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Rencontre avec le secteur fiction de la RTBF

Publié le 27/01/2026 par David Hainaut / Catégorie: Événement

Fiction belge : la RTBF face à la réalité

Face à un large parterre d'auteurs et d'autrices, le secteur fiction de la RTBF a dressé un état des lieux sans détour de ses choix, de ses contraintes et de ses marges de manœuvre. Un moment rare de clarification.

Rencontre avec le secteur fiction de la RTBF

Mercredi 21 janvier, dans les locaux de la Maison européenne des auteurs et autrices (MEDAA), la salle était comble. À l’invitation de Pro Spere, la Fédération regroupant les Associations Professionnelles, le secteur fiction de la RTBF est venu expliquer sa manière de travailler, ses priorités éditoriales et les limites auxquelles il se heurte aujourd’hui. Devant des scénaristes en demande de lisibilité, le ton s’est voulu direct, parfois inconfortable, mais assumé.

D’emblée, Marc Janssen, responsable de la fiction, a rappelé que les lignes n’étaient pas figées, mais évolutives, et qu’elles se construisent avant tout à partir des publics que le service public doit toucher, qu’il s’agisse du grand public, des jeunes adultes ou de publics plus affinitaires.

Une fiction belge peu attendue

Le constat a été posé sans ambages : la fiction belge souffre toujours d’un déficit d’image, souvent jugée avant même d’être regardée. Une situation d’autant plus frustrante que les équipes de la RTBF continuent de défendre la singularité et la légitimité des récits belges.

Les chiffres confirment par ailleurs une transformation profonde des usages. La télévision en direct perd progressivement du terrain, tandis que la plateforme Auvio poursuit sa progression. Certaines séries belges y trouvent néanmoins un second souffle, comme ces derniers mois Pandore, Arcanes, Quiproquos ou Trentenaires, souvent mieux valorisées après leur diffusion initiale qu’au moment de leur passage à l’antenne. En attendant l'arrivée de plusieurs belles cartouches en 2026, dont on reparlera.

Moins d’abondance, plus de choix assumés

Dans un contexte marqué par l’augmentation des coûts de production, la prudence accrue des partenaires internationaux et la raréfaction des préachats étrangers, la chaîne publique a assumé un recentrage. L’objectif évoqué reste de produire quatre séries par an, en combinant de grandes coproductions, des projets fédérateurs et des propositions plus légères. Les genres policiers et criminels restent centraux - rappelons qu’ils représentent encore près de 70 % de la production européenne - car ils facilitent la circulation à l'étranger, même si l’envie de diversification demeure bien présente.

La RTBF continue d’investir (et même davantage qu’avant), mais les autres piliers du financement — partenaires extérieurs, plateformes, aides complémentaires — sont devenus plus incertains, en marge de la croissance des coûts de fabrication.

Accompagner sans uniformiser

Message clé de la matinée, la RTBF a insisté sur sa volonté d’accompagner les projets sans les lisser. L’enjeu est d’élargir leur portée sans en trahir l’identité. Certaines séries resteront volontairement plus exigeantes, d’autres chercheront un public plus large, notamment par le biais des personnages et de la narration.

Pour autant, si le discours a été jugé clair et cohérent par de nombreux participants, il n’a pas totalement dissipé, chez certains auteurs, le sentiment d’un décalage persistant entre les intentions exprimées et l’expérience concrète du travail au long cours. En filigrane, une même idée s’est imposée : dans un paysage audiovisuel saturé, la fiction belge ne peut plus se reposer sur des réflexes d’audience. Elle doit se construire dans le dialogue, composer avec les contraintes, mais aussi continuer à affirmer ce qui fait sa singularité. C’est sur cet équilibre, fragile, mais nécessaire, que la RTBF a invité les auteurs et autrices à avancer avec elle. 

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