Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2003
Mots-clés : rencontre,
 

Geneviève Mersch

Le premier rang est la place préférée des cinéphiles dans une salle de cinéma afin que rien ne vienne les troubler lorsqu'ils sont face à l'écran. Chose qu'ignorait Geneviève Mersch lorsqu'elle emmena ses frères et soeurs pour la première fois au cinéma, vers l'âge de 9 à 10 ans, à Luxembourg ville. C'était tout simplement les places les moins chères et les moins confortables. C'est ainsi qu'elle assista en famille aux exploits des Charlots dans Le Grand Bazar de Claude Zidi, comme une cinéphile, au premier rang. En ce mois de juin 2003, les cinéphiles luxembourgeois ont l'occasion de découvrir à l'écran : J'ai toujours voulu être une sainte, le premier long métrage de Geneviève que nous verrons bientôt dans nos salles. Itinéraire de la réalisatrice.

 «Lorsque j'étais petite, on regardait la télé, les feuilletons américains qui passaient sur RTL mais on les regardaient tous ensemble, voisins compris et on n'arrêtait pas de discuter pour autant pendant leur diffusion. C'était une sorte de jeu que regarder la télé dans ces conditions. C'est de la même façon que j'ai du voir Les Aristochats et Mary Poppins puisque je ne garde pas le souvenir de les avoir vus en salles. ». Adolescente, Geneviève Mersch fréquente divers ciné-clubs où elle découvre Fassbinder ainsi que d'autres réalisateurs allemands.
«J'ai le souvenir d'avoir vu Messer im Kopf (Le couteau dans la tête) de Reinhard Hauff. C'était très pessimiste mais il y avait un côté chouette à aller voir des films très noirs, surtout à cet âge-là. » Ce qui ne l'empêche pas de découvrir des films comme Hair (Milos Forman), Deer Hunter (Voyage au bout de l'enfer de Michaël Cimino) ou Apocalypse Now (Francis F. Coppola). Des films qui l'ont marqué puisque avoue-t-elle, «Il faut qu'un film me parle très fort pour que j'en garde un souvenir. C'est aussi l'époque où je me suis scotchée aux ciné-clubs que programmaient les télévisions : j'ai pu suivre le cycle Hitchcock, Lubitsch, etc. Mais c'est le cycle consacré à François Truffaut qui m'a le plus impressionnée » 
A la fin de ses études secondaires, ignorant l'existence des écoles de cinéma, elle fait des études de publicité à Strasbourg, tout en faisant un détour par le dessin et l'histoire de l'Art. « Un jour, tandis que j'étais en train de réfléchir pour une campagne de couches-culottes, je me suis dit que ce métier ne me convenait pas. Je suis trop engagée socialement pour avoir du temps à perdre ». Ayant fait, grâce à ses études de pub, un stage de scripte à RTL, elle découvre comment on fabrique un film : en équipe. «Cela correspondait à cent pour cent à tout ce que je désirais. Sur un plateau, j'ai rencontré un gars qui avait fait l'IAD et j'ai décidé de passer le concours d'entrée de l'école »
C'est là qu'elle rencontre la génération des Sept péchés capitaux : Frédéric Fonteyne, Philippe Blasband, Pierre-Paul Renders et les autres. Il se passe un phénomène de groupe, que Geneviève essaie d'expliciter par le fait que tous les étudiants, dans la classe de réalisation, avaient eu des expériences scolaires ou des expériences dans le monde du travail au préalable.
«Yvan Lemoine, Béatrice Florès, Pascal Zabus qui étaient plus âgés savaient que l'école pouvait servir de tremplin. Chacun a très vite compris que l'union fait la force. Au départ on a étudié les cours théoriques ensemble pour compléter nos savoirs respectifs. Le fait que nous avions des personnalités très différentes a été vécu dans la complémentarité plutôt que dans la rivalité. On avait l'impression qu'en poussant les autres à améliorer leur travail on apprenait soi-même.
