Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
23/02/2015
Mots-clés : court métrage, FIFF, danse,
 

The Dancing d’Edith Depaule

Je danse donc...

The Dancing  de Edith Depaule

Présenté en compétition au dernier Festival International du Film Francophone de Namur, ce court métrage d’Edith Depaule révèle une maîtrise de la mise en scène et distille un propos féministe joyeux et intelligent. Dans un dancing d'une autre époque, des femmes coquettement vêtues attendent, chacune seule à sa table, sirotant sa coupe d'où émane un ennui angoissant. Sans dialogues, en des plans qui claquent comme les talons vernis de ces mystérieuses élégantes et comme le jeu direct des comédiennes, la réalisatrice fait exister des personnages touchants et convaincants. La première partie est l'enjeu d'un affrontement où chacune prend ses marques; la timide affronte son malaise, la joviale tente de briser la glace, l'excentrique s'échauffe au bar mais le temps devient vite ennuyeux. Bien entendu, ce sont des hommes qu'elles attendent pour, présume-t-on, une partie de danse. Mais comme ceux-ci sont toujours en retard (notamment sur les questions féministes), l'homme réel laisse la place à l'homme fantasmé pour une chorégraphie ensorcelée où la danse est le vecteur d'un apaisement des rapports femmes/hommes, les rôles genrés disparaissant au profit de relations égalitaires où les jeux de pouvoir se vivent sur le mode du plaisir. 

The Dancing  de Edith Depaule

Mais Edith Depaule va plus loin, car l'absence des hommes, devenue intenable, fait place à une libération à la fois physique, le retrait des talons et le repos des pieds dans une bassine d'eau aboutissant à l'orgasme, et morale (danse seins nus, retour à « la femme sauvage »).
Mais alors que la séquence rêvée était encore régie par des codes, des pas à exécuter à deux selon un ordre précis, le ballet aquatique final devient le lieu du désordonné, de l'individualisation où chacune prend sa mesure non plus dans un rapport normé mais dans un rapport à elle-même, à son propre corps. La danse affirme son pouvoir émancipateur et révélateur lors d'une danse où s'affirment solidarité, sensualité et force. Les hommes en restent évidemment bouche bée.

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