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Sur le tournage d'Impressions nouvelles, premier film de Superbad Productions 

Publié le 27/01/2026 par David Hainaut et Nabil El Yacoubi / Catégorie: Tournage

Avec Impressions nouvelles, Superbad Productions passe à l’action

Nouvelle société de production belge, Superbad Productions vient de mettre en boîte son premier projet avec Impressions nouvelles, un court-métrage marquant à la fois la naissance d’une structure, le passage à la réalisation d’une nouvelle cinéaste et la collaboration avec des visages belges identifiés, tels Bérangère McNeese, Thomas Coumans ou Pablo Andres. Reportage sur le dernier jour de tournage, à Bruxelles.

Vendredi 5 décembre 2025. Cette dernière journée de tournage commence tôt et s’annonce longue. Il reste plusieurs scènes à tourner, réparties sur deux lieux distincts : des séquences en extérieur, notamment en voiture, puis des scènes intérieures prévues au studio BFC d’Evere. Comme souvent sur un court-métrage, le planning s’est resserré au fil des jours. Certaines scènes se sont révélées plus complexes que prévu, nécessitant des ajustements techniques en cours de route, et ce dernier jour concentre à lui seul une bonne part de la tension accumulée. Le rythme est soutenu, les équipes passent d’un décor à l’autre, et chaque prise compte. Pour Superbad Productions, fraîchement fondée par David Ragonig, Max Hermans et Charles Kinoo, l’enjeu dépasse la simple fin de tournage. Impressions nouvelles est en effet le premier projet porté par leur société. “C’est notre premier projet ensemble, et forcément, ce dernier jour a une saveur particulière”, confie David Ragonig.

Une nouvelle société issue du terrain

Superbad Productions est née de parcours solidement ancrés dans la pratique du plateau. Les trois associés se connaissent de longue date pour avoir travaillé ensemble, à différents postes, sur des productions belges et internationales.

David Ragonig évolue depuis près de quinze ans dans le secteur audiovisuel. Après des débuts sur des courts-métrages en France, il s’installe en Belgique où il enchaîne les fonctions de directeur et responsable de production sur des projets d’envergure. Ces dernières années, il a entre autres travaillé sur Annette de Leos Carax, Rebel d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, Green Border d’Agnieszka Holland ou encore Les Meutes de Kamal Lazraq, avant de poursuivre comme producteur ou coproducteur sur des films (TKT...) et des séries belges (Arcanes...), ainsi que sur des projets internationaux. Une trajectoire qui l’amène aujourd’hui à vouloir accompagner les projets plus en amont, dès leur écriture.

Max Hermans vient quant à lui d’un autre versant du métier. Longtemps régisseur général, il a travaillé sur de nombreux tournages belges et internationaux — dont Annette et Rebel également — en fiction comme en télévision, avant de fonder The Greenshot, un outil aujourd’hui bien identifié dans le secteur pour la gestion de la paie, des budgets, des flux financiers et des enjeux environnementaux des productions. Une expertise concrète qui nourrit directement la réflexion économique de la société.

Le troisième associé, Charles Kinoo, est directeur de production. Issu lui aussi du terrain, il a travaillé sur des projets comme TKT (décidément...) ou plus récemment The Soundman de Frank Van Passel. Sur Impressions nouvelles, il assure la coordination opérationnelle du tournage, de la gestion des décors aux déplacements, en passant par le respect du planning. “On s’est vite rendu compte que nos profils se complétaient naturellement”, résume David Ragonig.

Produire avec du temps, sans précipitation

Pour exister économiquement, Superbad Productions a fait le choix de ne pas dépendre exclusivement de ses productions. Les activités parallèles de ses fondateurs permettent d’éviter une pression immédiate sur le volume de projets. “On n’a pas créé la société pour produire à tout prix”, explique Max Hermans. “Ça nous permet de prendre le temps, de choisir les projets et de les accompagner correctement.”

Ce confort relatif n’efface pas les contraintes. Impressions nouvelles a été produit avec un budget d’environ 80 000 euros, soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la RTBF en coproduction. Un budget jugé correct pour un court-métrage, mais néanmoins serré par l’équipe, qui aurait souhaité disposer d’un peu plus de marge. Une tentative de financement auprès du CNC français a d’ailleurs été menée, sans succès. “On aurait clairement aimé avoir un peu plus d’air, notamment sur certaines journées plus complexes”, reconnaît David Ragonig. “Mais on a adapté le film à cette réalité.”

