Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

My Little Princess d’Eva Ionesco

Eva Ionesco, nous l'avons découverte au cinéma, dans le rôle de Pauline, nièce de la voyante Madame Vianna, dans un film de notre compatriote Marc Lobet, Meurtres à domicile (1982).

Changement d'échelle : avant le septième art, Eva Ionesco a été le modèle d'Irina, sa mère. Un couple fille-mère traumatisant qui a viré au scandale public dans les années septante. Au début, Irina, danseuse, peintre, munie d'un boîtier 24X36, célèbre le corps féminin, style Joseph von Sternberg avec Marlène Dietrich. Un regard lascif sur la nudité, très proche du baroque (la grâce sensuelle de Sainte Thérèse d'Avila du sculpteur Le Bernin à Rome). Son érotisme se nourrit de l'imagination et de l'attrait des corps. Plus intéressant dans les années 60 que les publicités actuelles, (pompeuses devenues) sur les amants qui ne coûtent rien à la sécurité sociale (en espérant qu'ils ne soient pas chômeurs). L'épisode baroque se poursuit, en moins soft et amusant, dans le maniérisme et le kitsch des postmodernes. Irina fait participer à ses séances, Eva, sa fille de quatre ans, pré pubère dans des poses lascives à la Lewis Caroll (Alice Liddell ou Agnès Grace Weld). Plus dénudé, of course, elle devient une sorte de pantomime de la féminité, ou plus exactement une poupée Barbie aux cheveux blonds oxygénés. Des galeries d'art à Paris Match, provoc’ et scandale assurés. Sauf qu'à l'école, les amies et leurs parents la traitent de pute de luxe. Les années 70, années de la révolution dite sexuelle, nous ont permis de découvrir des images du commerce sexuel encore plus foldingue avec un big-bang incessant pour frustrés nets et pas nets.

L'eau est passée sur le pont. Les souvenirs changent la perception du temps. On comprend mieux le souci d'Eva Ionesco, adulte désormais, de s'en sortir en réalisant un film de fiction sur une enfance qu'elle raconte comme un conte de fées à la Perrault. Entre cruauté et tendresse, que reste-t-il de cette mère infantile ? My Little Princess est donc un film étonnant. En fictionnalisant son passé, Eva a réussi un travail de mémoire sur un épisode qui aurait pu virer en asphyxie mortelle dans la folie transgressive d'Irina. Ce n'est pas le cas, il s'agit d'un conte cruel. Eva Ionesco a pu rebondir. Irina lui a appris le jeu des regards dans le silence de la prise de vues des instantanés. Eva a offert la parole à sa mère tout en nous contant l'histoire d'une égocentrique fantasque devenue qui aurait pu rester sans voix, derrière ses photos hallucinées. Elle a relancé la balle comme au tennis, en demandant à Isabelle Huppert et Anamaria Vartolomei d'interpréter ce couple infernal digne d'un opéra italien.

My Little Princess, le film d'Eva Ionesco, suit les traces de différents regards. De la puissance de l'œil vivant de sa mère à celui de l'œil machinique de la caméra, en réalisant la mise en scène cinématographique tout en passant par l'œil cadré de l'appareil photo d'Irina.

 

My Little Princess d’Eva Ionesco - DVD édité par Home Screen, diffusé par Twin Pics.

 

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