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01/03/2003
 

Kassablanka

 

 

Un film d'Ivan Boeckmans et de Guy Lee Thys (qui se rappelle à notre souvenir et qui en a écrit le scénario). Décoiffant est un faible mot ! Le Knack n'a pas hésité à le qualifier « de film en bras d'honneur ». Il est vrai que le film a été tourné à Anvers, la ville ou le Vlaamse Block cartonne. Il s'en prend donc à son intolérance radicale mais aussi à celle des jeunes skinheads racistes et aux intégristes musulmans. Un cocktail bien épicé mais surtout qui offre une photographie à peine caricaturale de la vie en Métropole. Inutile de dire que la sortie du film n'est pas passée inaperçue à Anvers. Bagarres, menaces de mort, on en passe et des meilleures. Partout le film (d'une vie écourtée dans les salles francophones) a suscité des polémiques. Même son édition en DVD fut rocambolesque. Après l'avoir vu, on comprend mieux pourquoi. Nous avons voulu en savoir plus en interrogeant Guy Lee Thys sur son troisième film via le courriel.


 

Q. : Kassablanka est sorti en salles uniquement en Flandre?

R. : Kassablanka a été distribué en salles à partir du 6 novembre 2002 (première mondiale à Anvers) et a tenu l'affiche pendant quatre mois dont trois au Complexe de salles Métropolis.
A Bruxelles, le film n'a tenu que deux semaines... par manque d'intérêt de la presse francophone? Et pas de publicité de la part de Kinépolis qui avait choisi de miser sur la Flandre où le film est bien connu et a eu une sortie un peu partout (pendant environs six mois).
Kassablanka a été sélectionné dans 12 festivals internationaux dont Montréal, Washington DC, Sorrento, Valladolid, Eilat, Paris, New York...

Q : C'est donc la sortie en DVD du film qui le fait connaître chez les francophones ?

R. : La sortie DVD a donné une nouvelle carrière au film. A Anvers, Kassablanka est, avec une dizaine de DVD par vidéothèque, le n°1 en location. Dans pas mal de vidéothèques il y a une liste d'attente.
Même à Bruxelles, Chez Mediamarkt, le DVD figure dans le top-10 (le n°7, il y a une dizaine de jours, je n'ai plus vérifié récemment) de la vente directe. Ainsi qu'a la FNAC et au Free Record Shop, Kassablanka se vent très bien.
Bientôt Carrefour suivra avec une action pour Noël. Une nouvelle carrière pour un film de deux ans qui est déjà passé ad aeternam ad nauseam sur Canal + (flamand).

Q. : Le film est provocant et suscite beaucoup de réactions en sens divers.

R. : L'idée du film était de montrer un portrait d'un quartier fictif d'Anvers (amalgame de "Borgerokko" et de "Deurnistan"; lisez: Borgerhout et Deurne) où on est "Makak" ou "Blokker", pendant les élections municipales de 2000 (33% pour le Vlaams Blok: un dimanche noir de plus). Kassablanka veut aussi propager les liaisons amoureuses entre jeunes musulman(e)s et flamand(e)s. Dans ce cas une fille musulmane tombe amoureuse de son jeune voisin flamand, a bridge too far pour une grande partie des marocains (masculins et machos).
Lors de sa sortie fin 2002, le film a en effet excité certains individus au point que moi-même et plusieurs actrices et acteurs d'origine marocaine ont été menacés et intimidés. Toujours par d'autres maghrébins.
Il y a eu pas mal de bagarres dans le complexe Metropolis à Anvers, avec une action policière qui a suivi. (Ces événements ont fait la Une des journaux flamands de l'époque). Des actions incitées par le AEL (Arab European League) de Abou Jahjah, qui avait dénoncé le film comme anti-musulman et raciste.
Je connais très bien Anvers (ma ville natale, bien que j'ai presque toujours vécu ailleurs) et mon âge (52 ans) m'a permis de voir comment cette ville riche, cosmopolite et culturelle a changé. Je connais bien aussi les coutumes des ex-villageois du Rif et le retranchement dans l'intégrisme (musulman et flamingant) des deux groupes est triste mais aussi logique. Car: le relativisme culturel n'a pas marché, la tolérance originale envers une mentalité réactionnaire de l'islam politico-social a fait qu' aujourd'hui 45 % des anversois (flamands) se sont tournés vers l'extrême droite et sont devenus encore plus intolérants que leurs voisins d'origine maghrébine.
Kassablanka est distribué sur support DVD (deux ans après la sortie du film en salles) par un éditeur francophone de standing, Boomerang Pictures, parce qu'aucun distributeur flamand ni hollandais ne voulait publier le film (après les "problèmes" rencontrés lors de sa sortie en salles). Après l'assassinat de Theo van Gogh, mon amie Mimount Bousakla (avec qui je tournerai un documentaire sur la perception des maghrébins envers une société libérale et en particulier envers Kassablanka et la situation des femmes dans le film et dans notre société) a été menacée de mort (carnage rituel) et elle est sous protection permanente de la Sécurité d'Etat. Moi, je suis toujours en vie, haha, bien que je ne me balade pas tout seul dans certains quartiers d'Anvers. Avec la sortie du DVD, je sais que beaucoup de jeunes marocains ont enfin vu le film et l'ont bien aimé. Dès la sortie en salles et surtout maintenant qu'il est sorti sur DVD, Kassablanka a été utilisé comme outil pédagogique dans les écoles et dans les associations. Je suis même invité à un forum à New York (African Diaspora Film Festival) pour en discuter (du 6 au 12 décembre). Le 14 décembre, c'est à Anvers, au Plantijn Hogeschool (relations internationales) que je dois parler du film. Notre documentaire (de la sénatrice Mimount Bousakla et moi-même) sera tourné bientôt et aura comme titre Kassablanka, Antwerpen.
Le 31 janvier je commence un autre long métrage, Suspect (106 minutes, 35 mm) sur une fille confuse de 15 ans qui lance une véritable chasse aux sorcières contre son beau-père innocent. Le film sera a nouveau distribué par Kinepolis Film Distribution, cette fois-ci, avec plus de tam-tam à Bruxelles, et sur 15 copies (au lieu de six)...

Guy Lee

Site du film : http://www.tuinkabouters.com/


Propos retranscrits par Dimitra Bouras et Jean-Michel Vlaeminckx

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