Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Mai 2005
01/05/2005
 

Natacha Pfeiffer, lauréate du concours des jeunes critiques : La Femme de Gilles

Le film c’est ce qui reste dans la mémoire des spectateurs et dont il se souvient peut-être 20 ans après. C’est pour cela que je travaille. Jaco Van Dormael.
Lauréate du Concours Cinergie des jeunes critiques, consacré au film de Frédéric Fonteyne : La Femme de Gilles, organisé en partenariat avec le Commissariat Général aux Relations Internationales et la Libre Belgique, avec le soutien de la Communauté française de Belgique, d’Artémis Productions, de Cinéart et de Boomerang Pictures, nous recevons Natacha Pfeiffer, jeune lycéenne de 17 ans.

Les cinéphiles ont quelque mérite à résister à l’inflation du nombre de copies de films souvent au détriment de la diversité cinématographique dans des salles qui sont au bord de l’asphyxie. Aimer le cinéma consistant à parier sur la durée et non pas sur la consommation rapide.
Qu’en est-il des jeunes générations, cible favorite du consumérisme à tout prix. ? Que représente le cinéma pour eux  qui n’ont pas vu de films de Lang, Murnau voire de Chaplin?
Voyons quels sont les goûts de Natacha Pfeiffer, lauréate de notre concours. Elle est vêtue d’un jeans décoloré, un blouson couleur passe-muraille, une écharpe rouge sang duquel s’échappe une tête espiègle coiffée à la diable et, on allait l’oublier, un sac de toile d’où s’échappe des livres empruntés – si l’on en croit les références numérotées - à une bibliothèque. Depuis quand suis-je cinéphile ? se demande Natacha Pfeiffer, lycéenne de 17 ans, dont nous avons mis en ligne le texte sur La femme de Gilles, le film très bressonien de Frédéric Fonteyne (voir infos & annonces).
Elle reflechit à une question qu’elle ne s’est jamais posée tant l’évidence du cinéma est présente dans sa vie. J’ai toujours été voir des films parce que mes parents sont tous deux de grands cinéphiles, avoue-t-elle en buvant d’un air circonspect son verre de San Pellegrino, c’est donc naturel. J’ai commencé, comme tout le monde, par voir des dessins animés de Walt Disney, dont j’étais fan. »
Quel type de film elle aime voir ? Ses doigts s’activent sur la tirette de son blouson. « En général, je ne regarde jamais les films qui sont à l’affiche. Celle-ci me rebute. » Devant notre surprise, elle ajoute fermement « Je suis assez anti-conformiste », hésite avant de poursuivre, « Evidemment, je dois parfois me contraindre à voir certains films avec mes amies qui n’ont pas tout à fait les mêmes goûts que moi. Il m’arrive de voir des films dont je sais d’avance que je ne vais pas aimer. A partir de quel critère est-ce que je choisis de voir un film ? C’est souvent un coup de cœur par rapport au sujet ou alors c’est un film de Claude Chabrol ou François Ozon. Ce qui me plaît chez eux c’est le trouble dans lequel ils essaient de plonger le spectateur. Leurs personnages ne sont jamais définis et puis, il y a toujours une mise en abyme. C’est ça, il y a toujours une double histoire. Ce sont des réalisateurs qui font des films que j’aime bien. »
« J’ai découvert La Femme de Gilles dans le cadre de l’école. On a lu le livre de Madeleine Burdhouxhe. J’ai voulu voir le film pour voir la différence. Je trouve que Frédéric Fonteyne a suivi la trame du livre. Il a su restituer l’ambiance du livre dans son film. J’étais très intriguée par les monologues du livre. Comment allait-il faire ? Il arrive à les restituer visuellement. »
Elle écarte de son front une mèche de cheveux blonds, son regard se perd, hypnotisée par le Sony V-O-R, mai ses yeux pétillent lorsqu’on lui demande si elle désire faire du cinéma un métier. « Oui, mais derrière la caméra » Pourquoi ? « Etre comédien, jouer, signifie qu’on est remplaçable pas le réalisateur. Ce qui m’intéresse au cinéma c’est le point de vue. Ce n’est pas l’histoire en elle–même, parce que l’histoire ce n’est souvent qu’une variation d’un autre récit. Il y a un stock limité d’histoires dans lequel on puise. Ce qui fait un film ce n’est pas son scénario, c’est la personne qui le raconte et la manière dont il la raconte. C’est son style. »
On parle, pour illustrer la chose d’In the mood for love de Wong Kar-Wai qui repose sur un scénario si tenu qu’on imagine la stupeur des producteurs hollywoodiens s’ils l’avaient eu en lecture. Tout repose sur l’esthétique, le style, la fascination des images. « C’est comme une chanson » conclut Natacha, en souriant et en passant sa main dans ses cheveux.
Après sa dernière année d’études secondaires que va-t-elle faire? Lors de la remise des prix au festival de Mons elle nous avait confié voir son avenir dans le cinéma. Qu’en est-il aujourd’hui. Elle hésite ; commencer par la philosophie et poursuivre avec le cinéma. « Quand je lis des interviews », poursuit-elle, « souvent les réalisateurs disent que les études de cinéma ne servent à rien, que le cinéma cela ne s’apprend pas. Mais en même temps comment entrer dans le monde du cinéma si on ne suit pas la filière ? » Comment faire ? Bref, Natacha oscille entre la théorie du cinéma et la pratique. Nous espérons que le Festival de Cannes pourra l’éclairer sur la voie qu’elle désire emprunter en septembre de cette année.
Le fait que Frédéric Fonteyne ait été à Saint-Luc et fasse des aquarelles ne la surprend pas. « Il est très visuel dans sa manière de s’exprimer et c’est précisément ce que j’aime dans La Femme de Gilles. Il n’y a pas de dialogues qui masquent la relation passionnelle de Gilles et Elisa. Il y a un sous texte que l’image nous permet d’appréhender »
Sur l’argent et le cinéma elle a des idées bien arrêtées qui ne détonnent pas dans le contexte du cinéma belge. «  L’argent tue la création. Au lieu de suggérer, on montre avec beaucoup d’effets. »
Parmi les grands classiques elle aime particulièrement Fellini, La Dolce Vita, et les films de Lars Von Trier ainsi que La Règle du jeu de Jean Renoir 

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