Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2009

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01/12/2009
 

Les vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati

Les vacances de Monsieur Hulot ou Tati et le parlé belge

Les vacances de Monsieur HulotMais qui est donc cet hurluberlu d'Hulot sur lequel Tati, à tâtons, n'a cessé de fantasmer et de nous faire rire ? Allo, hello, Hulot. À l'hôtel de la plage : « Pardon, votre orthographe, please - Ulo, avec ou sans H? - Yes, avec H, comme Hôtel (la pipe entre les dents, intérieurement : H comme Héros) - Thank you, Hulo ! - Avec T comme Tea : H.U.L.O.T., sorry, il n'y a pas que des voyelles, mais des consonnes. Oui ou non ? Mais surtout, il y a, chez Tati, une conception du langage qui se partage entre la langue française châtiée et une sorte d'accent à la belge (borborygmes de plusieurs types de langues) comme la vie entre la routine quotidienne et le grain de sable et de sel du temps. « L'effet de ce babélisme est de neutraliser les langues, les unes par les autres : le langage a l'air de pure contingence; plus d'un personnage passe dans la même phrase du Français à l'Allemand, du Néerlandais à l'Anglais. Ce ne sont que les éclats, les tessons d'une langue originelle perdue, tellement plus universelle. »

(1) Le babélisme trouvera son sommet dans Trafic. Sans doute parce que Hulot se rend en Hollande, le pays natal de la mère de Tati, Madame Claire Van Hoof.
« Monsieur Hulot a le génie de l'inopportunité, écrit André Bazin. Ce n'est pas à dire qu'il soit gauche ou maladroit. M.Hulot, au contraire, est tout grâce, c'est l'Ange hurluberlu, et le désordre qu'il introduit est celui de la tendresse et de la liberté. Il est significatif que les seuls personnages, à la fois gracieux et totalement sympathiques du film, soient les enfants. C'est qu'eux seuls n'accomplissent pas ici un « devoir de vacances. » (2)

Des enfants, créatifs, amusants et rebelles qui le lui rendent bien. L'univers de Tati rassemble des générations que le trio salles-télé-Internet ne rassemble plus guère. Les jeunes branchés côtoient les seniors aux cheveux blancs et les cinéphiles de tous âges. Phénomène devenu rare.

C'est dire si la sortie en salles et, maintenant en DVD, des Vacances de Monsieur Hulot (version restaurée) est un événement. Le film de Tati nous renvoie à ce mois de vacances de congés payés devenu l'artisan du tourisme de masse. L'humour du réalisateur nous signale, mine de rien, qu'en vacances, la mécanique huilée du conformisme social des adultes continue à travailler tout en étant mis en doute par l'imprévu des enfants et de Monsieur Hulot qui ne cesse d'apporter le désordre à l'ordre de la routine. Hulot a une fluidité du temps (il n'est jamais à l'heure) qui échappe à ses compagnons de l'hôtel de la plage, cristallisés qu’ils sont par le chronomètre de leurs habitudes. « Jamais sans doute, le temps n'avait à ce point été la matière première, presque l'objet même du film. Bien plus et bien mieux que dans ces films expérimentaux qui durent le temps de l'action. » (2) 

Bonus ou boni

Jacques Kermabon nous avait signalé les variations et les ajouts en relation avec la première version du film de 1951 (3). La très belle édition en DVD (2 disques) nous propose les deux versions : la première de 1951 (disque 2) et la seconde, de 1978, retravaillée par Tati (disque 1) et restaurée en 2009.

Une opération sur l'image, et plus encore sur le son a été faite aux Etats-Unis par Technicolor (via Thomson).

Stéphane Gaudet, tatinologue de longue date, nous offre, dans Beau temps, vent léger, une belle analyse du film avec des arrêts sur image pour détailler le processus du montage de Tati, mais aussi des raccords ajoutés par le réalisateur dans la version de 1978 (notamment la scène d'Hulot plié en deux dans un bateau qui se referme et dérive vers la plage en épouvantant les estivants – dite scène Spielberg, inspirée des Dents de la mer).

Des boni qui sont un vrai bonheur.

(1) Michel Chion, Jacques Tati, Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma.

(2) M.Hulot et le temps (1953), in Qu'est-ce que le cinéma ? d'André Bazin, éditions du Cerf.

(3) Jacques Kermabon, Les vacances de Monsieur Hulot, éditions Yellow Now, coll. Long métrage.

Les vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati, version 1978, restaurée en 2009 et première version de 1951. Edité par Naïve, distribué par Twin Pics.

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