Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
12/12/2014
Mots-clés : série télé,
 

Séries belges : "Un travail de longue haleine !" 

Esprits de famille

 Quatrième série « 100% belge » à surgir sur le petit écran en un peu moins d’une décennie, après Septième Ciel Belgique, Melting Pot Café et A tort ou à raison, Esprits de famille s’inscrit aujourd’hui dans une logique de continuité. Pour tout le secteur, les enjeux sont importants. Voire vitaux.

 

Esprit de famille (série belge)La RTBF le prédisait elle-même l’année dernière, à l’occasion d’une conférence de presse autour du sujet : "Dans moins de dix ans, vu l’arrivée en masse des séries internationales via des plateformes comme Google ou Netflix, les chaînes de télé qui ne produiront pas de séries vont tout simplement se retrouver hors-jeu". Si l’aveu paraît fort, on peut saisir, dans le microcosme de la création belge francophone, la large attention suscitée par la diffusion du premier épisode d’Esprits de famille, dimanche 16 novembre dernier, sur La Une.

Sur le long-terme
Petit retour en arrière : en 2013, la RTBF et la Fédération Wallonie-Bruxelles matérialisaient le fruit d’une longue et judicieuse réflexion commune, en lançant un nouveau fond de production de séries, doté de 15 millions pour l’horizon 2014-2017. L’objectif ? Tabler sur l’avenir en diffusant, une fois par semaine et durant toute l’année, un épisode d’une série belgo-belge. Raison pour laquelle 4 séries de dix épisodes chacune ont été soutenues dans un premier temps, 40 numéros correspondant aux 40 semaines d’une saison télévisée.

Dans cette logique, Esprits de Famille précédera trois autres séries, retenues après plusieurs étapes : Ennemi public, Invisibles et La trêve, qui en sont actuellement au stade de pré-production. Mais ce n’est pas tout : histoire de maintenir le dynamisme créatif des troupes, un second appel à projets a été lancé dans la foulée, pour faire naître d’autres séries – en cours d’écriture, celles-là -, preuve de cette vision à long terme. Jean-Paul Philippot, l’administrateur de la RTBF, a d’ailleurs lui-même ouvertement évoqué qu’"il s’agit là d’un travail de très longue haleine, sur au moins quatre années".

Le modèle flamand
Pour mieux saisir ce qui se passe, les instances sont en quelque sorte en train de calquer un modèle qui a fait ses preuves en Flandre. Au milieu des années 80, dans un paysage audiovisuel plutôt moribond, une politique similaire a été mise en place, qui, au fil des ans, a abouti à la création d’une pléiade de séries, locales voire internationales (à elle deux par exemple, les séries flamandes Matroesjka's et Vermist ont été vendues dans plus d’une centaine de pays !) De quoi permettre, indirectement, la révélation d’une kyrielle de réalisateurs, d’auteurs et surtout, de comédiens facilement identifiables pour le public. Des acteurs qui, aujourd’hui, font la force de séries flamandes - plus au top que jamais - et en parallèle, d’un cinéma qui a, lui aussi, profité de cet effet pour rencontrer ses spectateurs. Bref, si rien ne garantit bien sûr la reproduction exacte de ce schéma-là côté francophone, tenter de le provoquer reste une intention louable. Et un jeu qui en vaut clairement la chandelle.

Changement de cap
Malgré quelques constats habituels et moroses bien de chez nous, ("Pour être reconnu, un comédien belge doit nécessairement réussir en France", "Le public belge ne regarde que des séries françaises"…),des espoirs peuvent être nourris quant au futur. Si, bien entendu, la qualité est au rendez-vous et surtout, si l’on réussit à placer les bonnes personnes aux bonnes …places. Car un mix entre un bon réalisateur, un bon scénariste et une bonne idée parviendra toujours à compenser un budget, disons modeste.

