Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2001
01/02/2001
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders

Les pièges du virtuel
Avec Thomas est amoureux, son premier long métrage de fiction, Pierre-Paul Renders, avec la complicité de Philippe Blasband au scénario, s'attaque à notre société de l'hyper-communication. Dans un futur à peine décalé de notre présent, il met en scène un jeune homme, Thomas, qui souffre d'agoraphobie aiguë et vit reclus dans son appartement depuis bientôt huit ans, sans aucun contact avec le monde extérieur.
Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders Cas pathologique extrême, résumant à lui seul les travers d'une société dominée par les médias et où la permanence des images conditionne l'isolement des hommes, Thomas ne communique plus avec les autres que par vidéophone interposé.
Sa vie sociale se limite à l'écran de son ordinateur et sa vie affective, aux vagues échanges verbaux qu'il a avec sa mère, son psy, son agent d'assurance ou encore Clara, une image de synthèse avec qui il pratique le sexe virtuel. Sécurité maximum, irresponsabilité totale, soumission acceptée, tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes si la maladie de Thomas, dont chacun tire profit, ne supposait une thérapie. Pour prévenir une éventuelle lassitude dans ce bonheur aseptisé, son psy oblige Thomas à participer à un club de rencontre. Des femmes apparaissent sur son écran, images désincarnées d'une misère affective que Thomas refuse de partager. Pourtant, l'une d'elles l'attire, Mélodie, jeune fille naïve à la recherche de l'amour, avec qui il amorce un semblant de relation, hélas bien vite vouée à l'échec, Thomas refusant de quitter son bunker d'appartement. Pour enrayer un sentiment de déprime, signe d'une possible amélioration dans la maladie de Thomas, son assureur lui conseille de prendre contact avec une agence de prostituées, aide médicale garantie par l'État et dont il bénéficie. Là, il rencontre une femme, Eva, délinquante marginale qui a accepté de se prostituer pour réduire sa peine de prison. Elle le touche, le bouleverse et met en cause les raisons de sa phobie.
Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders Soudain, c'est l'irruption du vivant dans le monde mortifère de Thomas. Et Thomas est amoureux. Se pose alors pour lui la question du seul acte d'amour possible, sortir de chez lui. Acte d'amour mais aussi acte de révolte contre la société qui l'y a enfermé.
Thomas est amoureux est bourré de qualités. Son propos parle bien d'aujourd'hui et soulève avec justesse des questions qui nous concernent directement : ainsi celle de la disparition des corps, du charnel, du vivant, celle de l'apparition d'un modèle social unique conditionnant les relations humaines, celle enfin du totalitarisme des images, de la manipulation des médias et de comment y résister et s'en libérer. Son traitement est judicieux et amplifie la portée de ce propos. Ainsi Pierre-Paul Renders construit-il son film à partir de la mémoire du vidéophone de Thomas. Chaque communication enregistrée devient une séquence du film et leur défilement ininterrompu, pareil à une succession de messages sur un répondeur téléphonique, nous livre progressivement l'histoire de Thomas. Celui-ci n'apparaissant jamais à l'écran, nous ne le connaîtrons que par sa voix, ce qui renforce encore l'effet de claustrophobie et d'enfermement que le film stigmatise. Enfin Pierre-Paul Renders a une réel souci de nous rendre crédible ce futur cybernétique, multipliant les signes, les indices nous permettant de mieux comprendre les conditions de vie de ses personnages.
Et pourtant, malgré toutes ces qualités d'écriture et d'invention narrative, la sauce a du mal à prendre et ce sans doute pour plusieurs raisons. Les dialogues de Philippe Blasband sont trop souvent au service de l'efficacité du récit, ne laissant guère de place à l'imagination du spectateur. Le jeu des comédiens et surtout la voix de Thomas manquent de nuances et se cantonnent dans une banalité réaliste qui empêche l'émotion du film de surgir. Le recours systématique à des images de synthèse pour habiller le décor ou signifier l'évolution future de notre société, loin d'en renforcer l'effet inhumain, en limite la portée, jouant trop souvent d'une réelle fascination pour ce genre d'artifice. Au final, la révolte de Thomas nous paraît par trop téléphonée, car entre son univers de cloîtré et le monde extérieur, se pose la question de la différence entre les deux. Et c'est presque malgré soi que l'on se prend à rêver d'un film qui commencerait là ou Thomas est amoureux se termine.

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