Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Polisse de Maïwenn

Histoire d’une bavure cinématographique

Polisse de Maïwenn a beaucoup fait parlé de lui à sa sortie… Il y avait son sujet bien sûr, s’attaquer à la pédophilie sans tomber dans le sordide est un exercice hautement périlleux, il y avait aussi son casting people : Karin Viard, Marina Foïs, JoeyStarr, Nicolas Duvauchelle, Maïwenn herself, et bien sûr son prix du Jury au Festival de Cannes. On a beaucoup parlé de Polisse donc, et finalement, pour pas grand-chose.

Polisse est sorti sur les écrans en octobre 2011, il est aujourd’hui édité en DVD, rien de plus logique en somme. Polisse aurait tout aussi bien pu sortir en épisodes sur une chaîne publique, mais ce serait sans compter sur le narcissisme de sa réalisatrice qui croit faire du cinéma. Le narcissisme, c'est bien le premier problème de ce long pilote de série dans lequel Maïwenn incarne un personnage parfaitement inutile, purement décoratif. Engagée comme photographe pour suivre les flics de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs), la jeune femme un peu gauche va trouver l'amour... le fascinant JoeyStarr, et nous conter bluette, pour alléger un peu le sujet, soit la maltraitance faite aux enfants. Le chanteur de NTM qui hurlait, il n'y a pas si longtemps "Police machine matrice d'écervelés mandatés par la justice sur laquelle je pisse" se retrouve donc de l'autre côté de la barrière, du côté flic, un brin rebelle (quand même), un gros ours mal léché au grand cœur (bien sûr). Autour de lui, tous aussi formidables les uns que les autres, gravite une pléiade de supers héros fragiles, Nadine (Karin Viard) dont le mariage bat de l'aile, Iris (Marina Foïs), anorexique au lourd passé, Nora (Naidra Ayadi), la beurette de service etc. etc. Leur point commun ? Ce sont des humains comme vous et moi, avec leurs forces et leurs faiblesses, mais ce sont surtout des flics tout simplement irréprochables, des héros des temps modernes, des traqueurs de pédophiles affreux affreux. Bienvenus dans la remarquable et extraordinaire police donc ! Et l'on ne se demande plus tout à coup pourquoi il a fallu ajouter deux S à ce titre pour décrire cette police si poliSSée.
Malgré des acteurs vraiment brillants (sans exceptions), une franche belle énergie dans certaines scènes qui osent le débordement (mouvements, engueulades, excès), Maïwenn ne parvient pas éviter le film catalogue, ou chaque cas possible et imaginable est passé en revue : le matériau d'une saison télévisée en une séance de cinéma. Et les enfants dans tout ça ? Enrôlés pour peindre les difficultés d'une bande de copains, ils ne sont qu'un prétexte, les instruments qui donnent du piquant à leur vie quotidienne. Et c’est sans doute tout ce qui concerne les enfants qui dérange le plus. Rien ne nous est épargné, de la plus vilaine complaisance (longue scène d’un enfant en pleurs arraché aux bras de sa mère) au plus mauvais goût (lorsque les enfants roms embarqués de force se mettent à danser dans le bus sur Baby I’m yours).
Polisse nous apprend que le "miol", dans le langage flic, signifie « c'est un mouais... un viol », c'est-à-dire un viol, mais pas vraiment. Disons alors que Maïwenn a inventé un concept en ne signant pas un film, mais un mfilm.

Le bonus

Vingt-sept minutes d'interview de la réalisatrice. Ces propos confirment ce que nous laissait voir le film, l'idée étant de faire un film sur la police en intégrant une histoire d’amour entre son homme (JoeyStarr donc) et elle-même. Voilà qui est dit. Elle parle longuement de sa manière de travailler, des notes prises lors de son stage dans la police, de son bonheur au festival de Cannes. Finalement, rien de très méchant dans tout cela, juste une sincère naïveté plutôt désarmante.

Interview de Stephen Werbeck, le compositeur de la musique. Il a signé entre autres, la musique de Deux frères de Jean-Jacques Annaud, Shakespeare in love de John Madden ou Billy Eliott de Stephen Daldry.

Polisse de Maïwenn, édité par Cinéart et diffusé par Twin pics.

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