Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Poulet aux prunes

La spirale du temps dans l'énigme de la subjectivité d'une vie est le sujet de Poulet aux prunes de Marjane Satrapi.

Nasser Ali, en deuil d'un violon (un Stradivarius), décide de s'éclipser d'une terre dans laquelle il ne retrouve pas le sel de la vie. Après sa mort, nous allons reconstituer sa vie et celle de sa progéniture. Ce conte persan a été dessiné, au préalable, par Marjane Satrapi, en noir et blanc.


La version cinéma, en couleur, a été adaptée à l'écran, filmée et animée, par le duo de Persepolis : Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. Davantage que dans les cases de la BD, la mise en scène elliptique de récits se raccorde, ou mieux s'enlace, dans le souffle de la fumée des cigarettes. Nasser Ali Khan (Mathieu Amalric) ne cesse d'allumer du tabac (fumer pour penser son art) d'autant plus qu'il est insomniaque. Ce qui fait lien avec Les Contes des mille et une nuits, de Shéhérazade à la caverne d'Ali Baba (Jamel Debbouze l'interprète avec humour). Le spectateur découvre les petites vignettes du film comme les casemates en mouvement qui circulent et s'entrelacent grâce à une caméra plutôt qu'une plume.

Parmi ces fragments de la vie d'artiste de Nasser Ali, signalons la rencontre avec son maître de musique, qui lui explique, en bondissant, qu'une excellente technique ne suffit pas à faire jaillir la lumière du son d’un violon : « La vie est un souffle, un soupir ». De même, cette belle séquence avec Sophia Loren : le frère de Nasser Ali lui rappelle le moment où ils découvraient tous les deux le corps voluptueux de Sophia Loren projeté sur un écran de cinéma. Souvenirs, souvenirs. Soudain, la tête de Nasser Ali se retrouve entre les seins plantureux de l'actrice italienne. Petit clin d'œil à La Tentation du Dr Antonio de Federico Fellini dans le film Boccace 70. Autres contours romanesques avec Lili (Chiara Mastroiani), la fille d'Ali qui joue aux cartes, boit de l'alcool pour noyer son chagrin et, victime d'une crise cardiaque à force de fumer comme son père, le rejoint. Quant à Cyrus, le fils d'Ali, on le découvre dans une banlieue des Etats-Unis avec sa femme et ses enfants. Dans cette autoroute de la vacuité, il survit dans l'absurdité quotidienne d'une vie où le futur est inexistant dans le surplace de la vie des postmodernes.

Autre scène jubilatoire, celle où Nasser Ali imagine la mort de Socrate parmi ses disciples espérant lui-même quitter le monde avec la même élégance que le philosophe dont Platon nous a transmis les dialogues.

 

Poulet aux prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, édité par Cinéart et diffusé par Twin Pics.

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