Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2000
01/02/2000
Mots-clés : Bilan du CCA
 

Money, money, money

Chaque année la Communauté française présente son bilan annuel à l'occasion du Festival du film de Bruxelles. Celui-ci était particulièrement attendu après l'année exceptionnelle que le cinéma belge a vécu grâce à Rosetta, les Convoyeurs attendent et Une liaison pornographique. La salle des Beaux-Arts, composée de nombreux producteurs, réalisateurs et techniciens, était donc particulièrement attentive.

Après les interventions de Corine de Permentier, Ministre de l'Audiovisuel, d'Henry Ingberg, Secrétaire général de la Communauté Française, et de divers membres de la Commission de sélection, dont Dan Cukier, son président, qui explique que 249 projets ont été examinés par la Commission dont 79 ont obtenu un avis favorable pour l'octroi d'une aide (23 courts métrages, 25 longs métrages, 2 téléfilms, 27 documentaires télévisuels et 2 collections télévisuelles), sur un budget global de 260 millions de FB. Ce qui -faut-il le souligner- pour un cinéma qui vient de conquérir une audience internationale est fort peu.

Ensuite la salle a fait part de ses soucis, de ses agacements pour l'avenir d'une profession qui est loin d'être en expansion financière, malgré l'impact et l'image qu'elle donne de notre Communauté dans le monde.
Jan Bucquoy, réalisateur de la Vie sexuelle des belges, d'emblée explose, avec le talent qu'on lui connaît, en demandant pourquoi l'aide à la finition des films s'était réduite à une peau de chagrin malgré les promesses antérieures qui avaient été faites, sur quels critères les choix de la Commission s'opéraient-ils ?
" Sur neuf subjectivités qui s'expriment dans la diversité et avec une majorité de six voix sur neuf, lui répond Dan Cukier. "
Marie Mandy , réalisatrice de Pardon Cupidon intervient avec vigueur, en soulignant que bien que faisant partie de la Commission de sélection des films, elle n'est pas d'accord avec son fonctionnement. Dans la mesure où le choix est entre des projets de très bon niveau et non pas entre de bons et de mauvais projets. La règle des 6 voix sur 9 de majorité amplifie le goût personnel. Elle propose d'adopter une règle de 5 voix sur 9. Elle termine son intervention sur le manque d'argent, problème endémique de la Commission auquel il manque 200 millions au minimum. Lesquels pourraient se trouver, ajoutet-elle, en adoptant le système français de taxe sur les places de cinéma.
Cela paraît peu réaliste à Christian Lejeune, le chef de cabinet de la Ministre de l'Audiovisuel. Il propose des incitants fiscaux et d'obliger les cablo-distributeurs à payer leur dû.
Frédéric Young, président de la SACD, rappelle qu'il faut insister sur la qualité de notre artisanat de haute technologie. Nos films ne peuvent se réduire à des produits, de simples marchandises de consommation. Il éprouve beaucoup d'inquiétudes quant a certains cablo-distributeurs qui, depuis trois ans ne paient plus leur quote-part et vis-à-vis de la chaîne de télévision belge de service public qui abuse de sa position dominante envers les producteurs indépendants.
Luc Boland, réalisateur d'Une sirène dans la nuit, explique l'état plus qu'inconfortable des professionnels qui, pour la plupart d'entre eux, vivent une situation sociale et fiscale contradictoire. Le statut de l'artiste en fait actuellement un chômeur.
Henri Roanne insiste sur le fait qu'il est de mauvaise politique pour les producteurs et les réalisateurs de jouer la carte de la mendicité. Parce qu'enfin leurs films donnent une image de la Communauté française ici et à l'étranger dont le prix est incalculable sans compter les retombées économiques indirectes en création d'emplois que suscite la fabrication d'un film. " Vous n'avez pas à mendier mais à réclamer ce qui devrait vous être dû. Lorsqu'on voit l'argent que d'autres secteurs industriels reçoivent de la Communauté on ne peut considérer vos revendications que comme étant parfaitement légitimes ".
Nicole La Bouverie, productrice, intervient en disant que les cablo-distributeurs, au mépris de la convention de Berne, au mépris de la loi belge, doivent un milliard et demi de francs belges et cela en toute impunité. Par ailleurs, la RTBF exige un maximum de droits dont notamment les droits vidéo étranglant les distributeurs qui auraient l'audace de programmer des films belges n'ayant pas bénéficié de l'impact médiatique de Cannes ou de Venise. (applaudissements nourris).
Arlette Zylberberg, responsable des co-productions RTBF, signale que le service public propose des contrats de droit d'exploitation vidéo mais ne les impose pas.
Patrick Quinet, producteur de Pourquoi se marier le jour de la fin du monde ? réplique que si Une liaison pornographique a pu se monter c'est grâce à un distributeur (Cinélibre) qui a pris le risque de sortir Max et Bobo lequel n'a pas été aidé par la RTBF et qui a été déficitaire au niveau de l'exploitation. Lorsqu'il propose un film dont la RTBF est coproductrice minoritaire celle-ci lui donne un pré-contrat sur les droits vidéos. Personne ne l'oblige à le signer mais on lui fait comprendre(" vous savez tous à qui je fais allusion ") que s'il n'accepte pas il met en péril une future collaboration avec la RTBF. (applaudissements nourris et prolongés de toute la salle).
Henry Ingberg conclut la réunion en disant que les désidératas des professionnels seront pris en compte, notamment vis-à-vis de la RTBF, dans le cadre de la concertation qui à lieu en ce moment même entre les représentants des différentes parties concernées.


(1) Vous pouvez vous procurer le dossier complet de l'Aide à la production cinématographique et audiovisuelle (bilan des travaux de l'année 1999) au
Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel
44, Boulevard Léopold II
1080 Bruxelles
Tél. : 32.2.413.20.68
Attachée de presse : Christine Houdart
Tél. : 32.2.413.30.00
Courriel : christine.houdart@cfwb.be

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