Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2003
Mots-clés : sortie en DVD,
 

La Dolce vita

Grands classiques

 La Dolce vita n'a pas d'âge. C'est un film inoxydable sur lequel le temps semble ne pas avoir de prise. S'il reste d'une aussi grande actualité c'est que Fellini a su anticiper une société du spectacle qui pointait le nez dans les années soixante et est devenue généralisée maintenant. En un mot qu'il a su anticiper le règne des médias, le goût d'une culture de la célébrité où le paraître est devenu plus important que l'être.
Le tout sans dénoncer ce qu'il montrait, sans moralisme qui date tant de films. En y ajoutant juste le zeste d'humour qu'il convient et le goût de la vie, représenté par une Anita Ekberg flamboyante associée à un Marcello Mastroianni sobre avec lequel elle allait former un couple mythique.
Interrogé sur La Dolce vita par Giovanni Grazzini, le critique du Corriere della Sera, Fellini répliquait : « Comme le test des associations, je réponds illico : Anita Ekberg ».Il n'hésitait pas à lui dire : « Vous êtes mon idée faite femme » et à Marcello Mastroianni : « J'ai fait appel à vous parce que j'ai besoin d'un visage ordinaire, avec de traits sans personnalité, sans expression. Une gueule banale, quoi, comme le vôtre » Et d'ajouter malicieusement : « J'avais dessiné le personnage tel que je le voyais. Il était seul dans un petit bateau au milieu de l'océan, avec un sexe qui descendait jusqu'au fond de la mer, de ravissantes sirènes tournant autour de lui. Marcello regarda mon dessin et déclara : « C'est un rôle intéressant. J'accepte ».
Voilà qui nous vaudra la séquence d'Anita Ekberg baptisant Marcello Mastroianni dans la fontaine de Trevi.
D'autres épisodes, comme l'apparition de la madone à deux enfants, entourés d'une foule crédule, voire traqués par une mise en scène télévisuelle nous font penser au reality show d'aujourd'hui. Les premières images du film offrent à notre regard la statue du Christ les bras en croix survolant Rome en hélicoptère sous le regard curieux des romains et nous fait évidemment penser à une campagne publicitaire y compris lorsqu'on ne voit plus que son ombre sur les toits de la ville éternelle. La traque de la veuve de Steiner qui vient de découvrir la mort de son mari et de ses deux enfants, par les paparazzi qui veulent saisir « l'émotion », capter son chagrin sur le vif pour vendre les journaux à sensation est devenu d'une triste banalité. Rappelons qu'une actrice a fait récemment déverser un tombereau de merde devant la rédaction de l'un de ces hebdomadaires d'émotion et précisons que le terme de « paparazzi » qui est devenu le synonyme de voleur d'images a été inspiré à Fellini par le nom d'un personnage d'Opéra du siècle dernier mais que c'est la personne de Walter Santesso, photographe romain qui s'est reconverti dans la photo de plateau de cinéma qui a servi de modèle au personnage.
Si on vous cite quelques épisodes du film c'est parce que La Dolce vita rompt radicalement avec le récit chronologique tels que Fellini l'avait pratiqué dans ses films précédents comme Il Bidone ou La Strada. La Dolce Vita procède par séquences. Le film est composé de blocs narratifs juxtaposés les uns aux autres.
De même si jusqu'alors Fellini tournait en décors naturels, en héritier des principes du néo-réalisme, La Dolce vita est tourné au studio 5 de Cinecitta dans lequel seront reconstitués les termes de Caracalla et la Via Venetto. Ce qui n'est pas innocent. Fellini n'as-t-il pas avoué : «  Pour moi qui habitais dans une petite ville de province, Rimini, le fait de savoir qu'en Italie aussi il y avait Cinecittà - c'est-à-dire quelque chose qui ressemblait à Hollywood - constituait un motif de grande excitation, de grande séduction. »

Bonus

-Interview de Magali Noël qui nous explique sa rencontre avec le maestro. Venant de tourner le rôle principal dans Du riffifi chez les hommes de Jules Dassin., le petit rôle que lui proposait Fellini dans le film la choqua au point qu'elle faillit le refuser. Elle nous parle du Rome de l'époque et de la Via Venetto qui était devenue l'Hollywood Boulevard de l'époque dans la mesure où pas mal de productions américaines se tournaient à Cinecitta pour des raisons financières et de sujet grandioses comme Ben Hur, Cléopatre, etc.
Elle nous brosse un portrait du réalisateur qui se révèle être un homme aussi impatient dans la vie qu'il est patient sur un plateau de tournage.
Interview de Michel Ciment qui replace le film dans le contexte de sa Palme d'Or obtenue en 1960 à Cannes grâce aux efforts de Georges Simenon. Il nous raconte la genèse du film. A l'origine La Dolce vita devait être la suite d'I vitelloni. Moraldo quittant la province et montant à Rome. Mais entre-temps la capitale de l'Italie était devenue une ville cosmopolite. Les américains venaient y tourner. (on l'appelait « Hollywood sur Tibre »). Rome avait tellement changé que le sujet fut profondément modifié. L'activité mondaine et professionnelle du cinéma avait vu se développer l'activité d'une presse à sensation avide de scandales.
On a pu comparer La Dolce vita à l'Enfer de Dante. Marcello parcourant les sept cercles de l'Enfer.
A partir de La Dolce Vita, Fellini devint une star à l'égal des comédiens. Et, chose étonnante, tous ses films allaient être non seulement discutés et critiqués, mais contestés voire contreversés.

 

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