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01/04/2002
 

Madeleine à la recherche du moi perdu de Marie Mandy

Longtemps, elle s'est couchée de bonne heure. Et puis un jour, Marie Mandy voulut voir du côté de chez Madeleine, sa grand-mère, pour trouver la réponse à cette question éternelle : Où vont les morts quand ils sont morts ? Vous ne le savez pas ? Et bien nous non plus mais Madeleine a une idée sur le sujet. C'est pourquoi la réalisatrice nous embarque avec Madeleine au paradis pour un voyage avant le décollage pour le paradis. Dans ce périple, la seule certitude socratique dans l'existence de l'être humain, la fin de la vie, apparaît comme un nouveau prisme à travers les yeux de Madeleine.

Alors attachez vos ceintures… Grand-mère de la réalisatrice, elle évoque à 90 ans sa vie et son parcours de femme mais aussi comment elle envisage sa propre mort. "Je me suis tellement préparée que quand cela viendra, je ne serai pas prête" précise Madeleine avec humour. Elle parle avec enthousiasme de son don pour les mathématiques et des freins de la société à son développement personnel. Une société basée sur les valeurs masculines, conservatrices et dogmatiques religieux. Madeleine enchaîne sur son mariage de cœur, du temps où les autres se mariaient de raison, de son détachement religieux alors qu'ailleurs on s'attachait au spirituel, de sa fidélité, de son souci de vivre de manière indépendante et sereine. Elle explique pourquoi elle a l'impression de quitter le monde trop tôt, pourquoi elle n'est pas née à l'époque où elle voudrait vivre et se dévoile à sa petite-fille avant de définitivement mettre les voiles pour le paradis.
Filmé dans le pur style de la caméra à l'épaule, ce document à deux voix dégage une profonde tendresse par l'attachement au personnage. Mandy utilise allègrement un effet voilé de la caméra pour nous donner l'impression d'un rêve éveillé. A l'image de la madeleine de Proust, elle tend les projecteurs sur sa Madeleine mais à la différence du bon vieux Marcel, ici c'est la Madeleine qui parle de son passé. Un peu comme si on demandait au biscuit de prendre un biscuit pour parler de sa vie, vous me suivez ? Malgré un certain nombre d'accrochages techniques (éclairage, son, stabilité de l'image), le temoignage-dialogue entre deux générations parvient réellement à captiver l'attention sur les thèmes universels du destin, de l'oppression, de la liberté de l'être, de la vie et de la mort. Grâce à une idée géniale, on voit défiler la vie de Madeleine sur des photos d'excellente qualité pour finalement assister, peut-être, à une renaissance. Madeleine à la recherche du moi perdu qu'elle arrive finalement à trouver. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine…

Mehmet Koksal

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