Les budgets, de 210.000euros par épisode, évoquons-les. Souvent pointés du doigt dans le processus, une collaboratrice de la VRT nous a pourtant signalé que ce montant était identique pour plusieurs séries flamandes familiales qui cartonnent depuis des années. Une autre idée reçue donc, même si on reste encore loin des normes françaises. "Pour situer, c’est simple", explique la productrice Catherine Burniaux (Stromboli), qui œuvre dans la fiction tant en Belgique qu’en France, "Quand je calcule mes budgets, je dois toujours me dire que je suis dans un rapport d’un dixième avec la France. Sur la RTBF, une minute de tournage coûte 4000 euros et sur TF1 par exemple, c’est 50.000. Mais en Belgique, nous avons des atouts pour miser là-dessus : une liberté de ton, des techniciens bien formés, etc." L’occasion de préciser que la France verra elle aussi Esprits de Famille grâce à la chaîne HDI, cette filiale de TF1 ayant d’ailleurs permis de boucler le budget d’EDF.

150 projets déposés
Esprit de famille (série belge)Tout nouveau chantier réclame, forcément, un minimum de patience. Lancée dans un climat légèrement houleux, reconnaissons-le,Esprits de famille a bénéficié d’un logique attrait de curiosité (300.000 spectateurs le premier soir). Mais le pitch, audacieux voire complexe – avec une douzaine de personnages centraux - et teinté de fantastique, a eu par la suite beaucoup de mal à convaincre un large auditoire. Très vite, les audiences se sont érodées, oscillant entre 120 et 140 000 fidèles les épisodes suivants. Un chiffre décevant – et la case soi-disant trop concurrentielle du dimanche soir n’est pas un prétexte suffisamment convaincant pour le justifier - mais il serait hasardeux de condamner tout l’ensemble de la fiction belge pour ce qui constitue un premier laboratoire.

Encore moins les comédiens, tels France Bastoen, David Baiot – le Français… de service! -, Frédérik Haugness ou Marc Weiss (ces deux derniers sont par ailleurs à l’affiche ce mois-ci de Brabançonne), qui réussissent à tirer leur épingle du jeu. Des éléments semblant avoir échappés à plusieurs artistes du secteur – et non des moindres - qui, faisant abstraction du minimum de tact et de fair-play envers leurs confrères, se sont littéralement acharnés autour du programme sur les réseaux sociaux dès les premières minutes (!) de la première diffusion. C’est qu’Esprits de famille a aussi a suscité pas mal de déception et de frustration, puisque près de 150 projets avaient initialement été déposés !

Le meilleur à venir ?
Pour tout le monde, il reste à espérer que la RTBF mise sur une sage patience, en laissant perdurer la série jusqu’à son terme, plutôt que d’opter pour une triste solution de déprogrammation. Il n’est pas impossible que ce soit le cas : à l’heure où nous écrivions ces lignes en tout cas, François Tron, le directeur des antennes TV, se voulait confiant et rassurant quant au sort d’Esprits de Famille, tout en annonçant à nos confrères de La Libre Belgique qu’il ferait, sur base d’une étude, un bilan passé le cap de Noël. Histoire, sans doute, de tirer les conclusions et mieux aborder la suite des événements. Car il est bon de rappeler que, parmi les créateurs des séries actuellement en chantier – et qu’on ne risque finalement pas de retrouver avant plusieurs mois -, on retrouve quelques réalisateurs de qualité qui ont fait leur preuves au cinéma, tant dans le court métrage (Stéphane Bergmans,Millionaires, François Bierry,Solo Rex) que dans le long (Matthieu Donck,Torpédo). Ceux-ci, dans la comédie, le judiciaire ou le polar, ont des atouts pour surprendre. Alors certes, si le nouveau Borgen belge n’est peut-être pas encore né, chacun peut, malgré les premières apparences, continuer à être optimiste. Même pour la fiction belge francophone, tout vient à point à qui sait attendre.


 

Page Facebook d’Esprits de Famille : https://www.facebook.com/pages/Esprits-de-famille-RTBF/951454658204192?fref=ts

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