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José Miguel Ribeiro, Nayola

Publié le 29/06/2022 par Kevin Giraud / Catégorie: Entrevue

Accueilli avec les honneurs au festival d'Annecy 2022, José Miguel Ribeiro a le sourire pour évoquer son premier long-métrage Nayola, présenté en compétition cette année. Rencontre avec ce cinéaste aussi sympathique que talentueux.

José Miguel Ribeiro, Nayola

C. : Comment êtes-vous arrivé sur ce récit ?

José Miguel Ribeiro : À l'origine, c'est une pièce de théâtre qu'un ami vivant en Angola depuis 30 ans m'a fait découvrir, au travers de l'un des auteurs du texte. Nous avions un projet hybride en tête, mais après des premières réflexions nous nous sommes finalement orientés vers un film 100% en animation. Le texte a été retravaillé, avec beaucoup de recherches pour compléter ma connaissance des thématiques et des enjeux. Je ne suis ni Angolais, ni une femme, donc ce travail était primordial pour sortir de mon point de vue et comprendre ce que pourrait être celui de mes personnages.

C. : L'animation, c'était une évidence pour ce projet ?

J.M.R. : Assez rapidement, oui. En Angola, la guerre civile s'est terminée en 2002. Faire un film en prises de vues réelles, avec les tensions qui sont encore palpables dans la société angolaise d'aujourd'hui, était plus difficile selon moi. L'animation permet de se détacher un peu de la réalité brute tout en parlant de sujets et d'histoires bien réelles. C'est un film sur les humains empêtrés dans la tragédie de la guerre, sans choisir un camp ou l'autre. Et cela est possible grâce à ce parti-pris de l'animation.

C. : Avec un gros travail sur le choix des personnages, de ces trois femmes ?

J.M.R. : C'était un défi de trouver, dans la scène théâtrale angolaise, trois actrices qui correspondent aux profils que nous recherchions. Après avoir choisi une partie du casting, j'ai commencé à parcourir les chaînes YouTube, et c'est là que j'ai découvert Meduza (qui incarne Yara). Avec sa musique, et son énergie, j'ai été assez rapidement convaincu que c'était la personne dont nous avions besoin pour amener cette réalité à Yara, cette force. Le travail avec Meduza, autant au niveau de la musique que de sa performance et de son apport personnel, a vraiment transformé le film.

C. : Dans le film, deux styles d'animation s'entrecroisent, comment avez-vous construit cette dualité ?

J.M.R. : Il y a deux récits parallèles. Le présent, une journée dans la vie de cet homme masqué, de cette jeune fille artiste en pleine révolte, et de cette grand-mère qui essaie d'être plus modérée. Et le passé, dans ce contexte de guerre civile avec cette femme qui recherche son mari disparu, et qui va se perdre en chemin. Avec la dimension du rêve, cela faisait trois axes qui pouvaient être travaillés différemment. En animation, chaque style peut être unique, créer une nouvelle réalité et faire passer de nouvelles émotions. Les graphismes ont été choisis en fonction de cela.

C. : Chacun a travaillé de son côté pour la production ?

J.M.R. : Les studios participants viennent tous du court métrage, nous étions donc dans l'inconnu. Alors, pour éviter les frustrations et impliquer tout le monde à parts égales dans le projet, nous avons divisé les tâches tout en mettant chaque studio sur un poste spécifique, selon les segments. Le film s'est construit entre le Portugal, les Pays-Bas, la Belgique et la France. C'était assez facile, et cela a été une bonne expérience pour tous. Un processus de découverte, et un plaisir partagé par toutes les équipes.

C. : Enfin comment avez-vous construit l'atmosphère sonore du film ?

J.M.R. : Le son a été créé en Belgique avec Senjan Jansen (SenStudio), tandis que la musique s'est construite entre le Portugal et les Pays-Bas. Nous voulions quelque chose de non pas empathique, mais bien une ambiance pour contraster, pour répondre aux images et les sublimer. Un équilibre organique entre le son et l'image, avec une vraie richesse, pour emporter le spectateur. Et nous espérons que le résultat vous plaira.

Nayola a été projeté en avant-première à Annecy, sortie prévue fin 2022 en Belgique

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