Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
12/01/2007
 

Rue du Nord de Foued Bellali

Rue du Nord

Récit d’une poignée de vieux émigrés (3 marocains, un polonais, un kurde) venus chercher du travail en France et en Belgique après la Deuxième Guerre Mondiale. Ils s’expliquent en long et en large dans de nombreuses anecdotes sur les raisons qui les ont poussés à quitter leurs pays respectifs, racontent avec tendresse et humour leurs expériences, négatives et positives dans leurs « pays d’adoption ». Ce film fait écho à  Place Belgique de Foued Bellali, qui racontait, lui, les expériences de la nouvelle génération. Rue du Nord en est, en quelque sorte, la « préquelle ».

cover du film rue du nordPrivés de tous leurs droits au Maroc, nombre d’entre eux ont fait le chemin pour « trouver la liberté », pour pouvoir s’exprimer, changer de vie. Evidemment, en lieu et place des espoirs précités, la plupart d’entre eux se retrouveront bientôt confrontés à l’incompréhension, le racisme et le travail le plus éreintant (les charbonnages).
Une séquence d’archive nous montre un document d’époque, un tract distribué au Maroc par une entreprise de charbonnage belge en manque de main d’œuvre bon marché :« La Belgique est un pays où le travail est bien rémunéré, où le confort est élevé, surtout pour ceux qui vivent en famille. Vous trouverez dans notre pays un esprit international. Nous vous le répétons, les travailleurs méditerranéens sont les bienvenus parmi nous, en Belgique. »
Alors, invitation sincère, propagande malsaine ou véritable piège à cons ? Un peu de tout ça sans doute…
Confrontés à un irrespect proprement honteux dans nos administrations (tutoiement presque automatique, insultes et petit racisme ordinaire) et dans divers commerces (« interdits aux étrangers et aux animaux »), ces émigrés vont se retrouver à faire les basses besognes pour des salaires inférieurs aux ouvriers belges, et ce, souvent, sans la moindre formation. Un des témoins nous déclare que « la force vive de la Wallonie, c’est les étrangers », c’est sur la base de leur travail acharné que s’est construit tout un pays qui, évidemment, ne reconnaîtra jamais sa dette.
Ils reviennent aussi sur la grande solitude de leurs femmes, peu habituées à nos climats froids et pluvieux, ignorées de tous pendant toute une vie. Ils jettent également un regard très noir sur le système scolaire belge, notamment en évoquant cette authentique directive stipulant que « Les enfants issus de l’immigration ne POUVAIENT pas être dirigés vers les universités par leurs professeurs. » Dans un pays où l’immigré est toujours considéré comme un moins que rien, il devient dès lors un peu plus aisé de comprendre que nombre de leurs enfants, privés de repères scolaires et familiaux tombent dans la délinquance. Y’a des jours comme ça où y’a pas de quoi être fier d’être belge…
Il est permis d’avoir à l’œil une petite larme émue lorsque l’un des interviewés nous déclare que ce qu’il a retiré de mieux de sa nouvelle vie en Belgique c’est… la musique d’Adamo !… N'avons-nous vraiment rien de mieux à leur offrir?
Terminons sur l’un de ces sympathiques émigrés, un vieillard marocain nous expliquant être venu en Belgique pour devenir conducteur de trams. « Je voulais rentrer là où il y a le contact humain, dans les transports en commun ! » Vous avez bien lu, ça peut faire sourire « le contact humain dans les transports en commun » ! Décidément, la Belgique a bien changé… Ou bien, est-elle restée la même, en pire ?
Le film se termine sur le témoignage d'une vieille algérienne qui, face-caméra, nous déclare en s’excusant sincèrement, « nous ne sommes pas venus pour déranger »…
Ne serait-ce pas plutôt à nous de nous excuser ?

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