Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Septembre 2004
01/09/2004
 

Iran, sous le voile des apparences

Tourné avant les "événements" du 11 septembre et sorti en salle peu après, le film de notre compatriote Thierry Michel traite de la plus brûlante actualité: le choc des civilisations occidentale (soit judéo-chrétienne) et orientale (majoritairement musulmane). Mais il le fait sans aligner les images attendues et rabâchées par les médias. Car "Iran, sous le voile des apparences" est un film d'investigation, un film vivant dont les images ont été ramenées à la force du poignet, et, on peut le deviner, des coudes.

D'en haut, on dirait une tranquille ville occidentale, mais les publicités sur les murs ce sont les portraits des "guides suprêmes". Dans les concerts des parcs publics, le chanteur est un prêcheur. Il y a des fidèles qui chantent à l'église, entre hommes. Les jeunes se promènent, garçons et filles, dans la montagne, mais la milice surveille leurs faits et gestes. Et surtout, il y a une révolution populaire d'envergure, la dernière du vingtième siècle, qui a placé au pouvoir… un dictateur.

Pour tenter de comprendre le mécanisme qui nous semble avoir retourné une révolution contre elle-même et pour voir par lui-même et pour l'œil magique de la caméra ce qu'est le quotidien dans un pays de "l'Axe du Mal", Thierry Michel a voulu aller au-delà des préjugés et du silence. Il en résulte un voyage prenant qui a quelque chose d'initiatique, mais qui est aussi exigeant pour le spectateur. Car si le cinéaste s'est visiblement beaucoup impliqué dans son film, il nous parle très peu. Il nous livre alors des images surprenantes, mais pas toujours les clefs pour les décoder. Parfois même, la caméra ne sait qu'être le témoin de l'incompréhension entre deux mondes. Il ne s'agit ni d'un brûlot, ni d'un document choc, mais d'un compte-rendu, une arme de plus vers la compréhension.

La scénarisation semble un peu flottante. Entre les "gentils musulmans" (étudiants prônant la laïcité de l'état) et les "méchants musulmans" (milices revendiquant l'héritage de Khomeiny) tous tout sourire, on risque de se perdre. Si le final sur un cours de parachute ascentionnel pour femmes a une réelle force symbolique, il nous laisse sur notre faim, avec de nouvelles questions - c'est la force du film - mais sans éléments de réponse à nos anciennes interrogations.
Heureusement les bonus de cette édition, qui pour une fois seraient plutôt à regarder avant le film, viennent nous rassurer quant aux intentions de l'auteur (qui s'explique dans une interview de 14 minutes) et nous livrent un mode d'emploi de l'Iran à travers une courte émission d'Arte et au titre évocateur: "Le Cauchemar géopolitique de l'Iran". Voilà l'écrin idéal pour ce témoignage précieux, un document auquel ceux qui l'ont vu repenseront sûrement un de ces jours, quand l'oncle Sam poursuivra son effrayante guerre contre la terreur.

"Iran, sous le voile des apparences" est paru aux éditions Montparnasse et bénéficie d'un son stéréo Dolby Digital. A noter que le film fait 86 minutes et non pas 160 comme annoncé sur la jaquette!

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