Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2003
01/02/2003
 

Strass de Vincent Lannoo

Injustement boudé par le public belge à l'occasion de sa sortie en salle, le premier long métrage de Vincent Lannoo doit à son (relatif) succès en France une sortie DVD dont profite également le territoire national. On ne s'en plaindra pas. Parce que le film mérite de trouver son public et que, de ce point de vue, pouvoir en disposer à la location ou à la vente (pour un prix raisonnable) est d'une utilité appréciable. L'insuccès en salles de films comme Strass n'est pas forcément dû à une absence de public intéressé. Les spectateurs à qui on demande de payer 6 , ou plus, pour une toile préféreront des valeurs sûres, avec stars et sensations fortes ajoutées. Et s'il est des films qu'il est impardonnable de ne pas voir sur grand écran, Strass ne souffre pas de son passage au format DVD. Cette comédie terriblement drôle sur le monde du théâtre, tournée sur le mode du faux reportage vérité a donc toutes ses chances de recueillir sur disque un succès mérité. Encore faut-il que vous lui fassiez confiance, et c'est tout le mal qu'on vous souhaite.

1. Le film

Une équipe de reportage débarque au conservatoire dans l'intention de réaliser un documentaire sur la classe de Pierre, un professeur de théâtre qui a développé une méthode de pédagogie ouverte et qui fait la fierté de l'école. N'a-t-elle pas "produit" Léopold, un ancien étudiant qui, maintenant, fait la star à Paris? Et de fait, Pierre est un professeur à la personnalité marquée et aux méthodes plutôt particulières. Il travaille au départ des émotions et des réactions de ses élèves, il s'implique également très fort, constamment aux frontières de l'hystérie. L'équipe suit les leçons, fait des interviews mais filme de même les dérapages de la méthode ou du professeur, les tensions et les conflits que ne manquent pas de susciter les techniques développées par Pierre, auprès de ses élèves, mais aussi de ses collègues. Participant du "psychodrame" orchestré par Pierre: quel rôle joue exactement l'équipe de tournage? Sa démarche "documentaire" ne suscite-t-elle pas finalement plus de questions qu'elle n'apporte de réponses?
Le film est réalisé selon les conditions imposées par la charte du Dogme 95. A la C'est arrivé près de chez vous, l'équipe s'infiltre dans l'école, caméra à l'épaule et se fait le témoin des relations et des jeux de pouvoir qui s'y déroulent. L'effet est d'autant plus saisissant que Vincent Lannoo laisse à ses comédiens un grand espace d'improvisation et d'apport personnel. Au-delà de la confusion entre la fiction et une soi-disant réalité, d'autres questions surgissent: comment la présence de la caméra va-t-elle modifier les comportements, les rapports humains au sein de l'école? Jusqu'à quelles limites d'indiscrétion peut-elle aller sans transformer le spectateur en voyeur et le cinéaste en manipulateur intéressé? Jusqu'où va (peut aller) le rôle de témoin et où commence celui d'acteur, voire le "devoir d'ingérence"?

2. Le réalisateur

Né à Bruxelles en 1970, Vincent Lannoo fait ses études en réalisation cinéma à l'IAD, où il réalise Meilleurs voeux, et Nathan, son film de fin d'études. Après un stage d'écriture avec le français Yves Lavandier il tourne X-mas in Space, un court de science-fiction. Pédagogue, il décide de tourner un film avec les jeunes élèves d'un Athenée bruxellois. Le cinéma agit comme un révélateur dans une institution peu préparée aux innovations. Le réalisateur claque la porte et décide de se servir de cette expérience pour écrire une fiction qu'il réalise ensuite. Ce sera J'adore le cinéma, une comédie dramatique qui obtient l'Iris d'Or et l'Etoile de Cristal du meilleur court métrage européen et sera sélectionné au Festival de Clermont-Ferrand. A son actif également, Si j'avais dix pauvres, comédie grinçante sur les rapports de pouvoir et la télé réalité, réalisée pour Canal + et que l'on retrouve en bonus sur ce DVD.

