Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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octobre 2008
10/10/2008
Mots-clés : sortie en DVD,
 

Walkabout de Nicolas Roeg

La fin de l’innocence

Walkabout de Nicolas Roeg

Walkabout de Nicolas Roeg sort en DVD et plus qu’une bonne surprise, c’est un plaisir nécessaire de pouvoir voir et revoir ce film passionnant, nourri des rêves rebelles de la fin des années soixante et qui, avec une étonnante intelligence, anticipe ce qui allait se jouer d’essentiel dans la critique de notre civilisation et la disparition des mondes indigènes.
Pour faire court, Walkabout nous raconte une rencontre impossible, celle de deux jeunes blancs, une adolescente et son très jeune frère perdus dans le bush australien, et d’un jeune garçon aborigène en plein « walkabout », autrement dit, faisant l’apprentissage solitaire et spirituel de sa survie dans les déserts inhospitaliers qui constituent la terre où il vit. Ensemble ils vont marcher et se découvrir jusqu’à un certain point, celui qui, au-delà de cette communauté qui naît de leur périple, pose l’écart entre civilisé et sauvage comme impossible à résoudre.

Pourtant, résumer ainsi le film de Nicolas Roeg n’est pas lui rendre l'hommage qu'il mérite. Walkabout se présente comme une allégorie grinçante et tragique de cette disparition de formes de vie incompatibles avec le processus de civilisation, formes de vie qui rendent manifeste, dans leurs cris d’agonie, la logique mortifère d’un tel processus, tant pour ceux qui y sont confrontés que pour ceux qui y participent.

Car Walkabout est bien plus que cela. C’est aussi un formidable chant sur ce que nous appelons encore la nature, et qui jamais ne souscrit à cette vision idyllique d’un paradis perdu, mais au contraire donne à voir cette aventure difficile et pleine d’imprévus où l’homme et son milieu ne font qu’un. La coupure entre nature et culture se dissout au profit d’une étonnante symbiose des êtres et des choses qui supposent d’autres rapports à la terre, aux astres et à l’invisible que ceux de la propriété et de l’exploitation.
Walkabout, c’est encore une réflexion empreinte de douceur et de respect sur la différence entre les hommes et les femmes quand se mélangent sans conflits apparents les couleurs de peau, les sensibilités affectives, les bouleversements émotionnels, les barrières de langages. Nicolas Roeg nous montre que ce qu’il y a de commun entre nous est de l’ordre d’une invention permanente où chacun prend le risque de la rencontre et que celle-ci trouve sa pertinence dans cette adéquation entre ceux qui la vivent et le territoire qui les englobe et fait corps avec eux.
Walkabout, c’est enfin une mise en scène surprenante, ancrée dans son époque et, en même temps, novatrice, entre cinéma expérimental et narration symbolique. Nicolas Roeg invente la forme et le style qui donnent vie à son récit sans jamais tomber dans le démonstratif. 
Car Nicolas Roeg n’est pas un réalisateur partisan. Son film n’a rien d’un pamphlet militant écolo avant la lettre ou inscrit dans les luttes de libération indigène. La façon dont il positionne le jeune aborigène comme personnage principal de son film, ce souci d’être de son côté  avec tout ce que cela suppose d’incompréhension, lui permet de rendre plus présents, plus proches, ces instants si particuliers où la jeune fille et le jeune aborigène se découvrent et s’apprivoisent. Il y a là quelque chose de réellement troublant dont Nicolas Roeg rend compte avec une intelligence de ce qu’est le cinéma qui nous touche et nous émeut.

Ce DVD important s’accompagne de trois bonus. Le premier donne la parole à l’actrice Jenny Agutter, la jeune adolescente du film, qui aujourd’hui, se souvient de ce que fut l’aventure de Walkabout et permet de mieux comprendre la démarche de Nicolas Roeg et son travail de metteur en scène, particulièrement avec le jeune aborigène, David Gulpilil.

Le second  One red blood se compose d’un long documentaire sur David Gulpilil devenu, après ce film, un acteur indigène important dans l’histoire du cinéma australien et qui pose très clairement la question de l’identité aborigène et ce dans des termes qui rappellent étonnamment le propos de Walkabout.

Enfin le troisième bonus, Walkabout, le premier film aborigène ? voit les producteurs du DVD situer le film dans un contexte plus général, celui de la fin des sixties et tenter de comprendre les répercussions et les conséquences qu’un tel film eut tant au niveau d’un éventuel cinéma aborigène que sur l’évolution d'une approche de la question aborigène en Australie et ailleurs.

Distribué par Twin Pics

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