Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Janvier 2011
10/01/2011
 

Âme de clown de Marc Didier et Yvan Noé - Belfilm

Après de nombreux films belges ressuscités grâce à l’association Belfilm, c’est au tour de la France de révéler quelques-uns de ses trésors injustement passés aux oubliettes. La collection DVD Souvenirs de France fait son retour avec Âme de clown, un film d’Yvan Noé, réalisateur et auteur dramatique que les adeptes des DVD Belfilm ont déjà pu découvrir avec quatre comédies éditées en 2010. En piste pour une cinquième !

 Les feux de la rampe

âme de clownMarie Edgar Jean Noetinger, dit Yvan Noé, est sans doute plus connu des passionnés de théâtre que des rats de cinémathèques. Bien qu’il ait réalisé quantité de films jusque dans les années 50, son succès fut plus éclatant sur les planches que sur l’écran. Dans la lignée des Pagnol et des Guitry, la plupart de ses longs métrages sont des adaptations de ses pièces et restent assez proches du théâtre filmé. Unité d’action, de temps et en général de lieu, les comédies d’Yvan Noé font la part belle à la dramaturgie et aux dialogues. Intrigues policières à huis clos fourmillant de personnages pittoresques, drames sentimentaux mettant en scène des personnages hors du commun, l’univers du dramaturge flirte avec la comédie bourgeoise teintée de drame romantique. Le succès retentissant que connaît, dans les années 30, sa pièce Teddy and Partner incite le producteur, Edmond Ratisbonne, de l’adapter au cinéma avec les mêmes acteurs. Yvan Noé, qui, en 1933 n’a pas encore réalisé de film seul, est engagé comme coréalisateur aux côtés de Marc Didier. Teddy and Partner d’Yvan Noé devient Âme de clown de Marc Didier et Yvan Noé.

Dès les années 20, le cirque connaît un regain d’enthousiasme. Le thème du cirque envahit la littérature, la peinture, le théâtre et bien sûr le cinéma. Et si, dans l’univers du cirque, il devait y avoir un roi, ce serait, sans nul doute, le clown, personnage énigmatique, cachant, sous son sourire peint, toute la détresse et les malheurs des hommes. Le clown de cette histoire, Teddy, n’est pourtant pas, à proprement parler, le héros malchanceux et maladroit auquel on pourrait s’attendre. Cynique, sans imagination, il joue dans des salles miteuses pour quelques sous jusqu’à ce que l’arrivée d’un partenaire plein d’idées et de talents, Jack (Pierre Fresnay) le conduise directement à la gloire. À eux les hôtels de luxe et le grand train… Si Teddy en use et abuse, Jack, lui, soumis au grand Maître, se charge de tout, se faisant tour à tour secrétaire, accessoiriste, partenaire, coursier, cireur de pompes etc. si bien que l’on en vient à ne plus savoir qui est le véritable Teddy, sorte d’entité sans visage. Quand une jeune femme vient déclarer à Jack, qu’elle prend pour l’artiste, toute l’admiration qu’elle lui porte, le partenaire, touché par sa grâce et sa sincérité, n’ose lui dire qui il est en réalité. Commence alors un chassé-croisé boulevardier en diable, avec apparitions et disparitions, jeu de dupes, faux-semblants, mensonges, portes qui claquent et toute la panoplie… Pourtant, Âme de clown parvient à s’éloigner du pur vaudeville en instillant, ici et là, des scènes plus graves et sentimentales. Pierre Fresnay donne à son personnage une douceur empreinte de mélancolie qui n’est pas sans rappeler le mime Debureau interprété par le grand Jean-Louis Barrault dans les Enfants du paradis. Face à lui, la pétillante Pierrette Caillol, égérie du dramaturge, trouve un rôle plus important et sérieux que dans les autres films d’Yvan Noé auquel il assignait en général, des seconds rôles d’originales pour le moins farfelues. Pasquali, dans le rôle du clown Teddy, offre quant à lui un contraste parfait à ce duo amoureux tout en filouterie et roublardise.

S’accaparant d’un thème éternel, celui de l’usurpation de l’identité qui a fait les beaux jours de l’opéra (Don Giovanni, Cosi fan tutte) et du théâtre des siècles passés (Le jeu de l’amour et du hasard, Cyrano de Bergerac) Yvan Noé parvient à lui donner une modernité qui bascule franchement vers la satire sociale. Voulant à tout prix défendre l’exploité, l’auteur cautionne un comportement peu moral qui finit même par trouver grâce aux yeux de l’exploiteur. Un retournement réjouissant et inattendu, qui, malicieusement, s’achève sur un mode parodique, évitant, de justesse le dénouement tragique. Une jolie fable entre farce et marivaudage.

Le DVD édité par Belfilm ne propose aucun bonus, mais il se fait pardonner par un livret historique des plus instructifs.

Âme de clown de Marc Didier et Yvan Noé

Musique : Jane Bos – Photographie : Georges Raulet – Montage : Andrée Feix Avec : Pierre Fresnay, Pierrette Caillol, Fred Pasquali, Georges Rollin, Pauline Carton, Pauline Polaire Production : Consortium Cinématographique Français

Disponible sur www.belfilm.be

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