéma. Il est complété d’une galerie de photos, plutôt dispensable, et de deux bonus dignes d’intérêt : un Making of de 25’, et la rencontre publique qui a suivi la présentation du film en première mondiale au BIFFF 2008. Fort logiquement intitulé Le monde du Prince et réalisé par Robin Shuffield, le Making of fait alterner scènes du film et interviews du réalisateur, du producteur, du décorateur et des principaux comédiens. Il apporte réellement un complément d’information bienvenu sur le scénario, le film, et l’ambiance du tournage. Présentée dans son intégralité (45 minutes), la rencontre publique aurait pu utilement être dégraissée par un montage qui en aurait extrait la substantifique moelle. Elle offre néanmoins quelques beaux moments de bravoure dont, entre autres, un plaidoyer passionné de Lio qui prend, avec ferveur, fait et cause pour le film et son réalisateur face à un accueil plutôt tiède du public. Sympa.

Enfin, outre la bande annonce du film, le DVD propose également celle de Vinyan, de The Wrestler et de Dorothy, un thriller fantastique horrifique de fort bonne facture, dû à la caméra d’Agnès Merlet.

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