À Bruxelles, la Sabam et Mediarte ont organisé la deuxième édition de la Fabrique du Premier Long, une semaine de travail destinée à aider des auteur·rice·s de courts-métrages à préparer leur premier long et à mieux le défendre face au secteur. Un dispositif pédagogique, concret, et révélateur de certaines réalités du cinéma belge francophone.
Du 8 au 12 décembre, les locaux bruxellois de la Sabam ont accueilli la deuxième édition de la Fabrique du Premier Long, un trajet d’accompagnement mis sur pied avec Mediarte. L'objectif ? Offrir à des auteur·rice·s déjà actif·ve·s dans le court-métrage un cadre resserré afin de développer leur premier long et apprendre à en parler clairement.
Pour rappel, Mediarte, fonds social du secteur audiovisuel belge, est actif dans la formation et l’accompagnement des professionnel·le·s du cinéma et des médias. Quant à la Sabam, encore souvent perçue comme une société liée à la musique, elle développe depuis plusieurs années un travail soutenu dans l’audiovisuel, notamment autour de l’écriture et du parcours des auteur·rice·s cinéma.
La Fabrique du premier long, ou comment apprendre à faire exister son film

Passer du court au long
Ainsi, pendant cinq jours, les participant·e·s ont alterné ateliers, rencontres et sessions de script-doctoring, ce travail d’accompagnement dramaturgique visant à renforcer la structure, les personnages et les enjeux d’un scénario. Guillaume Senez, réalisateur de Keeper et Nos batailles, et Chloé Léonil, scénariste (Les Intranquilles, Amal), ont accompagné les projets dans le cadre du dispositif, en vue d'interroger les choix d’écriture et d'aider à clarifier les intentions.
Plusieurs professionnel·le·s et représentant·e·s d’institutions ont également assisté à certaines sessions de travail en cours de semaine, parmi lesquels Justine Gustin (Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles), Hervé Le Phuez (Wallonie-Bruxelles Images) et des représentant·e·s d’Amplo, l'organe qui soutient administrativement les travailleurs du secteur. Bénédicte Bourgois, ex-responsable des courts-métrages à la RTBF, est aussi intervenue dans le cadre des échanges.
La semaine s’est conclue par une séance de pitch, un exercice oral consistant à présenter son film, son intention et ses enjeux, devant un public de professionnel·le·s. Pensé ici comme un outil de clarification, le pitch constituait moins une épreuve qu’un moment de mise en perspective, de quoi permettre aux auteur·rice·s de mesurer la lisibilité de leur projet.
Dix projets retenus, une trentaine de candidatures
Les dix projets présentés ont été sélectionnés parmi une trentaine de candidatures – le triple de l'an dernier, car l'opération est un succès -, toutes portées par des auteur·rice·s ayant déjà écrit ou réalisé au moins un court-métrage diffusé dans un cadre professionnel.
Sébastien Petit, réalisateur et scénariste formé à l’INRACI/HELB, auteur de plusieurs courts (Bowling Killers, Chaos...) passés en festivals et à la télévision dans les années 2010, a ouvert la séance avec Seed, une comédie romantique fantastique au ton absurde, abordant des questions écologiques et sociales à travers le détour du genre.
Marie Mc Court, réalisatrice oscarisée en 2020 pour son court de fin d’études I Was Still There When You Left Me, a présenté Standing on the Edge of Summer, un projet personnel inspiré du parcours d’un ancien prodige du football confronté à l’échec, et plus largement à la fabrication et à la chute des rêves contemporains.
Gillie Cinneri, réalisatrice d'un court primé (Allégresse) l'an dernier au Festival de Comédie de Liège, a défendu Dans un monde où la vie rime avec la pluie, la mort est un arc-en-ciel (titre provisoire) , une comédie poétique née d’une expérience intime en milieu funéraire, interrogeant le rapport au corps, à la disparition et au deuil.
Léa Coyecques a présenté La Loutre et les Blaireaux, un projet centré sur l’intime et les relations familiales. Maud Carpentier a exposé L’Envol, un film-portrait librement inspiré du parcours d’Aurél Zola, danseur et chorégraphe bruxellois révélé au grand public par l’émission The Dancer sur la RTBF. L'artiste était d'ailleurs présent lors de la séance finale. Sara Dufossé a présenté un projet personnel (Un été indien) centré sur la relation à un enfant en situation de handicap, directement nourri de son expérience.
Les autres projets sélectionnés complétaient un ensemble hétérogène : Fin de Siècle d’Emanuela Ponzano et Boris Tilquin, Impassible d’Adrien Léonard, L’Ombre de ton ombre d’Ely Chevillot et Ruines.com de Hugues Aud, allant du réalisme social au fantastique.
Des parcours marqués par la formation belge
Au-delà des singularités, plusieurs tendances se sont dessinées. Ces projets ont interrogé la filiation, la perte, la mémoire ou la difficulté à trouver sa place. Le fantastique est souvent apparu, confirmant les envies récurrentes de genre de la nouvelle génération.
Les parcours des participant·e·s ont aussi révélé une réalité structurelle du cinéma belge francophone. Plus de la moitié des auteur·rice·s n’ont pas grandi en Belgique, mais s’y sont formé·e·s, souvent dans des écoles de cinéma. Des trajectoires majoritairement françaises, venues se nourrir d’un enseignement et d’un cadre de travail belges qui, s'il le fallait encore, soulignent l’attractivité du pays. Ce, sans pour autant toujours remettre en cause l’ancrage local des projets.
Un premier regard du secteur
Lors du "final" vendredi, plusieurs producteurs étaient présents pour écouter les pitchs et échanger avec les porteur·euse·s de projets, parmi lesquels Grégory Zalcman (Take Five), coproducteur du film oscarisé Flow – il y avait ainsi deux lauréats des Oscars dans la salle -, Bertrand Willems (Playtime Films), Sébastian Schelenz (Velvet Film), Frédéric Chanteux (NewArt Productions) ou encore Jan Vermoesen, le directeur de Mediarte.
Alize Loumaye, qui coordonnait le projet pour Mediarte, a résumé l’esprit du dispositif en ces termes : "Notre idée est d’offrir aux auteur·rice·s un temps rare pour se concentrer sur leur projet et apprendre à le formuler clairement face au secteur." La Sabam, via François Stassens, nous a rappelé de son côté que "savoir défendre son film devant un auditoire fait aujourd’hui partie intégrante du parcours d’un·e auteur·rice, au même titre que l’écriture."
Un passage, pas une arrivée
Si La Fabrique du Premier Long ne garantit peut-être pas un financement ou une production, elle offre un espace et un premier regard extérieur structuré. Pour certain·e·s, cela débouchera peut-être sur des échanges prolongés. Pour d’autres, sur une clarification nécessaire avant la suite du parcours. Fort de l’intérêt suscité par cette deuxième édition, l’idée d’une poursuite est évoquée. Parmi les pistes discutées figure notamment celle de la Fabrique de la première série, pensée sur un modèle comparable, afin d’accompagner des auteur·rice·s vers ce format devenu central dans le paysage audiovisuel. Si aucune décision n’est arrêtée à ce stade, la réflexion est engagée. Dans tous les cas, cet exercice assume sa fonction première : aider des projets à se formuler, et des auteur·rice·s à mieux comprendre ce qu’ils ont entre les mains.