Un film né avant la structure

Si Impressions nouvelles inaugure officiellement Superbad Productions, le projet est antérieur à la création de la société. David Ragonig en portait déjà le développement avant de fonder la structure. “Ce n’est pas un projet né pour lancer la société, mais plutôt un film qui a trouvé son cadre naturel au moment où Superbad s’est créée”, explique-t-il. La création de la structure a ainsi permis d’accompagner le projet jusqu’au bout, dans une logique de continuité.

Le film est écrit et réalisé par Leenda Mamosa, qui travaille depuis le milieu des années 1990 comme scripte pour le cinéma et la télévision. Diplômée en montage-scripte de l’INSAS, cette Française a collaboré à de nombreuses productions belges (eLegal, Faut pas lui dire…), hexagonales (Légitime défense, Sœurs d’armes…) et internationales (Calle Malaga…). Après des années passées à observer la mise en scène depuis l’intérieur du plateau, elle développe depuis quelque temps ses propres projets d’écriture. Impressions nouvelles marque son passage à la réalisation. 

Filmer l’anxiété ordinaire

Le court-métrage s’intéresse à l’anxiété chronique, à travers le parcours d’une jeune femme confrontée à un entretien d’embauche. Le récit épouse le flux de ses pensées, souvent envahissantes, parfois catastrophistes, et les pousse jusqu’à une forme d’absurde. “L’idée n’était pas de faire un film lourd ou démonstratif”, explique David Ragonig. “Il y a une part de décalage, presque d’humour, qui permet d’aborder quelque chose de très réel sans écraser le spectateur.”

Bérangère McNeese au cœur du premier geste

Le rôle principal est confié à Bérangère McNeese (Des gens bien, HPI), qui a choisi de s’engager avant tout pour la démarche portée par la réalisatrice. “Leenda m’a contactée directement”, explique-t-elle. “On sentait que le personnage était très inspiré d’elle. Elle m’a raconté des choses assez intimes, avec une vraie volonté de raconter quelque chose de personnel, et ça m’a beaucoup touchée.” L’actrice évoque aussi un projet visuellement affirmé : “Dans le scénario, il y avait des idées très précises, et à la mise en scène, un vrai parti pris. Se mettre au service de ça, c’était très chouette.” Arrivée sur le tournage dans un contexte intense — elle sortait tout juste de trois mois de tournage sur Rogue Heroes, série historique de grande ampleur produite par la BBC —, Bérangère McNeese sera prochainement à l’affiche du long métrage Sans pitié de Julien Hosmalin. Elle s’apprête également à présenter Les Filles du ciel, son premier long métrage en tant que réalisatrice, dont la sortie est annoncée le 1er avril en Belgique.

À ses côtés, Thomas Coumans apporte une présence familière du cinéma d’auteur et de la télévision belge. Révélé par Voleurs de chevaux, il a ensuite alterné entre longs métrages, séries et courts-métrages, avec des apparitions récentes dans Kika ou la série Transferts. Il était absent lors de notre passage, au contraire de Pablo Andres, régulièrement aperçu à l’écran ces dernières années, notamment dans Entre la vie et la mort, Totem ou la série Baraki. Il campe ici un chauffeur de taxi inscrit dans l’environnement professionnel de l’héroïne, un rôle bref mais pivot, qui participe à installer le cadre réaliste du récit. “C’est un rôle assez court, mais qui doit être très juste”, explique l’acteur, soulignant l’importance de ce genre d’apparitions : “Même quand on a peu de scènes, il faut comprendre pourquoi on est là, ce qu’on apporte à l’ensemble.” En parallèle, Pablo Andres s’apprête à tenir un rôle plus conséquent dans une série flamande d’envergure actuellement en production.

Les bases d’une ligne de production

Au-delà de ce premier film, Superbad Productions travaille déjà sur plusieurs projets. Parmi eux, figure Tourbillon, premier long métrage de la réalisatrice Flonja Kodheli, un thriller psychologique et politique situé dans l’Albanie des années 1980, coécrit avec David Lambert. La société développe également une comédie existentielle portée par un cinéaste français, ainsi qu’un projet de comédie sociale avec la scénariste et réalisatrice Léa Coyecques, actuellement engagée sur la série Mektoub Thérapie pour Tipik (RTBF), tout en développant son premier long métrage, La Loutre et les blaireaux.

Si les genres diffèrent, un fil conducteur se dégage, avec l’envie d’accompagner des projets portés par un point de vue clair. “On doit toujours savoir pourquoi on fait un film”, résume David Ragonig. “Sinon, ça n’a pas de sens.” Le nom de la société, Superbad, fait écho au film américain de Greg Mottola sorti en 2007, en guise de clin d’œil assumé à une culture cinéphile populaire et à une forme d’autodérision : ne pas se prendre trop au sérieux dans le nom, pour l’être pleinement dans le travail.  

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