Au départ l'idée des Sept péchés capitaux vient d'Yvan Lemoine. L'idée nous a subjugués et effrayés en même temps. On s'est beaucoup réunis. Tout a été discuté. Les Sept péchés est le fil conducteur du film mais c'est l'idée des péchés à l'envers qui a été retenue : des qualités qui empêchent de vivre parce que lorsqu'on est trop modeste, trop courageux ou trop tendre on est mal armé pour affronter la compétitivité. J'ai traité le courage que personne d'autre n'avait proposé. »
Après Les sept péchés capitaux, Geneviève Mersch cherche un sujet et est encouragée par ses petits camarades à développer celui du Pont rouge, un pont qui situé à Plaffenthal, un quartier de la ville de Luxembourg a une centaine de suicidés à son palmarès. « J'ai rencontré une dame qui habite le quartier situé sous le pont. Elle m'a raconté ses malheurs, qu'elle n'en pouvait plus de vivre là-dessous et j'ai compris que c'était le sujet du film. Celui-ci a été montré à RTL en luxembourgeois, un dimanche après-midi. Sa diffusion a suscité un droit de réponse du gouvernement. Et ils ont mis du plexiglas sur les rebords du pont. Pendant les travaux, j'ai découvert qu'ils avaient installé un panneau à l'entrés qui indiquait : dispositif anti-suicide ».
Elle enchaîne avec John, un film de fiction que certains ont pris pour un documentaire et dans lequel Dominique Bayens est criante de vérité. Le film obtient l'Iris d'Or du festival de Bruxelles en 1995. L'idée étant de tourner un faux film amateur. « Dominique était superbe d'autant que la majeure partie du texte était écrit et parait être improvisé grâce à elle ».
Suit Roger, le portrait d'un homme intarissable, sorte d'électron libre qui secoue son entourage au point de l'épuiser. «Il saoule les gens. Il fait un spectacle permanent. Pendant le tournage il était en prison. On allait le chercher le matin et le reconduire le soir. Ils l'ont laissé sortir quatre fois, les quatre jours du tournage. Roger, il est tout et son contraire, à la fois. Il est super gentil et hyper chiant en même temps. Il est fascinant. »
Sentimental Journey  raconte l'histoire de vétérans américains et allemands - ce qui a provoqué pas mal de remous au Luxembourg - à la recherche de leur passé. Deux sujets se passant dans les Ardennes luxembourgeoises. L'autre étant Au milieu coule une frontière qui a pour sujet l'incommunicabilité entre les habitants de deux villages situés de part et d'autre de l'Our.
«Les deux films ont comme sujet l'influence de l'Histoire sur le vécu de gens qui en sont souvent les victimes. Comment certaines décisions politiques peuvent transformer la vie. Ce qui m'a frappé en réalisant Sentimental Journey c'est que si le passé est toujours présent dans le coeur des survivants, à l'extérieur la nature a effacé toutes les traces de ce vécu »
Elle réalise, en 1996, Shahnaz, un film en Afghanistan pour Médecins sans frontières sur les conditions de vie d'une petite fille. Puis deux ans plus tard, Liliane Heidelberger - Portrait d'une artiste. En 2001, c'est Verrouillage central un court métrage de fiction dont nous vous avons dit tout le bien que nous en pensions dans le webzine n°52. Il s'agit d'une comédie. Geneviève désirant traiter un sujet plus léger. « Le film repose sur les épaules d'Aylin Yay qui est aussi une actrice pour qui jouer la comédie est naturel, ce qui est rare. Ma direction d'acteur a donc été réduite à peu de choses. Aylin a le sens et le rythme propre à la comédie. C'est une chose qu'on a ou qu'on n' a pas. C'est super dur la comédie. Ce n'est pas évident. Tout le monde le dit mais c'est vrai. Je voulais aussi faire un vrai court métrage d'une durée limitée à 10' »
L'écriture du long métrage, J'ai toujours voulu être une sainte a démarré en même temps que Verrouillage central. Le long métrage a été réalisé l'an passé (voir notre reportage sur le tournage dans le webzine n°65) et sera diffusé prochainement dans nos salles.

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