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L’école de l’impossible de Thierry Michel

Publié le 04/07/2020 par Marine Bernard / Catégorie: Critique

Le Collège Saint Martin, dans la banlieue liégeoise, en Belgique, accueille et forme plus de 400 jeunes dans l’enseignement général, mais surtout technique et professionnel. Une section est spécifiquement réservée aux jeunes en décrochage scolaire, ces « bras cassés de la vie », ces élèves en échec permanent qui, depuis l’école primaire, ont un « bulletin rouge » et sont exclus des autres écoles de la région. Ils ont entre 14 et 20 ans. Un tiers d’entre eux sont majeurs. Ils sont quasi tous enfants d’immigrés venus de 17 nationalités s’installer dans cette banlieue sidérurgique, où les hauts fourneaux qui ont fait la prospérité de la région se sont éteints voici 5 ans. Ils viennent à l’école parce que c’est obligatoire. C’est leur dernière chance de trouver une orientation professionnelle. Leurs enseignants sont conscients de l’enjeu de ces élèves et du défi qui est le leur. Ils ont choisi le collège en connaissance de cause, par vocation et passion pour leur métier.

Ecole de l'impossiblePhotographe et cinéaste spécialisé dans documentaire, Thierry Michel sillonne notre monde depuis plus de quarante ans pour rapporter toutes les détresses sociales. Inspiré par les luttes sociales belges des années 1960, il s’est rapidement défini comme un réalisateur engagé qui souhaite conscientiser les esprits sur des histoires restées dans l’oubli. En effet, comme le veut sa position de documentariste, il ne cesse de montrer sa forte sensibilité au passé, aux engagements et aux désillusions des engagements. Après avoir réalisé une série de films sur le milieu ouvrier wallon comme Pays noir, Pays rouge ou Chronique des saisons d’acier, il décide d’explorer d’autres problématiques à l’étranger. Parmi celles-ci, il a mis en évidence les peuples en marge dans Hôtel particulier, la pauvreté au Brésil dans Gosses de Rio, le Congo/Zaïre en pleine crise politique et économique dans Les Derniers colons et Zaïre cycle du serpent, Mobutu, roi du Zaïre ou encore, la réalité des prisons dans Issues de secours. À travers chacun de ses reportages, il s’est attelé autant que possible à dévoiler les vérités qui prouvent le dysfonctionnement de nos machines de pouvoir.

Avec L’Ecole de l’impossible, Thierry Michel revient sur les terres de son enfance pour nous parler du rôle de l’école dans nos sociétés inégalitaires. Pendant deux années, il a suivi et donné la parole aux élèves et au corps enseignant du Collège Saint-Martin situé à Seraing. C’est en filmant la destruction du haut fourneau de cette banlieue liégeoise en 2017 qu’il l’a découvert. Baignant au cœur d’un paysage appauvri par la crise industrielle, il accueille tous les ans des adolescents au passif complexe, souvent exclus des autres écoles et entourés par des parents en situation précaire. Un véritable défi pour cette école de la dernière chance.

Thierry Michel parvient véritablement à nous plonger dans leur quotidien. Il nous place au centre de leurs indécisions, de leurs craintes mais aussi de leurs rêves. Les interviews que le réalisateur incruste parmi les moments sur le terrain rythment le documentaire et nous donnent envie de les suivre tout au long de leurs expériences scolaires. Nous mesurons à quel point le parcours de ces élèves est parsemé d’obstacles. Pour la plupart d’entre eux, la route est longue et périlleuse mais pas sans espoir. Ce sentiment fort persiste grâce au directeur de l’établissement, une figure incontournable que le réalisateur n’hésite pas à mettre en avant avec intérêt. Il représente un pilier majeur dans leur vie, tout comme le corps enseignant qui ne cesse de les soutenir et de les encourager. Inclus dans leur vie pour un court laps de temps, nous prenons réellement du plaisir à les voir persévérer et réussir.

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