Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Décembre 2005
01/12/2005
 

La Raison du plus faible de Lucas Belvaux : tournage

Le réalisateur belge dont la Trilogie (Un couple épatant, Cavale, Après la vie) avait fait sensation en 2002 vient d'achever le tournage de son prochain long métrage. La Raison du plus faible qu'il définit comme un film noir, l'histoire de quatre amis qui, fatigués de batailler avec leur quotidien, décident d'aller prendre l'argent où il est et commettent un braquage. Alors que Lucas Belvaux travaille actuellement au montage, Cineuropa l'a rencontré au Festival International du Film de Namur. Cinergie.be vous propose l’interview réalisée par notre collègue Anne Feuillère.

Cineuropa Travailler sur un seul film, n'est-ce pas un peu ennuyeux ?

Lucas Belvaux: Non, non (rires). Ce qui change surtout, c'est qu'avec trois films, il y avait une équipe trois fois plus importante. On s'amusait donc plus à table!

lucas Belvaux, réalisateur

C. :Qu'est ce qui est à l'origine de La Raison du plus faible ?
L .B. :
 C'est un fait divers qui m'a inspiré l'histoire mais le film s'en est beaucoup éloigné. Un élément très dramatique et visuel que j'avais envie de tourner, l'un des personnages, qui jette des billets de banques du haut d'un building dans la foule, m'a intéressé et le lieu où cela s'est passé, un quartier de bureaux à la périphérie de Liège qui est très beau, où j'ai tourné. Mais j'ai inventé de toutes pièces les personnages. Le fait divers concernait le grand banditisme, il s'agit ici d'amateurs qui ratent leur coup. Il n'y a pas de sales types dans ce film, ils sont plutôt sympathiques.

C. Votre travail de cinéaste tourne beaucoup autour des genres cinématographiques ?
L.B. : Oui, et il s'agit là d'un film noir, dans la pure tradition du genre. Les contraintes d'un récit me plaisent, le fait qu'il faille tenir une ligne jusqu'au bout et l'assumer. Cela donne aussi un cadre, un territoire à peu près connu. Il y a aussi le plaisir de jouer avec des codes et avec le spectateur, de lui annoncer ce qu'il va voir, ce vers quoi il va. Mais une fois qu'il est dans la salle, on l'entraîne où l'on veut. Il y a une petite partie policière, avec un hold-up et ce genre de choses et une partie plus sociale, voire politique. Plus sociale que Cavale. Mais comme il s'agit d'autres personnages, ils s'expriment différemment. Ce n'est pas non plus le même type de violence, elle n'est pas du tout ici revendiquée. Après la vie peut aussi être vu comme un film noir, mais La raison du plus faible est moins intime, la caméra moins proche. Et puis, il y a cinq personnages, je filme un groupe.

C. :Vous semblez accorder beaucoup d'importance à l'étape du montage.
L. B. : Je considère que mon travail est autant au tournage qu'au montage, comme il l'est à l'écriture ou au mixage. Il s'agit d'étapes successives d'un même travail, et pour faire le film jusqu'au bout, il faut être là à chaque moment. Cela d'autant plus que le montage consiste à choisir parmi les différentes prises et des choses très différentes peuvent se passer d'une prise à l'autre. Il ne me viendrait pas à l'esprit de ne pas être là quand on décide si l'on monte celui qui parle ou celui qui écoute. Monter l'écoute ou l'expression raconte autre chose. C'est au moment où on monte qu'on choisit ce que le film va être.

C. : Comment êtes-vous passé vous-même du travail d'acteur à la réalisation ?
L. B. 
:C'est une envie. Une fois que j'ai joué dans les films, j'ai eu envie d'en faire et d'écrire. Il m'a fallu le temps que cela mûrisse, que j'apprenne sur les plateaux où je travaillais. C'est l'un des intérêts d'être acteur qu'apprendre à faire du cinéma. On est sur un plateau et on a le temps de voir ce qui s'y passe. On a le temps de regarder, ne fut-ce que pour bien faire son métier d'acteur d'ailleurs. Il faut regarder où est la lumière, où sont les marques, des choses comme ça. Un très bon acteur, s'il n'est pas dans ses marques, est dans le noir ou le flou.

C. :Des cinéastes avec qui vous avez travaillé comme acteur, Chabrol semble être celui que l'on retrouve le plus dans votre cinéma ?
L. B. : Forcément car c'est un cinéaste que j'aime beaucoup, que j'admire beaucoup, j'ai sûrement appris énormément avec lui. Et, oui, le Chabrol des années 60/70 m'impressionne énormément. Pour rire ou Après la vie sont certainement plus proches de Chabrol que celui que je viens de faire. Dans le travail, j'essaie aussi de mettre l'équipe dans un état proche de ses équipes, où tout le monde est content et on essaie de travailler dans la bonne humeur. J'ai au moins appris ça de lui, qu'on travaille au moins aussi bien dans le plaisir que dans la tension. Mais je n'ai pas sa maîtrise. A l'époque d'Après la vie, j'ai beaucoup pensé à Juste avant la Nuit, avec Michel Bouquet, un film remarquable, absolument sublime. J'aime beaucoup ce cinéma. Mais je crois que le réalisateur à qui je dois le plus, c'est Alain Bergala, qui a deux passions, le cinéma et la pédagogie. C'est quelqu'un qui travaille à vue, en expliquant tout. J'ai appris avec lui, à expliquer ce que je fais, à parler. Je ne sais pas si j'aurais eu envie de faire du cinéma si je ne l'avais pas rencontré.

C. :On vous voit bientôt dans Joyeux Noël et vous jouez dans votre film. Vous continuez à jouer ?
L. B. : Oui, mais pas assez à mon goût. C'est assez agréable de faire l'acteur. Et moins fatiguant que de jouer dans ses propres films (rires).

 

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