Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
février 2009
06/02/2009
 

Docks&Dockers - Avant Garde 1927-1937

Il peut paraître lassant qu’à chaque nouvelle parution d'un DVD filmarchief de la Cinémathèque, l'enthousiasme critique soit au rendez-vous et entraîne éloges et louanges sans cesse répétées. Mais comment ne pas saluer, à chaque fois, la qualité du choix des films et de leur restauration, l'érudition et l'intelligence qui caractérisent les livrets qui les accompagnent et l'invention musicale qui prolonge les films muets pour leur donner un éclairage nouveau. Aussi, est-ce à un double moment de plaisir et de découverte que nous invite encore DVD filmarchief en sortant, coup sur coup, deux nouvelles éditions qui, à l'égal des précédentes, suscitent émotions et surprises, questionnement et réflexion.

dock&dockers

Métamorphoses portuaires
La première édition nous propose de voyager dans l'histoire des ports maritimes belges entre 1900 et 1970 en suivant le maillage inattendu né d'une sélection de 13 films qui mettent en évidence la trépidante modernisation de notre société à partir des métamorphoses des ports d'Anvers, Bruxelles, Gand, Liège, Ostende et Zeebrugge.

Docks et dockers, compilation qui mélange documents d'actualité et films promotionnels, reportages de circonstance et documentaires de création a, comme son titre l'indique, le mérite d'attirer notre attention sur ce qui se joue pour les hommes dans cette course au progrès qui voit les ports s'autonomiser des villes et devenir les entités d'un commerce où les lois du travail évoluent sans cesse.

Remous d'une histoire qui est d'abord la nôtre, Docks et dockers ouvre à ces questions que pose la difficile conjugaison entre vie sociale et développement, monde du travail et croissance illimitée, modèle capitaliste et modernité.Les premières images exceptionnelles des ports d'Anvers et de Bruxelles tournées en 1897 par Alexandre Promio; celles, plus informatives, des films promotionnels sur le travail au port d'Anvers de 1925-1930 ; celles étonnantes de Bruxelles port de mer de 1922 ou plus esthétiques du canal Albert filmé en 1937 par Charles Dekeukeleire, celles encore plus construites d'Henri Storck pour son documentaire Les portes de la Nation de 1954, ce qui court et traverse ces regards si différents est l'importance grandissante de ces flux marchands et humains, cette circulation des choses et des hommes qui conditionne la vie des grands ports et impose leur nécessaire intégration dans l'organisation globale de ce qu'est aujourd'hui l'espace métropolitain. Venant compléter cette sélection, l'étude de Patrick Verhoeven propose un historique de la vie de ces ports, faisant le lien entre leur passé et ce qui se passe actuellement. Grille de lecture et point de vue en situation, son texte donne à Docks et Dockersune unité et une cohérence qui valorisent l'ensemble des films.

docks&dockers

Radicalité et bricolage
La seconde parution quitte le domaine du documentaire pour nous entraîner dans cette aventure unique que fût l'expérimentation et le surréalisme dans le cinéma belge entre la fin du muet et la montée des tensions qui allait déboucher sur la seconde guerre mondiale.

Avec Avant garde 1927-1937, Filmarchief signe une édition exceptionnelle à plus d'un titre. Composée de deux DVD et d'un livret, elle réunit les films les plus marquants de cette époque, signés Henri Storck, Charles Dekeukeleire, Henri d'Ursel et Ernst Moerman, nous donnant l'occasion de mieux saisir (sentir et comprendre) ce qui se joua de fondamental dans ces recherches et expériences d'écriture qui, derrière l'appellation de "cinéma pur", élaborent et interrogent l'essence même du cinéma. Impossible d'évoquer ici la vérité de chaque film qui, tous à leurs manières, ouvrent des portes imaginaires sur les territoires les plus imprévisibles de la poésie toutes voiles dehors et du charivari iconoclaste.

Qu'il s'agisse des buissonades surréalistes aux images rêvées qui s'impriment à jamais sur les toiles vaporeuses de nos inconscients multiples (Monsieur Fantômas de Moerman ou La perle de d'Ursel sont des expériences incontournables et qui n'ont pas pris une ride) ou des collages hypnotiques ou kinétiques qui, sous l'emprise de la vitesse ou d'un onirisme social, ouvrent sur des univers éveillés (Impatience de Dekeukeleire ou Sur les bords de la caméra de Storck sont des oeuvres marquantes et qui n'ont pas fini d'habiter nos regards), la sélection d'Avant Garde 1927-1937 nous montre que ces recherches et inventions sont toujours d'une étonnante actualité. De là, cette brillante idée d'avoir confié la sonorisation musicale de ces films uniques à des compositeurs contemporains qui intensifient, par leurs créations, les vérités d'une époque. De là aussi, l'évidence de cet essai de Xavier Canonne qui restitue l'aura de ces années fougueuses et pose, avec plein d'à propos, la pertinence d'un cinéma marginal fabriqué par des bricoleurs de génie. Cette plongée dans un passé qui nous semble par bien des côtés très éloigné de nous trouve, grâce au travail d'Erik Martens et de tous ceux qui se sont associés à lui, une radicalité de ton qui est bien d'aujourd'hui et, en même temps, un formidable hommage à ces pionniers de l'expérimentation que furent Storck, Dekeukeleire, d'Ursel et Moerman.

commentaires propulsé par Disqus