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Jeunesse sauvage de Frédéric Carpentier

Publié le 15/07/2019 par David Hainaut / Catégorie: Critique

La petite surprise du BRIFF

Programmé lors du récent BRIFF – le Brussels International Film Festival -, deuxième du nom, Jeunesse sauvage a été propulsé in-extremis en sélection nationale, en lieu et place du film flamand Bastaard (de Mathieu Mortelmans), « réquisitionné » (!) par le prochain Festival d'Ostende.
Cet OVNI, qui permettait de retrouver pour la première fois sur grand écran Léone François (l'héroïne de La Théorie du Y, websérie à succès de la RTBF), a étonné.

Jeunesse sauvage de Frédéric Carpentier

Annoncé de justesse - virtuellement – parmi les six films de la compétition belge (coproductions incluses) de l'encore tout jeune BRIFF, Jeunesse sauvage, un premier film signé Frédéric Carpentier, y a connu son avant-première "mondiale" surprise. Jusqu'ici connu en France comme scénariste (pour André Téchiné notamment) et réalisateur (courts-métrages et télévision), ce néophyte altruiste s'est servi de la cinquantaine d'ateliers de cinéma en cités et en quartiers difficiles qu'il a animés, pour imaginer le pitch de son premier film, articulé autour de jeunes, presque tous issus de milieux difficiles, voire de prison pour certains. Un projet qu'a rejoint la Bruxelloise Léone François, se targuant elle d'un parcours "classique" à l'IAD.

Inspirée de faits réels, cette histoire évoque le destin de Raphaël (Pablo Cobo), leader charismatique d'une bande d'adolescents vivant de petits vols de rue. Aspirant à un autre vécu, il veille sur un père SDF (Jérôme Bidaux), tout en découvrant l'amour avec Émilie (Léone François). Mais un accident va venir basculer ce quotidien. Surprenante plongée au cœur d'un monde réaliste mais finalement méconnu, cette petite production d'1h18, âpre et sans temps mort, se révèle au final haletante, de quoi lui pardonner quelques légères maladresses propres à une première tentative à ce niveau. Car bien filmé, ce long-métrage bénéficiant d'une bande-originale signée Pablo Pico réussit à toucher, grâce à la sincérité de son propos. Dont la connotation dramatique est atténuée par le ...soleil - très présent dans le récit - du sud de la France, de Montpellier à Sète, en passant par Nîmes.

On épinglera ici l'interprétation d'ensemble, du ténébreux acteur principal à la Belge de service – qui n'a déjà plus besoin de confirmer ses talents... -, sans oublier le jeune Darren Muselet (Kevin, dans le film), accomplissant en ce moment des débuts fracassants au cinéma. Celui-ci figure au casting d'Hors Normes (avec Mara Taquin, une autre promesse belge), le dernier film du duo Toledano-Nakache qui a clôturé Cannes cette année, et il a des projets imminents en France avec Jalil Lespert et Kad Merad. "Tout arrive en même temps, mais c'est grâce au cinéma que j'ai arrêté de faire des bêtises !", a-t-il presque fièrement déclaré, à l'issue d'une des deux projections du festival, se tenant aux Galeries et au Palace.

Ce Jeunesse sauvage est coproduit par les expérimentés français de Madeleine Films (Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort, La Tête la première...) et d'Orange, ainsi que les Belges de Magellan Film, une jeune société bruxelloise indépendante gérée par Samuel Feller et déjà active sur des films remarqués – entre autres - comme Burning Out (Jérôme Lemaire), Keeper (Guillaume Senez) ou Mitra (Jorge Léon).
Sa sortie est prévue dans les prochains mois, le film étant précisément en passe de signer avec un distributeur, en ce début d'été. Sans surprise, vu le potentiel de cette œuvre atypique...

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