Cinergie : Pensez-vous que l'édition en DVD de votre film lui offre une seconde vie après sa sortie en salles ?

Vincent Lannoo : C'est surtout une vie plus longue que la vie en salle. En France, Strass est l'un de ces films qu'on achète en DVD pour organiser des soirées entre copains. Le DVD peut aujourd'hui être comparé à l'édition littéraire avec ses best sellers et ses collections plus pointues.

C : Pensez-vous atteindre, avec ce support, un public différent de celui qui fréquente les salles ?
V. L. : Ce que j'aimerais, c'est toucher le public qui fréquente les salles avec le DVD pour lui donner envie d'aller voir mon prochain film en salle.

C. : Que pensez-vous du découpage en chapitres. Y avez-vous participé ?
V.L. : Non, je n'y ai pas participé et je dois avouer que je m'en fous un peu.

C. : Le bonus permet d'offrir au spectateur le contexte dans lequel le film s'est fait. Etes-vous pour la diffusion d'un making off, d'entretiens avec les réalisateurs ou acteurs. Ce qui permet de revenir au film après-coup?
V. L. : J'adore les making off bien foutus, qui ne soient pas que des outils promotionnels. Il n'y a pas eu de making off de Strass, mais il y a le commentaire audio que Pierre et moi avons enregistré sur toute la longueur du film. On y révèle les secrets et les dessous du film.

C. : Le bonus permet d'insérer des scènes inédites, coupées au montage. Cela vous paraît-il intéressant ?
V. L. : Les scènes coupées constituent une grande part des bonus du DVD de Strass. Quand j'aime un film, les scènes inédites apparaissent toujours comme la cerise sur le gâteau. Ici, on en a vraiment mis beaucoup, et de très longues scènes qu'on peut s'amuser à replacer dans la chronologie du film. En plus, il y a un bonus caché (allez jusqu'au bout du menu Bonus et une croix apparaîtra, comme perdue, au dessus de l'image du film) qui vous fera découvrir l'ambiance qu'il y avait le soir, après le tournage.

C. : Les jeunes - Playstation 2 est muni d'un lecteur DVD - peuvent-ils, selon vous, découvrir grâce au DVD un type de films différents que ceux que leur propose l'actualité et la pression du Top 10 ?
V. L. : Peut-être, mais je pense que c'est surtout à l'école et aux parents de faire ce boulot. Si un jour un jeune vous dit « Papa, c'est super la Playstation 2 parce qu'en plus de jouer à des super jeux, je pourrai découvrir plein de super films intelligents. » : ne le croyez pas.

3. Les bonus

Outre, donc, Si j'avais dix pauvres, le DVD propose le commentaire audio de Vincent Lannoo et Pierre Lekeux. Toujours précieux pour expliciter les tenants et aboutissants du pourquoi, du comment de telle ou telle scène. Idem pour les huit séquences coupées au montage. Pas indispensables, elles permettent néanmoins de se rendre compte d'une certaine évolution des options de départ (davantage d'implication de l'école, en tant que système, et du directeur, Carlo Ferrante en tant que personne).En plus, elles offrent deux morceaux d'ambiance qui donnent une idée de l'atmosphère joyeusement loufoque du tournage. La fameuse bande annonce autour de la photo de Pierre Lekeux ("cet homme est comédien, cet homme a des ennuis") est là aussi. Une page de liens internet sur le film et un bonus caché... dont par définition, on ne vous livrera pas la teneur (surprise, surprise...) complètent le tableau.


DVD 9 - couleurs - 86' -. Format original 1.75, format écran 16/9 compatible 4/3. Audio Dolby 1.0. Disponible exclusivement en français non sous-titré.Ed. : Wild side video, distribution en Belgique : Boomerang Pictures.

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