Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Janvier 2005
01/01/2005
 

Quand la mer monte de Yolande Moreau et Gilles Porte

Affiche de



Quand la mer monte
sort (enfin) en Belgique sous le signe du succès public et critique obtenu en France. Il vient d'obtenir le Prix Louis Delluc 2004. Le film est le fruit d'une collaboration réussie entre Gilles Porte et Yolande Moreau, qui ont écrit et réalisé un mélange de comédie romantique et de road movie atypique, situé quelque part entre la Belgique et le nord de la France.

Irène, (interprétée par Yolande Moreau) une comédienne en tournée avec un One Woman Show (« Sale affaire - Du Sexe et du crime ») choisit dans chaque nouvelle salle un spectateur qui doit monter sur scène. Elle l'appelle « mon poussin » et il est, désormais, l'antidote des malheurs d'un personnage burlesque qui venait de tuer son amant. Toutes les nuits un nouveau poussin et un nouveau polaroid pour son journal. Jusqu'au jour où Dries (Wim Willaert) monte sur scène. Poussin et Irène, rien d'autre qu'une grande histoire d'amour qui commence. La fin on s'en fout...

A ne pas confondre cependant avec les clichés des comédies romantiques. Le scénario a le bon goût de les éviter et on ne peut que s'en réjouir! Il suffit de savoir que, parfois, la fiction rattrape la réalité. Mais comment faire vivre cette histoire quand les deux personnages sont issus de deux mondes différents et n'ont pas les mêmes références ? Yolande Moreau et Wim Willaert forment peut-être le couple le plus inattendu de ce début d'année, mais c'est impossible de ne pas craquer une fois qu'on découvre la fragilité d'Irène ou l'accent flamand de Dries. L'interprétation des deux acteurs, qui fut justement récompensée au dernier Festival du Film francophone de Namur, va d'un registre humoristique, qui évite les blagues faciles, à un registre sérieux qui ne bascule jamais dans un ton mélodramatique. Leur jeu doux-amer est un remarquable équilibre de leur talent mis au service d'un caméraman qui évite des séquences trop longues qui auraient pu briser le rythme bipolaire de l'histoire (la vie sur le plateau et les résonances dans la vie réelle d'Irène.)

Mais Quand la mer monte est beaucoup plus qu'un film d'amour. C'est un hommage déguisé aux acteurs, à leur solitude itinérante et à leurs sublimations par l'art. C'est un clin d'oeil au cinéma documentaire par des séquences de la fête des « géants » (Dries est porteur de géant.) C'est une attitude ironique envers la presse. C'est un regard poétique de certains paysages austères. C'est, surtout, un film sans prétentions pseudo intellectuelles qui, néanmoins, ne cède jamais au genre de projet « grand public à tout prix. »
Si, comme Irène, après la séance, on devait choisir entre une gaufre au sucre et une histoire d'amour, pas d'angoisse : on prendrait les deux !


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