Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2003
Mots-clés : sortie en DVD,
 

Pierrot le fou en DVD

Jaquette de Pierrot le fou de Jean Luc Godard

Grands Classiques
Deuxième titre des « Grands Classiques » que nous vous proposons de (re)découvrir : Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. Pour deux raisons : la première c'est que s'il y a bien un film qui échappe au formatage c'est bien celui-là. La seconde est que ce film a été le déclic de la vocation de Chantal Akerman. (« En sortant, je me suis dit tout de suite : je veux, je vais faire des films » in A Chacun son cinéma, éditions Luc Pire/Cinergie).

Le film
Le propre des films mythiques est de ne pas trop savoir par quel bout il convient de les présenter tant ils offrent de pistes au commentaire. Comme A bout de souffle (qui, avec Le Beau Serge de Chabrol et Les Quatre cents coups de Truffaut, a lancé la Nouvelle Vague), Pierrot le fou est un faux thriller. L'intrigue adaptée d'un roman de la Série Noire (Obsessionde Lionel White) est détournée servant de prétexte à l'élaboration d'un essai cinématographique, à un poème ou à l'émotion comme l'exprime Samuel Fuller qui apparaît au début du film ( «un film c'est l'amour, la haine, l'action, la violence, la mort. En un seul mot c'est l'émotion»).
Tourné en scope et en couleur, le film enchaîne une suite de séquences qui voit Ferdinand lire l'histoire de l'art d'Elie Faure dans sa baignoire, traîné par son épouse dans une surprise party où il jette la crème chantilly du gâteau sur les invités avant de quitter les lieux. Chez lui, il rencontre Marianne (Ana Karina), la baby sitter qui s'obstine à l'appeler Pierrot. Il la raccompagne chez elle et découvre, le lendemain matin, un cadavre et une panoplie d'armes dans l'appartement de Marianne. Ferdinand-Pierrot vole une voiture et le couple s'enfuit vers la mer en jouant les Robinsons, les Pieds-Nicklés pour quitter «ce monde pourri et dégueulasse» et vivre d'émotions.
Pour Ferdinand, c'est faire une déclaration dans une pinède («Ma ligne de chance» - «Ta ligne de hanches»), perdre Marianne, trouver Raymond Devos... On renonce à vous en dire plus. Voyez le film ! D'autant que le résumer c'est réduire une intrigue qui se fout de la logique, accumule les ruptures de rythmes, les collages, les citations in et off, les jump cut et les regards caméras («A qui tu parles ?» -«Au spectateur») qui sont l'expression de ce poème cinématographique. Comme dit Ferdinand à Marianne : « Tu me parles avec des mots, et moi je te regarde avec des sentiments ». Pour parler la langue du film il faut s'en imprégner.

Le réalisateur
François Truffaut (à qui Jean-Luc Godard doit le scénario d'A bout de Souffle) a écrit : « Le professeur Chiarini a déclaré « Il y a le cinéma avant Godard et après Godard ». C'est vrai. Il a fichu la pagaille dans le cinéma, ainsi que l'a fait Picasso dans la peinture, et comme lui, il a rendu tout possible. »
Dixième long métrage de Jean-Luc Godard, Pierrot le fou, sorti en salles, en 1965, a suscité un éloge immédiat d'Aragon. Celui-ci n'hésitant pas à écrire : « On dirait que tout s'ordonne autour de cette couleur (rouge), merveilleusement. Car personne ne sait mieux que Godard peindre l'ordre du désordre. Toujours. Dans Les Carabiniers, Vivre sa vie, Bande à part, ici. Le désordre de notre monde est sa matière. »
Quant à Jean-Luc Godard, lui-même, avant d'accorder un entretien passionnant aux Cahiers du Cinéma (n°171, octobre 1965), il écrit un texte dont nous extrayons la fin : «En ce sens on peut dire que Pierrot le fou n'est pas vraiment un film. C'est plutôt une tentative de cinéma. Et le cinéma faisant rendre gorge à la réalité, nous rappelle qu'il faut tenter de vivre ».

Bonus
Outre son chapitrage, le film comporte la bande annonce du film et comme bonus (ou boni, comme dirait Agnès Varda) des extraits de textes de critiques de cinéma de l'époque, une filmographie sélective de Jean-Luc Godard et un petit film sur Georges de Beauregard, le producteur de Godard mais aussi de Varda, Demy, Chabrol, qui prononce une phrase qui est toujours d'actualité : « Tout le monde peut faire des films. Le problème est d'avoir du talent » !

Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, DVD édité par Poening, coll : « Les Films de ma vie », avec la participation du CNC

commentaires propulsé par Disqus