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Deux de Filippo Meneghetti

Publié le 05/02/2020 par Marine Bernard / Catégorie: Critique

Après une série de courts-métrages primés internationalement, Filippo Meneghetti signe son premier long-métrage au casting brillant avec Deux, l’histoire bouleversante de deux femmes, Madeleine et Nina qui s’aiment en secret. Co-production française, belge et luxembourgeoise, le film a déjà été présenté dans divers festivals et vient d’être projeté en avant-première belge au Ramdam de Tournai. Sa sortie officielle est prévue pour ce 12 février.


Madeleine mène une double vie, celle de mère de famille et d’amante passionnée. Depuis la disparition de son mari, elle est rongée par le regard de ses enfants mais également par celui de la société devant laquelle elle tente de faire bonne figure. Au contraire, Nina est en exil, complètement détachée de sa famille. Elle se sent libre de tout jugement et n’attend qu’une chose, exposer son amour au grand jour. Ce récit, majoritairement filmé à huis clos, se déroule dans deux appartements qui se font face et qui apparaissent comme les métaphores de leur propre vie. Celui de Madeleine est chargé de souvenirs, d’émotions et de bibelots, celui de Nina est vide. Véritables reflets de leur âme, l’un ressemble à une prison dorée, l’autre symbolise l’attente d’une nouvelle vie. Ces deux lieux suffisent à faire comprendre la réalité de leur relation. Aux yeux de tous, elles ne sont que de simples voisines de palier, mais quand les portes se referment, elles vivent un amour sincère et profond. Il faudra attendre un événement tragique pour que cette réalité bascule, mette en branle toutes les barrières dont Madeleine s’était entouré et plonge Nina dans une solitude insupportable. Contraintes d’agir en parfaites inconnues, le palier qui les menait l’une dans les bras de l’autre devient alors un fossé qui se creuse.

Filippo Meneghetti introduit son récit par une parenthèse hypnotique qui, d’emblée, nous place dans l’attente de réponses. Un sentiment qui nous habitera jusqu’au dernier plan. Si les premières scènes nous dévoilent la force de cet amour interdit, la seconde partie nous en livre les facettes les plus complexes. Mais dans ce thriller amoureux, tout n’est que retenue. L’émotion grandit peu à peu sans jamais tomber dans le pathos. Certes, l’ambiance est parfois étouffante voire oppressante, mais la gravité de la situation apparaît davantage dans l’étrangeté de la lumière, le poids des silences, l’importance des hors champs, la mise à distance des personnages filmés en scope. L’approche esthétique et la narration relèvent de la même poésie. Ils forment un tout rempli de contrastes et de contradictions qui font de Deux, une histoire intrigante qui nous poursuit au-delà de la salle de cinéma.

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