Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Les Poils : histoires et bizarreries du système pileux de Jeanne Boukraa

Au regard des courts métrages belges en compétition au Festival Anima 2012, l’animation est le réceptacle des techniques de composition les plus novatrices (3D, stop motion, etc), mais reste souvent très frileuse en matière de scénario. Pourtant, en moins de cinq minutes, Jeanne Boukraa, étudiante à la Cambre, nous offre une petite histoire savoureuse. Un court métrage d’animation réussi, qui n’a pas peur de nous faire entrer dans un imaginaire absurde et étrangement cohérent.

Le film s’ouvre tel un conte fantastique à frissons : « Dans un monde sombre et obscur, vivait un oiseau de mauvaise augure, il s’appelait Bébert et avait mauvaise allure. » C’est dans l’imaginaire de cet homme menaçant que Jeanne Boukraa nous plonge dès les premiers instants. Bébert déploie sa vision prémonitoire, celle d'un monde pourvu d'une lune poilue. Cette bizarrerie acquise, voilà que les hommes à leur tour voient leurs poils grandir et tout entier les recouvrir. En trois coups de crayons maîtrisés et quelques belles teintes aquarelles, l’univers de Jeanne Boukraa surgit, peuplé de ses créatures aux mouvements dégingandés.

Mais le danger gronde aux pays de ces nouveaux Chewbaccas. Un marginal sans toison : aussi nu qu’un vers sous son costume rouge, se délecte, la nuit, des poils de ses compatriotes. Armé de grands ciseaux, farouches alliés, Tchak ! d’un coup sec, il laisse nos pauvres congénères crâne scalpé ou fesses à l’air. Pas de répit pour les grands poilus, même en plein acte d’amour, tendre moment où un homme lèche la barbe de sa bien-aimée et embrasse sa poitrine velue, le chauve hurluberlu a tôt fait de tailler dans la masse.

Gare au voleur de poils ! La population au long pelage est prête à déployer ses forces armées pour partir à la recherche du coupeur de cheveux en quatre. Une chasse à l’homme aura lieu au milieu d’une jungle de hauts poireaux et autres espèces de céleris… Le film se clôt ainsi à l’image de son propos : dans un univers fantasque et décalé et surtout bourré d'humour. La densité des plans aux textures variées fait preuve d’une qualité graphique indéniable qui colle au sujet et nous laisse plus qu'un poil surpris et enchanté.

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