Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2004
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Saint-Germain ou la négociation de Gérard Corbiau


Saint-Germain ou la négociation, de Gérard Corbiau, nous plonge au coeur des guerres de religions qui déchirent l'Europe du XVIème siècle et la dynastie des Valois en France. Plus précisément en 1570, année où une trêve fragile se négocie.
Le téléfilm nous entraîne dans les méandres de cette négociation qui se conclura par le Traité de Saint-Germain, mené de main de maître par Monsieur de Malassis, un habile dialecticien rompu à toutes les tactiques et peu scrupuleux des fins pour y parvenir. On ne peut éviter de penser aux pourparlers de paix au Proche-Orient, D'autant qu'une certaine complicité unit les négociateurs. Animés d'un fantasme unitaire, protestants et catholiques se déchirent pour exister, chacun dans leur singularité. Tandis que leurs frères ennemis se déchirent pour se partager le gâteau des origines (le christianisme). Pour ces frères en monothéisme les accalmies succèdent aux combats dans un jeu narcissique qui se chante comme une ritournelle dévote.
Ce qui passionne Corbiau c'est l'affrontement, que ce soit avec l'épée ou avec la parole. Si Maulassis réussit à élaborer le Traité de Saint-Germain, chef-d'oeuvre d'accord diplomatique qui en inspirera bien d'autres dans l'Histoire, il vit intimement une catastrophe personnelle. Son domaine part à vau-l'eau, sa femme et son fils basculent dans le camp des réformés qu'il combat pied à pied. Une catastrophe individuelle qui préfigure la catastrophe collective que vécut la France lors de la Saint-Barthélemy. C'est donc davantage qu'une désillusion que vit Malaussis dont la famille périra dans le massacre.
Si le démarrage est un peu longuet (Corbiau nous a habitué à des mises en place plus rapides), dés que s'amorce la négociation, le réalisateur retrouve toute sa fluidité narrative à travers des rapports de force qui s'établissent comme lors d'une partie d'échecs.
Toute l'astuce du réalisateur est de nous monter la vanité de l'intelligence de Malaussis, sobre, réglé comme une horloge, prisonnier d'un jeu dont lui-même s'apercevra un peu tard qu'il n'a été que le jouet. La stratégie en abyme de Catherine de Médicis consistant surtout à gagner du temps d'où la figure récurrente du sablier. Le Traité de Saint-Germain, son oeuvre d'art n'a été qu'un leurre. Il ne lui reste donc plus qu'a en inverser les données : se convertir au protestantisme. Ce qu'il fait !

 

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