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Belgium-20 de Jean-Benoît Ugeux

Publié le 27/09/2021 par Bertrand Gevart / Catégorie: Critique

Après Abada et Fratres, Jean-Benoît Ugeux présente Belgium-20, un court-métrage qui engage une réflexion sur le fonctionnement de la société en temps de pandémie. Comment une société parvient-elle à dépasser ce qui jusqu’alors la fondait ? Comment repenser les relations dans un monde à l’arrêt ? Que devient notre rapport à la mort ?

 
Belgium-20 de Jean-Benoît Ugeux

Belgium-20 s’ouvre sur des employés d’une entreprise de pompes funèbres s’attelant à la mise en bière et au transport d’un défunt. Le réalisateur Jean-Benoît Ugeux se lance alors dans une longue énonciation de plans dont la fixité accentue ce sentiment d’arrêt, de démission, d’impossibilité à agir. Une boulangerie, le parc Royal, la Grand-Place, une tente où se déroulent des tests. Confinement. Vide. Silence. Distanciation. Les quelques plans habités par une présence humaine s’atténuent. Les petites mains si précieuses à notre survie deviennent, elles aussi, absentes. Désormais, les gestes ont laissé place aux machines. Il n’y a plus que les machines, celles qui prennent le relais et accompagnent la mort.  

Dans ce court-métrage documentaire au dispositif minimaliste (uniquement composé de plans fixes et de sons directs où surgit çà et là une note aigüe), Jean-Benoît Ugeux nous entraîne dans un traumatisme collectif, celui d’un monde à l’arrêt et notre impossibilité d’agir, notre impossibilité d’accompagner nos morts. Un monde qui continue à tourner, sans l’homme, mais aussi sans mémoire et où la mort ne nous appartient plus. L’absence de vie, qui s’atténue progressivement, reprend soudainement dans une menuiserie spécialisée en fabrication de cercueils, seul endroit où il semble encore y avoir du mouvement. La simplicité du dispositif provoque toute la puissance poétique du court-métrage dans lequel nous sommes absorbés par chaque image nous renvoyant à notre propre vécu récent. La fixité de la caméra se mêle au vide et au silence qui s’installent et interroge la fragilité de notre société et ce qui nous rend encore humain.

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