Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/05/1998
 

Pourquoi se marier le jour de la fin du monde

 Nous sommes à l'entrée des Urgences de la Clinique Sainte Thérèse, à Luxembourg-Ville où se tourne depuis plus d'un mois Pourquoi se marier le jour de la fin du monde, le second long métrage d'Harry Cleven. Derrière un comptoir, une infirmière (Sabrina Leurquin) consulte ses fiches. Gaspard (Jean-Henri Compère) surgit et lui demande le registre. "Vous êtes la deuxième personne à me demander ça !" lui dit-elle. Il insiste : "C'est vraiment très important pour moi !" L'infirmière hoche la tête : "Je suis désolé, Gaspard !" Celui-ci supplie du regard l'infirmière qui demeure inflexible : "Je regrette, Gaspard, il faut savoir dire non dans la vie sinon les choses n'ont plus de valeur !" Furieux, Gaspard s'empare du livre avec violence; " Qu'est-ce que vous faites Gaspard ? Ne croyez pas que ca va se passer comme ça ! "Elle se lève furieuse, s'accroche au registre qu'abandonne Compère, sollicitée par une urgence.
La Betacam suit le trajet de Compère de face, panote sur Sabrina pour les prendre tous les deux dans le cadre et décroche pour suivre la trajectoire de Compère qui s'éloigne violemment en claquant les portes. Sitôt le plan achevé, Harry visionne les prises sur un moniteur vidéo, des images en noir et blanc qui ne sont pas sans évoquer Sirène, le court métrage plein de peps que Cleven avait tourné en 1989.
C'est un conte, nous explique le réalisateur. Pour gagner l'amour de Juliette, la belle, Gaspard, le bon, va devoir se battre, subir des épreuves, affronter Guido, le méchant, et être amené à découvrir sa propre violence, la part sombre qui est en lui. Mais tout se complexifie, Guido devient touchant, Gaspard devient inquiétant et Juliette devient préoccupante. C'est l'histoire d'un désordre amoureux."

Harry Cleven

Olivier Rausin"La vidéo n'était pas une intention de départ. Ayant eu moins que ce que l'on imaginait, on a dû faire des choix, poursuit Harry Cleven. Celui de la vidéo - un support qui ne cesse de s'améliorer - me permet de tourner avec un budget insuffisant pour réaliser un long métrage et de gagner énormément de liberté. Plutôt que de tourner en 35 mm ou en Super 16mm en six semaines, j'ai pu grâce au support vidéo tourner en huit semaines. Cela a d'autres avantages : travailler avec une équipe plus réduite, homogène ; et, pour les acteurs, ce système offre plus de liberté. C'est un cadre dans lequel j'ai toujours désiré travailler ! Il y a des plans que l'on n'aurait pas pu réaliser autrement.
Par ailleurs, on a utilisé une PT-01, un système proche de ce qu'avait imaginé Zvonock, notre cameraman.. C'est un casque d'aviateur dans lequel on voit une projection vidéo de ce qu'on filme tout en voyant à travers en même temps. En se désolidarisant de la visée on voit ce qui se passe à la fois dans le cadre et hors du cadre. Et en plus on a construit une sorte de L sur lequel on a installé la caméra, ce qui permet de pivoter très vite. Zvonock peut utiliser sa caméra comme une mitraillette. On utilise aussi un pied, on ne fait pas que des plans en caméra portée Il y a des plans fixes, des plans où ca bouge doucement et d'autres où ca bouge beaucoup. Et quand ça bouge fort, ça bouge vraiment fort ! On m'a reproché d'être trop rock and roll, d'aller tout le temps dans les extrêmes. Dans Abracadabra, j'ai hésité entre la réalité sociale et la magie fantastique et du coup c'était un peu entre les deux. Celui-ci sera plus fantastique, plus décalé, plus délirant, plus onirique moins raide mais tout aussi violent.
Pourquoi se marier le jour de la fin du monde

" C'est Patrick Quinet qui a initié le projet avec Harry Cleven pour Artémis Productions, nous explique Olivier Rausin, le producteur exécutif. Je suis arrivé après. J'avais vu Abracadabra qui m'avait impressionné. Dans Pourquoi se marier le jour de la fin du monde il y a des choses que je ne comprenais pas et ma première rencontre avec Harry ne s'est pas très bien passée. Il y a une dimension dans le scénario que je n'arrivais pas à visualiser mais je pensais qu'Harry allait transformer les choses en réalisant le film et c'est effectivement ce qui s'est passé lors du tournage. Lorsque je vois les rushes je vis de grands moments d'émotion.
Tourné en Betacam, le film sera kinescopé en 35mm ici, au Luxembourg. C'est assez rare mais c'est un risque que le budget restreint du film nous a contraint de courir. Prendre des risques, c'est la principale fonction d'un producteur. En court métrage les risques sont plus réduits - il arrive qu'on perde de l'argent mais c'est moins important, par contre, avec un long métrage, le risque est tellement grand que soit on arrête le film, on ne décide de ne pas l'entreprendre ou alors on accepte de courir des risques. Il faut que ça marche sinon on a rapidement un budget avec un passif de quelques millions de francs. Il faut donc faire d'autres choses qui rapportent de l'argent, des téléfilms, des pubs, des films d'entreprise. On ne fait pas ce métier uniquement pour l'argent sinon on fait autre chose !"

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