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Le Dormeur éveillé de Boris Van der Avoort

Publié le 23/11/2020 par Bertrand Gevart / Catégorie: Critique

Le réalisateur du film Le nom des choses et Le champ des visions revient avec un nouveau film qui nous plonge dans l’impermanence des rêves. Boris van der Avoort propose un cinéma personnel et singulier, entre fiction et documentaire. Le dormeur éveillé raconte l’histoire de « B », cinéaste et insomniaque qui décide, au détour d’une nuit sans fin, d’arracher au néant ses heures d’insomnie pour mener sa propre enquête sur le sommeil. Depuis sa maison, il élargit progressivement ses investigations vers d’autres lieux et d’autres temps, à la rencontre d’autres espèces végétales et animales.

Le Dormeur éveillé de Boris van der Avoort © YC Aligator Film

Comment puis-je être certain que je dors ? Comme les plantes, les humains se réveillent et s’endorment sous l’effet changeant de la lumière. À la tombée de la nuit, ils libèrent la mélatonine, le dormeur est pris entre deux mondes. Telle la porte qui nous immerge au cœur du monde du sommeil, le noir et blanc de l’image allégorique de moutons minutieusement comptés par la voix de l’auteur nous plonge dans un voyage incertain, dans ses songes et sa psyché.

Cette enquête depuis soi dans laquelle le réalisateur se sonde sous toutes les coutures, cherche inexorablement les raisons de ses insomnies chroniques, mais ce documentaire personnel glisse vers le portrait de tous ceux qu’il rencontre : psychiatre, infirmière, naturaliste, hypnotiseur, animaux nocturnes.

La voix off, réflexive dans un premier temps, nous livre des informations anecdotiques et précises sur le sommeil et glisse de plus en plus vers la poésie et le regard critique sur l’inadéquation que l’homme entretient avec sa vie sociale et son rythme biologique. Ce défaut de synchronisation est brillement pensé entre des images du passé et celles du présent, entre l’utilisation de différents médiums qui interagissent pour consigner une recherche active sur le « moi » et ses tourments. Chaque séquence nous transporte dans une nouvelle approche des rêves et du sommeil. Le réalisateur consulte plusieurs spécialistes, observe les cycles d’animaux, s’interroge sur ce qui l’entoure au plus proche des choses. Dans cette cartographie du sommeil, les images glanées se reflètent, se juxtaposent, s’entremêlent, entre images en mouvement et photographies, plans nocturnes infra rouges, et proposent un regard sur une histoire à rebrousse-poil. Car si le sommeil est le point de départ, le film ne cesse de s’intéresser à des petites histoires comme le procès-verbal qui est le prétexte à rencontrer un quartier dont un immeuble devait être rasé. 

Finalement, Le dormeur éveillé est un essai cinématographique d’ego-histoire critique, dont la narration jouant sur l’allégorie, dépeint entre présent et passé les questionnements profonds de l’auteur sur la création, le temps et le devenir. Le film en train de se faire, à mesure des plans ramassés devient alors le nid intérieur, un lieu de sécurité.

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