Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/2004
Mots-clés : sortie en DVD,
 

In the Mood for Love

 L'aube de ce siècle nous a fait découvrir deux films exceptionnels lors du Festival International de Cannes 2000 : In the mood for love de Wong Kar-Wai et YiYi d'Edward Yang, confirment ainsi l'explosion de la Nouvelle Vague des cinémas asiatiques qui s'est largement inspirée de la Nouvelle Vague française (sortie des studios, petits budgets, auteurisme, etc.). Sans parler de Hou Hsio Hsen (Millenium Mambo), lequel avec Tsai Ming Liang (Vive l'Amour), forme le quatuor de ces mousquetaires, qui déclare que Les Quatre cents coups est son oeuvre de chevet, ajoutant que lorsqu'il vient à Paris c'est pour découvrir les lieux de tournage du film de Truffaut. Citons d'autres films remarquables : Eureka de Shinji Aoyanma ou Hana-bi de Takeshi Kitano pour le Japon, Ivre de femmes et de peinture d'Im Kwon Taek qui ne représente que la partie immergée de l'Iceberg du cinéma sud-coréen. Un cinéma qui, en Asie, joue le même rôle moteur que le cinéma français en Europe. Et à tout cela il faut encore ajouter Il était une fois la Chine du talentueux Tsui Hark (Hong Kong) qui, à partir d'un genre populaire, le Kung Fu, nous chorégraphie un film original, délirant et magistral en deux épisodes. (la séquence de Jet Li et des multiples emplois du parapluie restera à jamais une scène d'anthologie). (1)
Le film In the mood for love est donc édité en DVD. Valse lente, entrechats sur un scénario minimum: deux couples vivant dans un immeuble surpeuplé de Hong Kong, sont voisins de palier. Le mari de l'une (l'incomparable Tony Leung) et la femme (Maggie Cheung) de l'autre. Les deux partenaires délaissés en prennent conscience. Tout, sauf un scénario en béton. Une histoire que le talent formel (ce perpétuel jeu sur le flou et le net sur le ralenti et le plan fixe en insert de travellings qui opèrent un va et vient perpétuel, l'utilisation du hors cadre, etc.) de Wong Kair-Waï va transformer en chef d'oeuvre. Formel ? Eh oui, au cinéma, comme dans d'autres expressions artistiques, la forme transcende le fond lorsqu'on côtoie les sommets. Serge Daney nous l'a assez martelé : « Le moment viendra toujours assez tôt de mourir guéri, ayant troqué l'énigme des figures singulières de son histoire pour les banalités du cinéma-reflet-de-la-société et autres questions graves et nécessairement sans réponses. La forme est désir, le fond n'est que la toile quand nous n'y sommes plus » (2). Contre-pied supplémentaire, il n'est pas inutile de préciser que le sujet d'In the mood for love est le même que Printemps d'une petite ville, film culte de Fei Mu tourné en 1948, en noir et blanc à Hong Kong, In the mood for love se centre donc sur les deux laissés pour compte de l'amour, laissant hors champ les amants heureux (ceux-ci n'ont pas d'histoire, c'est bien connu).
Le hors champ est chez Wong Kar-Wai une esthétique qui n'est pas sans évoquer Antonioni (3) dont il nous dit être proche dans l'interview réalisée par Michel Ciment et qui figure dans le second disque DVD. Mme Chen et M. Chow se frôlent, se touchent, ont de brefs moments d'intimité (par le regard), de rencontres, captés par des plans flottants.
Le film démarre donc dans les années soixante (1962 très précisément), années dont le réalisateur, il l'a déclaré dans de multiples interviews, garde la nostalgie. Mme Chen, secrétaire, vit pratiquement seule. Son mari étant souvent au japon en voyage d'affaires. A côté de son meublé exigu habite M. Chow, un journaliste dont l'épouse est régulièrement absente ayant de mystérieuses occupations. Mme Chen et Monsieur Chow ne peuvent que se croiser, voire s'effleurer sans cesse : dans les couloirs, au seuil de l'immeuble et dans la boutique de nouilles au bas de l'escalier, lieu stratégique du film. Les descendre dans un mouvement ralenti est pour Mme Chen une habitude qui nous permet de découvrir ses robes de soies moulées. C'est aussi un peu le tempo du film.
La fluidité du film (appuyée par le violoncelle de Michaël Galasso, créateur du thème musical) est accentuée par un sens des couleurs et du décor qui accentue la démarche chaloupée une lenteur proche de la rêverie de l'élégante Maggie Cheung laquelle change de robe au gré du temps qui s'écoule. (4) D'ailleurs comme le dit Wong Kar-Wai : ce film n'est pas la captation réaliste des années 60 à Hong Kong, mais plutôt une évocation de souvenirs ».
Ce n'est pas pour rien que Wong Kar-Wai a mis quinze mois pour le réaliser et qu'il n'arrivait pas à se résoudre à le terminer, tant la griserie du tournage était grande.

Suppléments
Les suppléments nous le prouvent abondamment. Ils forment le second disque (150') du coffret de deux disques qu'offre le support DVD. A l'image du film sa structure est faite d'un cheminement avec répétition d'une image initiale. Un jeu ou images fixes et images animées se mélangent, l'une d'entre elles est récurrente : celle du taxi qui transporte Maggie Cheung sur tous les lieux où se déroule l'action : la pension de Mme Suen, le South Pacific Hotel dont rien de la chambre 206 ne nous est caché, le Golden Finch restaurant, l'échoppe de nouilles, le salon de coiffure, le tailleur, le club de Mah-jong.
Des images du tournage sont commentées par Tony Leung et Maggie Cheung ainsi que par des propos de Wong Kar-Wai qui révèle ne pas avoir terminé vraiment le film qui s'achève, comme l'on sait, dans les années 60 et qu'il entendait poursuivre dans les années 70 avec des acteurs vêtus à l'occidentale. Ce qui aurait sans doute brisé l'impression de rêve éveillé qui se dégage d'In the mood for love et nous poursuit longtemps après sa vision.
D'autre scènes non reprises dans le film témoignent des hésitations du réalisateur quant aux relations intimes entre M.Chow et Mme Cheng. Enfin des scènes inédites sont accesssibles grâce à une partie de mah-jong, un jeu passionnant certes mais plus élaboré que notre jeu de dominos.


(1)Histoire belge ? Les deux épisodes de Il était une fois la Chine deTsui Hark figurent au catalogue de Cinéart. Les salles culturelles ne veulent pas le projeter parce qu'il est ciblé adolescent et popu. Les salles « grand public » craignent qu'il ne soit -malgré l'omniprésence de Jet Li - trop culturel. Résultat le petit bijou, plein d'humour de Tsui Hark qui bénéficie pour les combats aériens de l'équipe de Yuen Woo-Ping (Matrix et Tigre et Dragon) reste invisible ! On oubliait de vous dire qu'il est quasi épuisé en DVD, chez Studio Canal. Of course !
(2)Serge Daney, Persévérance, POL.
(3) « Le point commun avec Antonioni, c'est le regard d'un homme sur une femme. Les réalisateurs de Hong Kong n'ont pas de regard particulier sur leurs héroïnes alors que Wong Kar-Waï en a un, tout comme Antonioni ».Maggie Cheung in Les Inrockuptibles.
(4) On se doit de souligner le travail à la lumière de Christopher Doyle, le Chef.Op.

Double DVD Prestige, Océan Films (distribué par TF1 vidéo)

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