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Nenad de Mladen Bundalo

Publié le 05/07/2021 par Kevin Giraud / Catégorie: Critique

À partir d'objets et de souvenirs disséminés sur une table qui devient un monde par la magie de la caméra, la parole de Nenad se délie sur les traumatismes d'un conflit, sur les maux d'un pays.

Nenad de Mladen Bundalo

Documentaire photo autant que témoignage oral, Nenad emmène son spectateur à la rencontre d'une génération perdue de la Bosnie Herzégovine. Minés par l'attachement à leur pays et l'impossibilité d'y construire un avenir, ces jeunes hommes dont le protagoniste fait partie tentent, tant bien que mal, de surmonter les écueils d'un système politique corrompu où capitalisme rime avec copinage, et où les opportunités de travail se comptent sur les doigts d'une main. Sans artifices musicaux et même parfois se passant de mots, le réalisateur Mladen Bundalo captive par des images fortes cette sensation d'impuissance, dans un pays construit sur les ruines du communisme, et où l'homme semble errer dans une prison industrielle vétuste et dépourvue d'échappatoires.

Et il y a cette voix, à la fois triste et cynique, d'une lucidité implacable sur son propre destin. Trois options s'offrent à nous, narre-t-elle avec fatalisme : céder à la corruption et au népotisme, devenir travailleur en ligne pour l'une ou l'autre société capitaliste, ou bien partir. La Bosnie n'a malheureusement plus grand chose à offrir.

Partir, mais où ? Les destins de ces jeunes hommes se séparent ici, chacun dans l'interstice qu'ils ont pu trouver ailleurs. En Slovénie, ou plus loin, selon leurs compétences et la chance ou non d'obtenir des visas de travail.

Face à cette écrasante réalité, l'humain se tourne vers les siens. Le lien social, la famille, les amis d'un autre temps où ces préoccupations n'étaient que lointaines. Et le temps d'un week-end entre camarades, le cinéaste capte ce répit que s'accorde les hommes. Alors qu'on peut lire dans leurs silences la difficulté de leur quotidien, on profite avec eux de cette respiration, ce bol d'air qu'ils s'octroient avant de replonger, saisi par un film aussi empathique avec ces personnages qu'il est incisif sur la réalité qui les entoure.

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