Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Avril 2012
 

Les Acharnés de Manuel Poutte

Le choc des Titans 

Le foot et le cinéma, on le sait, c’est une longue histoire d’amour. Ce que l’on connaît peut-être moins, c’est la petite histoire du football belge et du cinéma américain. Pour les supporters, et particulièrement pour les Anderlechtois, Paul Van Himst est loin d'être un inconnu. Footballeur professionnel à Anderlecht, entraîneur du même club et puis de l'équipe belge (les diables rouges), notre Popol national a également fait partie du casting exceptionnel du film À nous la victoire de John Huston, aux côtés du Brésilien Pelé, du "Kaiser" Allemand Franz Beckenbauer et de bien d'autres. C’est bien le même Huston qui, vingt ans auparavant, avait réalisé Les Désaxés (The Misfits), l'une des dernières apparitions de Marilyn Monroe, déjà très abattue. Dans À nous la victoire, le cinéaste opposait l'équipe nationale allemande à une équipe de prisonniers de guerre au cours de l'été 1943, avec une longue séquence montrant les footballeurs en action. Manuel Poutte, passionné de foot et réalisateur primé au Magritte du cinéma pour le documentaire Fritkot, a décidé, quant à lui, de dévoiler une autre partie du décor, côté gradins.

les acharnes de Manuel PoutteLe "classico" espagnol est certainement le plus connu dans le monde du football, mais chaque pays a son duel au même titre que les glorieux clubs FC Barcelone vs Réal Madrid. Dans notre plat pays, c'est le Standard de Liège et le Sporting d'Anderlecht qui marquent l'histoire footballistique. Deux clubs, deux clans : une rivalité ancestrale qui a inspiré Manuel Poutte pour son documentaire, les Acharnés. Faisant suite à la série de courts métrages de 7 min diffusée l'année dernière sur la Deux durant les Play-offs (1) 2011, le cinéaste met en scène Bouba, le supporter du Standard (le Rouge) et Jean-Marie, celui d'Anderlecht (le Mauve). Deux couleurs, deux acharnés du ballon rond, deux passionnés.

Pour le spectateur neutre, le suspens qui a régné durant ce championnat 2011 est, sans doute, un authentique régal. Anderlecht est éliminé après avoir dominé la compétition, alors que le Standard arrivait tout doucement au premier plan, Genk prend l'avantage et devient champion. On n'ose imaginer l'angoisse et le stress qui ont envahi alors les supporters des équipes en compétition. C'est cette tension que Manuel Poutte s'est donc amusé à filmer ici.
À travers le portrait touchant de ces deux boute-en-train, le réalisateur nous plonge dans leur quotidien coloré et enflammé, le temps d'une saison exceptionnelle et excitante. Une forme de supportérisme loin des clichés violents qu'on a trop souvent l'habitude d'associer au hooliganisme.les acharnés de Manuel Poutte
Bouba alias Fabrice Bertrand, est postier à Amay, en région liégeoise. C'est, comme dirait nos amis français, Ze supporter : il ne rate aucun match, fait tous les déplacements, et le mauve est une couleur bannie de sa vie. Jean-Marie Lavaux est, quant à lui, chauffeur de camions pour une laiterie de la région de Rochefort. Il est président du fan-club local des supporters d'Anderlecht.

Pour ces deux phénomènes, leur club, c'est leur vie. Vivant leur passion de manière absolue, viscérale, rien n'est laissé au hasard. Bouba, déjà « standarman » dans le ventre de sa mère, ne s'est pas contenté d’imprimer les couleurs du club sur sa tondeuse à gazon, il se les est aussi faites tatouer.

Manuel Poutte, lui-même footballeur amateur, nous dévoile l'intimité de ces protagonistes avant, pendant et après le match. Grâce à une réelle proximité, ces deux fanatiques, une fois dans les gradins, se transforment en véritables gamins, béats d’admiration devant les joueurs pour lesquels ils vouent un véritable culte. L’empathie et le sens de l'observation du cinéaste permettent de découvrir l'enthousiasme ou l'insatisfaction des supporters, leurs joies et surtout la passion qui les anime. Aussi, il ne faut pas être amateur de foot pour apprécier Les Acharnés car avant d'être une histoire de fous de foot, Manuel Poutte en fait surtout une véritable aventure humaine.
 

(1) Play-off : Pour la saison 2009-2010, l'URBSFA a ramené le nombre de participants à 16 clubs et mis en œuvre un système d'éliminatoire en fin de saison.

La première phase consiste en une phase classique à une seule poule de 16 équipes en aller-retour, soit 30 matches par équipe.

À l’issue de ce championnat régulier :
-les 6 premières équipes sont qualifiées pour les éliminatoires 1 (appelées en anglais play-off 1) 
-les 8 équipes suivantes sont réparties en deux poules, qui forment les éliminatoires 1 (play-off 2) ;
-depuis la saison 2010-2011 les 2 équipes qui ferment la marche s’affrontent dans les éliminatoires 3 (play-off 3).

commentaires propulsé par Disqus